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Homophobie : lesbienne, je ne suis en sécurité nulle part

Publié le

par La Zep

Un jour, Émilie a été agressée alors qu’elle marchait avec sa copine dans la rue. Chez elle, elle est forcée de subir les propos insupportables de sa famille homophobe.

Homophobie : lesbienne, je ne suis en sécurité nulle part

Image d’illustration : © kieferpix via Getty Images

En sortant de chez moi ce jour-là, j’étais loin de me douter que les choses allaient déraper à ce point. Je marchais dans la rue avec ma petite amie, on se tenait la main. J’avais 14 ans. Je portais un sweat large et un jogging. Certains considèrent sans doute que ce n’est pas une tenue très féminine. Sur notre chemin, on a croisé un inconnu, un peu plus âgé que nous. Il nous a insultées de tous les noms : “Bande de salopes”, “Sales gouines”, “Allez mourir ” ou encore “Vous êtes des erreurs de la nature”. Il ne s’est pas arrêté là. Il a commencé à nous pousser, il voulait nous frapper.

Heureusement, un homme est venu s’interposer et nous défendre. Ma copine et moi, on n’était pas blessées, mais il nous a fallu plusieurs longues minutes pour reprendre nos esprits. On était sous le choc. On ne comprenait pas comment cela avait pu arriver.

Je ne mangeais presque plus et je séchais

C’était la première agression homophobe que je subissais, et heureusement jusqu’ici la seule. Suite à ça, j’ai perdu toute confiance en moi. Je ne voulais plus sortir de chez moi, je n’arrivais plus à suivre en cours et je séchais. Je ne mangeais presque plus rien et je restais enfermée dans ma chambre à écouter de la musique.

Avec ma copine aussi, c’était devenu bizarre. Cette agression a créé un fossé et des incompréhensions entre nous. Elle voulait que l’on se cache, alors que moi, je trouvais qu’on n’avait rien à se reprocher. Après une énième dispute, on a fini par se quitter. Ça m’a complètement détruite.

J’ai commencé à me renfermer sur moi-même. Je ne parlais à personne, pas même à ma famille. De toute façon, je ne pouvais pas leur parler de cette agression parce que mon père et mes sœurs sont clairement homophobes. Ils tiennent ce genre de propos durant les repas de famille : “Deux femmes ensemble c’est contre-nature”, “C’est dégueulasse”, “C’est pas normal, ça ne devrait pas exister”. Moi, je ne réagis pas. Je préfère faire comme si cela ne m’atteignait pas.

Souvent, mes sœurs me disent : “De toute façon, tu vas finir lesbienne”, “Si c’est le cas, on ne te considère plus comme notre sœur”, “Tu fais honte à la famille”, etc. Au début, je trouvais ces remarques blessantes. Aujourd’hui, je ne fais même plus attention car je m’y suis habituée.

Ma mère me soutient

Je n’ai pas réussi à en parler à ma mère, mais elle a quand même appris mon homosexualité. Elle m’a soutenue et m’a dit que peu importe qui j’aime et peu importe qui je suis, elle m’aimera toujours. Elle partage également le même constat que moi : il ne faut pas en parler à mon père et à mes sœurs. J’aimerais pouvoir en parler avec toute ma famille sans avoir de tabou mais, malheureusement, ce n’est pas possible. À cause de ça, je suis devenue une fille qui ne parle absolument pas à sa famille quand il lui arrive quelque chose.

Finalement, j’ai réussi à m’en sortir après cette agression, grâce au soutien de mes amis. Ils m’ont beaucoup aidée à traverser cette épreuve. Ils sont tous au courant pour mon homosexualité. C’est quelque chose que j’assume pleinement depuis deux ans, depuis que j’ai compris mon orientation sexuelle.

Il m’en est arrivé, des choses, comme des insultes ou des moqueries, mais les mentalités évoluent et ça a beaucoup diminué, jusqu’à ne plus rien avoir. Cette agression est sans doute la pire. Encore aujourd’hui, chaque propos ou geste malveillant à mon égard en raison de mon homosexualité me fait repenser à cette agression dans la rue. C’est comme une vieille blessure qui se réveille. C’est ancré en moi.

Émilie, 15 ans, lycéenne, Grande-Synthe

Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la zone d’expression prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.

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