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Ouïghours : au Xinjiang, les militants dénoncent l’inaction de l’ONU

Ouïghours : au Xinjiang, les militants dénoncent l’inaction de l’ONU

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© ALEX WONG / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

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Par Emma Couffin

Publié le

Michelle Bachelet "m’a profondément déçue", confie Rushan Abbas, une femme ouïghoure de nationalité américaine.

L’inaction de la Haute-Commissaire aux droits de l’homme face au “génocide” de la minorité musulmane des Ouïghours par la Chine est “profondément” décevante, juge une des militantes à l’AFP. Michelle Bachelet “m’a profondément déçue”, avoue Rushan Abbas, une Ouïghoure de nationalité américaine, rencontrée en marge du Sommet de Genève des droits de l’homme et de la démocratie. Selon elle, ce qui se produit au Xinjiang, où vivent en majorité les Ouïghours, “est clairement un génocide”.

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La militante a exhorté la Haute-Commissaire à publier un rapport sur les exactions commises par Pékin. L’internement dans des camps de rééducation, les stérilisations forcées, et d’autres violations des droits humains ont été documentés par des ONG réputées sur place.

De nombreux États ont dénoncé ce génocide. Le 20 janvier dernier, la France a adopté une résolution reconnaissant officiellement “les violences perpétrées par les autorités de la République populaire de Chine à l’encontre des Ouïghours comme constitutives de crimes contre l’humanité et d’un génocide”.

Pékin dément avec véhémence et en bloc ces allégations et parle de “centres de formation professionnelle” pour contrer l’extrémisme. Mme Abbas regrette l’attitude relativement discrète adoptée par l’ancienne présidente du Chili sur cette question. “Nous l’avons suppliée de parler haut et fort”, insiste Mme Abbas, convaincue que son militantisme a poussé Pékin à emprisonner sa sœur Gulshan Abbas, depuis presque quatre ans.

Une visite controversée

Après une longue attente, Pékin a finalement donné son feu vert à une visite de Mme Bachelet en Chine, y compris dans le Xinjiang, mais les termes de la visite n’ont pas été rendus publics. Des organismes de défense des droits humains se sont inquiétés de ce que la visite ne retarde encore la publication de ce rapport très attendu, même si les équipes de Mme Bachelet n’ont pu se rendre sur place pour le compiler.

Selon des sources diplomatiques, le document est finalisé depuis août 2021. “Il faut qu’elle publie le rapport. Elle a toutes les preuves qu’il faut”, insiste Mme Abbas et de marteler : “Qu’est-ce qu’elle attend ? Le feu vert du gouvernement chinois ?”

Pour Mme Abbas, le rapport est plus important que la visite, “qui sera certainement manipulée avec des interviews préparées d’avance” et utilisée par Pékin à des fins de “propagande”. “Si elle ne publie pas le rapport et si elle n’a pas un accès totalement libre – ce qu’elle n’aura pas –, ce voyage fera du mal au peuple ouïghour”, estime Mme Abbas. Tout en critiquant le principe du voyage, la militante espère que Mme Bachelet pourra rencontrer sa sœur. “Donnez-nous au moins une preuve de vie […]. Je ne sais pas où elle est, comment va sa santé.”

“L’ONU doit agir”

Rushan Abbas dénonce “l’hypocrisie” des États et entreprises qui continuent à faire affaire avec Pékin. Elle ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec le traitement de la Russie après l’invasion de l’Ukraine. “Toutes ces entreprises qui ont à juste titre quitté si rapidement la Russie continuent à faire des affaires en Chine”, note Mme Abbas, et faisant semblant de s’interroger, ajoute : “[Serait-ce] parce qu’elles ne font pas assez d’argent en Russie ?”

Elle a rendu un hommage appuyé au président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a jugé que si l’ONU n’arrivait pas à stopper toutes ces atrocités, il souhaitait sa dissolution. La passivité des Nations unies “a été une énorme déception pour les Ouïghours et maintenant, c’est une immense déception pour le président Zelensky et le peuple ukrainien”, l’ONU “doit agir”, lance Mme Abbas.

Konbini news avec AFP