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Législatives : qui est Rachel Keke, première femme de chambre élue députée à l’Assemblée nationale ?

Publié le

par Lisa Coll

Largement en tête pour le premier tour dans la 7e circonscription du Val-de-Marne pour la Nupes, elle vient de remporter la victoire.

Législatives : qui est Rachel Keke, première femme de chambre élue députée à l’Assemblée nationale ?

© JOEL SAGET / AFP

Se définissant comme une “guerrière” voulant “faire du bruit” au palais Bourbon : Rachel Keke vient de remporter le second tour des législatives dans la 7e circonscription du Val-de-Marne pour la Nupes face à Roxana Maracineanu, ancienne ministre des Sports d’Emmanuel Macron.

Porte-parole de la longue grève des femmes de chambre de l’Ibis Batignolles, qui a fini par obtenir gain de cause après deux longues années de lutte, Rachel Keke entend bien porter la voix des travailleurs “invisibles” à l’Assemblée.

Âgée de 47 ans et forte d’un parcours rempli d’épreuves qui détonne dans le monde politique, la Franco-Ivoirienne est sans doute la plus emblématique des figures issues des luttes syndicales et associatives qui se présentaient cette année. Le député LFI Éric Coquerel dit d’elle :

“C’est ce que j’appelle une leader de masse. Elle a quelque chose qui magnétise, elle est forte, elle a les mots justes, elle n’a pas besoin de lire lors de ses prises de parole.”

C’est d’ailleurs lors des 22 mois de grève des femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles à Paris, pendant lesquels Rachel Keke portait les revendications de ses collègues, qu’Éric Coquerel a fait sa connaissance. Entre 2019 et 2021, cette militante CGT s’est mobilisée pour améliorer les salaires et les conditions de travail des femmes de ménage face au “mépris” de la direction.

“C’est une vraie combattante, quand on l’a rencontrée dans le cadre de cette grève, elle s’est très vite affirmée comme représentante de ses collègues”, explique Claude Lévy, représentant de la CGT-HPE (Hôtels de prestige et économiques), ne tarissant pas d’éloges sur cette “autodidacte de la lutte”.

Cet hôtel devant lequel Rachel Keke a commencé à se tailler une réputation syndicale et politique, elle a continué d’y travailler au début de sa campagne avant de prendre un congé pour se consacrer pleinement aux législatives.

“C’est un métier qui détruit le corps. Il y a des syndromes du canal carpien, des tendinites, des maux de dos…”, détaille-t-elle à l’AFP, se souvenant encore de cette sensation, “comme si on [lui] avait donné des coups partout”, après son premier jour en tant que femme de ménage, en 2003.

“Mais je me suis dit qu’il fallait que je prenne mon courage à deux mains, pour mes enfants”, se rappelle-t-elle.

“Pas loin d’une icône”

Mère de cinq enfants, Rachel Keke est née en 1974 dans la commune d’Abobo, au nord d’Abidjan, d’une mère vendeuse de vêtements et d’un père conducteur d’autobus. À 12 ans, au décès de sa mère, c’est elle qui se retrouve en charge de ses frères et sœurs.

Elle arrive en France en 2000 et commence à travailler comme coiffeuse avant d’entrer dans l’hôtellerie. Dans l’Hexagone, son parcours est chaotique : elle déménage souvent, alternant entre les squats ou les appartements d’amis en banlieue parisienne, avant de se fixer grâce au DAL (Droit au logement).

Naturalisée française en 2015, dans un pays qu’elle “adore” et pour lequel avait combattu son grand-père pendant la Seconde Guerre mondiale, elle habite maintenant les Sorbiers, une cité de Chevilly-Larue (Val-de-Marne) d’où elle a lancé sa campagne pour les législatives.

“Nous ne sommes pas des rebelles, on veut juste notre dignité”, a-t-elle lancé devant les acclamations des 200 amis et militants venus la soutenir. Avec toujours le même message : “secouer le cocotier” à l’Assemblée.

Celle qui se définit comme “féministe” et “défenseuse des ‘gilets jaunes'”, a paré d’éventuelles attaques sur son manque de formation. “Si tu me parles avec le français de Sciences Po, je vais te répondre en banlieusard !”, a-t-elle mis en garde.

“On connaît le niveau d’une femme de chambre, on sait que je n’ai pas de Bac+5”, expliquait-elle à l’AFP. “Je dis ce que je ressens. Si on me pose une question sur quelque chose que je ne comprends pas, je ne répondrai pas. Il faut que les médias s’habituent à ça.”

“Elle a tout à apprendre d’un point de vue de la politique politicienne”, détaille Hadi Issahnane, conseiller municipal LFI de Chevilly-Larue, mais “elle peut enseigner plein de choses de la vie réelle à plein de politiques”.

Co-chef de file de cette circonscription, c’est lui qui a proposé à Rachel Keke d’être candidate aux législatives. “On n’est pas loin d’une icône, au sens littéral, de notre combat politique. Elle incarne ça de manière naturelle.”

Selon les premières estimations, elle vient en tout cas d’être élue députée de la 7e circonscription du Val-de-Marne pour cinq ans à l’Assemblée nationale, délogeant du même coup l’ancienne ministre des Sports Roxana Maracineanu.

Konbini news avec AFP

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