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“Si on s’assoit dehors, on brûle” : pour les sans-abri, la canicule à Paris est un véritable enfer

Publié le

par Lisa Coll

Emmaüs Solidarité a activé hier son "plan canicule".

“Si on s’assoit dehors, on brûle” : pour les sans-abri, la canicule à Paris est un véritable enfer

© Nathan Howard / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Après avoir passé “la nuit à transpirer” et fait la queue pour se doucher, Zackaria, jeune homme sans domicile fixe de 27 ans, a fui la canicule en se réfugiant dans un centre d’accueil climatisé d’Emmaüs Solidarité, à Paris.

“Si on s’assoit dehors, on brûle”, soupire le jeune homme, qui avait plusieurs heures à tuer mercredi avant de rentrer à la halle de nuit, où il était hébergé entre 21 heures et 6 heures du matin. “On est plusieurs dans la chambre. Même avec un ventilateur, on a chaud”, explique Zackaria, sac plein à craquer sur le dos.

Au centre de jour la Traversière, dans le 12e arrondissement de Paris, une trentaine de personnes, habitués et nouveaux arrivés, sont venues prendre une gourde, faire une sieste au frais ou se doucher sans faire la file. “Dans la rue, on transpire et on ne peut pas toujours se rafraîchir”, affirme Alessandro, 32 ans, qui partage ses journées entre le centre d’accueil et les bibliothèques, elles aussi climatisées.

Face à la nouvelle vague de chaleur qui touche le pays, et pour la troisième fois cet été, Emmaüs Solidarité a activé mercredi son plan canicule et étendu les horaires de ses accueils de jour, ouverts en continu de 9 heures à 17 heures.

“On parle des dangers de l’hiver et du froid, mais la chaleur aussi est redoutable pour les personnes sans-abri qui ont une santé plus fragile. Elle provoque des déshydratations, aggrave les infections et les maladies de peau”, explique Lotfi Ouanezar, directeur adjoint d’Emmaüs Solidarité.

En période de canicule, “les personnes les plus en danger sont les personnes à la rue”, a appuyé Anne Souyris, adjointe à la maire de Paris en charge de la santé publique, lors d’un point presse mercredi.

Plus de maraudes

En prévision de la vague de chaleur, l’Unité d’assistance aux sans-abri de la mairie de Paris (UASA) a augmenté la cadence de ses maraudes : six équipages – au lieu de quatre – quadrillent la capitale entre 7 heures et minuit. Dans le quartier de la Grange-aux-Belles (10e arrondissement), Bernard Khermouche, agent municipal en polo bleu marine et gilet jaune, apporte des gourdes à un groupe de sans-abri dont les tentes sont installées en plein soleil.

Il réveille au passage Youssouf, un “nouveau venu”, pour lui donner un imprimé qui liste les points d’eau et bains-douches du secteur. “On distribue de l’eau, des matelas, mais surtout on prend des nouvelles. La chaleur c’est un danger de plus dans la rue”, explique Houda Ben laiba, coordinatrice de la mission personnes isolées de l’UASA.

Allongé en travers d’une issue de secours dans le 18e arrondissement, Mohammed, 61 ans, profite de l’ombre avant que le soleil ne tourne. “Après je dois m’en aller d’ici, il y a trop de soleil pour vivre”, soupire-t-il. Béquille dans une main et valise dans l’autre, il partira en quête d’un autre “coin d’ombre” où passer le reste de la journée. “Avec le réchauffement climatique, les situations d’urgence vont se multiplier. Il faut se préparer”, martèle Lotfi Ouanezar.

D’après le rapport 2022 de la fondation Abbé-Pierre sur l’état du mal-logement, 300 000 personnes sont sans domicile fixe en France, un chiffre qui a doublé en dix ans. “Il y a eu des efforts, notamment avec la crise du Covid. Mais les besoins d’hébergement sont encore beaucoup plus importants que l’offre actuelle”, souligne Lotfi Ouanezar. Et ces besoins ne sont “pas saisonniers”. “Dans la rue, on souffre toute l’année.”

Konbini avec AFP

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