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Mes petits boulots, de Toulouse à Melbourne

Publié le

par La Zep

Après un an à enchaîner les boulots, Eva est partie jusqu’en Australie, toute seule. Là-bas, elle a beaucoup appris. Surtout sur elle.

Mes petits boulots, de Toulouse à Melbourne

Image d’illustration : © Klaus Vedfelt via Getty Images

À 18 ans, j’ai tout mis en œuvre pour financer mon premier voyage en Australie. Il fallait que je parte pour en savoir plus sur la vie. J’ai su que ma décision était la bonne quand mon futur patron m’a fait signer mon premier CDI en restauration dans les dix minutes qui ont suivi notre rencontre. C’est ce jour-là que l’aventure a démarré.

Ma première leçon de vie

Ce boulot, je l’ai adoré puis détesté. Les journées débutaient à 10 heures du matin pour se finir vers minuit, on travaillait sans relâche. Ah, si ! Il y avait la pause des trois heures. Ça me laissait juste assez de temps pour rentrer à la maison, m’allonger un peu sur le canapé et repartir en courant au restaurant. J’ai tenu comme ça quelques mois… Ça m’a paru des années. J’aurais voulu pouvoir encaisser plus. Mais l’ambiance névrotique du restaurant et le stress permanent m’ont provoqué des cauchemars bruyants. Ils avaient pour bruit de fond celui de la vaisselle en porcelaine du restaurant.

J’ai démissionné quatre mois après avoir signé ce CDI. Une prison sans barreaux, dans laquelle j’ai laissé mes collègues de travail sans me retourner.

Ce fut ma première leçon de vie : “Ne mets pas ta santé mentale et physique en danger pour un travail.” Cette phrase est devenue comme une boussole dans le domaine professionnel. Je la ressors encore de ma poche lorsque je me demande si je suis encore à ma place dans un travail.

Mais il était hors de question d’abandonner mon rêve d’aller en Australie. Alors, j’ai enchaîné les petits boulots. Cela m’a pris un an pour économiser et pour pouvoir partir à Melbourne. Ce fut long et fastidieux.

Enfin, le grand départ

Le 21 novembre 2019, je suis partie. Les gens qui sont venus me chercher à l’aéroport à mon arrivée, je ne les avais jamais vus auparavant. Je m’étais inscrite en tant que jeune fille au pair sur une plateforme en ligne. C’est là que j’ai fait la connaissance de la mère de famille. J’étais sur un nuage car, enfin, tout devenait concret.

Ce premier job fut comme une formation express sur la parentalité. Ce que j’ai retenu de ces trois mois en tant que nounou : l’importance de prendre le temps de se construire personnellement avant de faire des enfants, et de bien choisir le père.

Sans cette expérience, j’aurais sûrement été une jeune maman de 19 ans. L’envie de pouponner un bébé était là, surtout après la naissance de mon petit frère dix ans auparavant. En plus, la plupart des filles de mon entourage partageaient cette envie. J’aurais pu prendre cette décision par mimétisme. Et ça aurait été un poids de plus à porter, au vu du chemin intérieur qu’il me restait à parcourir.

Le 13 mars 2020, le contrat convenu oralement de jeune fille au pair se finissait. J’étais épuisée mentalement, mais j’avais grandi.

De Melbourne à Sydney

J’avais tellement hâte de prendre le train et de passer à autre chose. Direction Sydney, où un voyage organisé d’une semaine m’attendait. J’allais enfin pouvoir sociabiliser avec des gens de mon âge. Mais, en sept jours, mon budget s’est évaporé sans que je m’en rende compte. J’avais voulu trop profiter et rattraper les jours de solitude accumulés.

Je devais me refaire de l’argent, et vite : plus que quelques jours avant d’être à sec. J’ai tout de même décidé de prendre le temps de réfléchir avant de décider où aller et que faire. Mais Sydney était beaucoup trop cher pour mon petit budget, et cette ville bruyante me fatiguait trop.

Deux jours plus tard, en scrollant Facebook, je suis tombée sur une publication de rêve. Le Jackaroo Hostel, situé en pleine jungle, construit sur pilotis avec piscine, échangeait une place en dortoir confortable contre quatre heures de travail par jour. Sur le moment, je n’y croyais pas du tout.

