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Qui est Liz Truss, la nouvelle Première ministre britannique ?

Publié le

par Konbini avec AFP

Liz Truss a remporté lundi la course pour devenir Première ministre britannique et succéder à Boris Johnson.

Qui est Liz Truss, la nouvelle Première ministre britannique ?

REUTERS/Hannah McKay

Ralliée au conservatisme et au Brexit sur le tard, Liz Truss a réussi à incarner ces causes avec l’enthousiasme des convertis, pour devenir, inspirée par Margaret Thatcher, la troisième femme à accéder à Downing Street dans l’histoire du Royaume-Uni.

Moins d’impôts, moins d’État, plus de libre-échange : à 47 ans, celle qui était depuis un an la cheffe de la diplomatie du Royaume-Uni, s’est imposée avec un message clair et séduisant pour la base du Parti conservateur, ces moins de 200 000 adhérents, surtout des hommes âgés et blancs, chargés de départager les finalistes dans la course à la succession de Boris Johnson.

Pour ses détracteurs, sa campagne a semblé déconnectée de la dramatique crise du coût de la vie qui frappe les Britanniques et son parcours montre un manque de convictions profondes. Mais son discours sans détour et son expérience politique acquise à de multiples postes ministériels lui ont permis de s’imposer face à l’ex-ministre des Finances Rishi Sunak, jugé trop technocrate.

“Dans un parti qui a évolué vers le populisme, elle a su se présenter de manière plus authentique, plus ordinaire”, relève Tim Bale, professeur à l’université Queen Mary. “Elle se présente comme quasi extérieure à l’establishment, bien qu’elle soit au gouvernement” depuis 2012.

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Elle partage ce paradoxe avec Boris Johnson, issu de l’élite britannique mais longtemps aimé des classes populaires, dont elle s’est bien gardée de dire du mal pendant sa campagne. Son rival a au contraire pâti de sa démission du gouvernement qui a précipité le changement de Premier ministre.

Elle partage aussi avec son prédécesseur son assurance face aux critiques et aux moqueries, maintenant ses promesses de baisses d’impôts massives malgré les avertissements d’influents économistes.

“On va se retrouver avec un nouveau Johnson”, résume John Curtice, politologue à l’université de Strathclyde, qui note leur “positivisme”.

Abolir la monarchie

Avant Downing Street, Mary Elizabeth Truss a eu une carrière politique parfois tortueuse. Elle est née le 26 juillet 1975 dans une famille très à gauche, avec un père professeur universitaire de mathématiques et une mère militant pour le désarmement nucléaire. Enfant, elle manifeste contre l’ultralibérale Margaret Thatcher, dont elle deviendra une admiratrice.

Son frère Francis a confié à la BBC qu’en famille, elle voulait à tout prix gagner au Monopoly, quitte à tricher.

Étudiante, elle milite au sein du parti centriste libéral-démocrate. Dans une intervention publique devenue célèbre, elle appelle alors à l’abolition de la monarchie, bien loin de son conservatisme actuel.

“Elle a toujours fait preuve de franc-parler, elle a toujours aimé ruer dans les brancards”, se souvient Mark Littlewood, le directeur de l’Institute of Economic Affairs qui l’a rencontrée quand elle étudiait la politique et l’économie à Oxford. “À l’université, on ne doutait jamais de ses positions, quel que soit le sujet”.

Il voit des constantes dans son parcours :

“Elle est instinctivement favorable aux baisses d’impôts, est sceptique quant aux réglementations, pense que l’État a trop de pouvoir et que les hommes et les femmes n’en ont pas assez. C’est une recette extrêmement attirante pour les adhérents conservateurs”.

Championne du libre-échange

Après avoir rejoint les “Tories”, au grand dam de sa famille, elle devient députée en 2010, pour la circonscription de South West Norfolk (Est de l’Angleterre).

Depuis 2012, cette mère de deux filles a enchaîné les postes dans les ministères (Éducation, Environnement, Justice puis secrétaire en chef du Trésor).

Elle a connu défaites et revers : elle a failli perdre l’investiture aux législatives en raison d’une aventure extraconjugale et a été rétrogradée par Theresa May après un passage difficile à la Justice. Elle aurait pu aussi payer son vote contre le Brexit en 2016. Mais elle en est devenue l’un de ses plus fervents défenseurs, négociant et vantant de nouveaux accords de libre-échange au ministère du Commerce international.

Nommée en septembre 2021 à la tête de la diplomatie britannique — manière pour Boris Johnson de contrôler ses ambitions —, elle se montre intransigeante face à l’Union européenne sur l’Irlande du Nord et incarne avec Boris Johnson la fermeté contre la Russie après l’invasion de l’Ukraine.

Elle alimente des comparaisons avec Margaret Thatcher, ultra-populaire dans la majorité, en posant sur la tourelle d’un char ou en portant un chemisier caractéristique. Parfois jugée raide, elle est apparue plus détendue ces dernières semaines, ses alliés la décrivant en bonne vivante amatrice de fromage et de karaoké.

“Devenir Première ministre sera un test intéressant : à quel point sera-t-elle audacieuse et radicale ? Ou alors sera-t-elle paralysée par la machine ?”, s’interroge Mark Littlewood. “Elle partira d’une position où les conservateurs ne sont pas bien placés dans les sondages, elle devra gagner la confiance de la fonction publique. Cela sera extrêmement difficile”.