Je me suis dit : “C’est exactement ce que je voulais, mais en mieux, comment c’est possible ? C’est trop beau pour être vrai, ça doit sûrement être une arnaque.” Mais j’ai enregistré la publication Facebook au cas où, et j’ai fermé mon téléphone.

Un post, un CV et un billet d’avion

Le lendemain, tous mes nouveaux potes du voyage organisé étaient déjà partis, je me suis retrouvée seule. Je suis alors retournée sur Facebook, peut-être que lui avait la solution. Quand j’ai ouvert l’application, la publication de la veille était encore là, elle n’avait pas bougé de mon fil d’actualité. “Bizarre”, je me suis dit, “ça doit être un signe”. Peut-être bien.

Mon cœur battait. Je me voyais déjà dans la piscine ou sur la terrasse en bois à observer le ciel.

J’ai envoyé mon CV. On m’a répondu dans la soirée. J’étais prise : quatre heures de ménage chez eux en échange d’un lit et de quelques biscottes humides pour le petit déjeuner. Sans trop réfléchir, j’ai pris un billet d’avion pour Cairns, la ville la plus proche du Jackaroo Hostel. Je tremblais car je me disais encore que c’était sûrement une belle arnaque, mais bon, je n’avais plus le choix ni une meilleure option.

Une fois arrivée à Cairns, j’ai été bloquée sous la pluie à cause d’inondations imprévues. J’étais inquiète qu’ils me laissent tomber. Mais j’ai profité de cette étape inattendue pour faire le point sur tous ces moments passés loin de chez moi.

Le temps s’était arrêté. J’étais très heureuse. Dans l’endroit où je suis restée en attendant de partir, je me suis baignée chaque soir dans le lagon en regardant les nombreuses chauves-souris géantes volant dans le ciel. J’ai respiré l’air humide et observé les étoiles jusqu’à pas d’heure. Voilà exactement ce que j’étais venue chercher, la liberté dans tous les sens du terme. Un rêve était en train de se réaliser.

Reprendre la route

Sept jours après mon arrivée à Cairns, les routes étaient enfin débloquées. J’ai envoyé un email à Robert, du Jackaroo Hostel, il m’attendait toujours. J’étais surprise de la gentillesse de ses mots et de sa patience. J’ai trouvé ça bizarre, surtout de la part d’un homme. C’était peut-être un piège. Mais j’avais un bon feeling qui me disait que tout irait bien.

J’ai repris ma route le lendemain.

Après trois heures de bus, je suis descendue sur le bord de la route, au milieu de nulle part. Je n’avais pas de réseau. Alors, j’ai demandé son téléphone à un Australien qui était là pour prévenir la navette du Jackaroo de mon arrivée sur le lieu de rendez-vous. Il a accepté avec plaisir. La navette de l’auberge de jeunesse est arrivée après vingt minutes d’attente.

La porte du van s’est ouverte, les deux garçons à bord étaient français. On a échangé quelques mots joyeux, comme heureux de retrouver des gens de notre clan. J’ai tout de suite été rassurée. À son regard, j’ai vite su que j’allais être amie avec le garçon côté passager. Finalement, ce n’était pas du tout une arnaque, cette annonce.

Trois ans plus tard

Bientôt trois ans ont passé depuis le Jackaroo Hostel, qui fut, de loin, l’une des plus belles étapes de ce voyage.

Avant mon départ, j’avais dressé plusieurs listes très exhaustives de tout ce que je souhaitais faire. Rien ne s’est présenté comme dans mon imaginaire, tout était bien mieux. J’ai retrouvé ces écrits le mois dernier, et un sentiment de joie m’a envahie.

L’Australie m’a appris à vivre les choses pleinement, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, à ne pas avoir peur de l’inconnu, à savoir appréhender des événements inattendus. J’ai appris à trouver des solutions rapidement et par moi-même, à rencontrer des inconnus qui deviennent bien souvent des amis, à se faire tout simplement confiance même lorsque nous sommes perdus et parfois désespérés. Nos limites intérieures se dissipent au fil des jours et des mois. On devient alors une personne plus libre et plus forte.

À mon sens, chaque jeune personne devrait avoir la chance de partir à l’étranger afin de mieux s’appréhender dans la vie, une fois adulte. Ne dit-on pas que le voyage forme la jeunesse ?

Eva, 23 ans, volontaire en service civique, Toulouse

Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la zone d’expression prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.

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