La nuit tombe, l’insécurité se fait ressentir, et c’est parfois la peur au ventre qu’on quitte le bus pour rentrer chez soi. On presse le pas, vite, très vite. Descendre entre deux arrêts de bus la nuit pour se rapprocher de son domicile était loin d’être une généralité en France. C’est désormais possible. Possible, mais pas encore obligatoire ni étendu à tout le territoire. Le décret autorisant ce dispositif a été publié le 19 octobre dernier au Journal officiel. On fait le point.
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Lutte contre le sentiment d’insécurité
Derrière cette mesure, une bonne intention : offrir plus de sécurité le soir aux passagers, et notamment aux femmes, qui quittent les transports en commun. Fin octobre, la députée LREM Laurianne Rossi, à l’origine de la proposition de loi de « l’arrêt à la demande », s’est félicitée de son avancée.
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Le décret stipule que le « service de descente à la demande » est désormais effectif. Le nouvel alinéa est clair :
« Les services publics réguliers de transport de personnes par autobus peuvent inclure des dispositifs de descente à la demande consistant, dans le respect de l’itinéraire de la ligne, à permettre à tout usager de descendre hors des points d’arrêt prévus. Le conducteur procède à l’arrêt en dehors de ces points, à la demande d’un usager, s’il considère que la sécurité de la descente peut être assurée. »
Un chauffeur de bus peut donc désormais, en toute sécurité, faire descendre la personne qui le souhaite plus près de sa destination, sur demande. Et le texte vise clairement un public en particulier : les femmes. Le décret s’insère « dans une perspective de lutte contre le sentiment d’insécurité dans l’espace public, en particulier de la part des femmes », et il « s’inscrit notamment dans le cadre de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles ».
Concrètement, la passagère ou le passager peut demander à l’avance au chauffeur de s’arrêter entre deux arrêts. Si le chauffeur estime que la sécurité des passagers est assurée, ils peuvent descendre même si l’arrêt de bus n’est pas à proximité.
Certaines villes ont testé le dispositif
À Lille, Paris ou encore à Strasbourg, le dispositif a été mis en place à titre expérimental, avant même la parution du décret, sur une durée plus ou moins longue et sur quelques lignes de bus seulement. Il n’a pas été étendu à tout le réseau des métropoles. Contacté par Konbini news, le réseau de la métropole lilloise Ilévia explique avoir lancé l’expérimentation depuis 2019 sur trois lignes de bus.
Concrètement, « les usagers de ces trois lignes de bus voyageant seuls ou accompagnés d’une personne mineure peuvent demander au conducteur de bus de s’arrêter à l’endroit de leur choix sur le trajet de la ligne, à condition que la dépose puisse se faire en toute sécurité. Pour cela, il leur suffit de se signaler au conducteur à l’arrêt précédent », indique le réseau.
« Avec l’expérimentation de l’arrêt à la demande sur le réseau, il ne s’agit plus uniquement d’intervenir au sein de nos infrastructures de transport, mais bien d’accompagner les voyageurs sur l’ensemble de leurs parcours, y compris dans l’espace public », explique Héloïse Gerber, en charge de la mobilité inclusive sur le réseau Ilévia.
Se pose également la question de la descente entre deux arrêts lorsqu’ils sont plus éloignés, comme cela peut être le cas en banlieue. La RATP a indiqué à Konbini news vouloir répondre à cette problématique : « La RATP souhaitait expérimenter des lignes situées en banlieue où la distance inter-arrêts est plus importante et où le réseau de bus de nuit est moins présent. » La société de transport n’a pour autant pas encore généralisé le concept et « ce service n’est pas proposé à [leurs] voyageurs sur le réseau », la décision revenant à Île-de-France Mobilités, l’autorité organisatrice des transports.
Un service étudié pour les femmes
À Strasbourg, il y a une particularité sur le réseau : ce service est réservé uniquement aux femmes : « pour les femmes seules ou accompagnées d’enfants en bas âge », rappelle la Communauté strasbourgeoise des transports en commun (CTS). L’expérimentation a été faite sur une ligne de bus depuis juin 2019. Pour toutes les villes qui ont déjà expérimenté le dispositif, le service débutait à partir de 22 heures. Néanmoins, le décret stipule que :
« Tout dispositif de descente à la demande est préalablement défini par l’autorité organisatrice, soit dans le cadre de la convention conclue avec l’exploitant du service de transport, soit par le cahier des charges de la régie, en précisant la ligne ou portion de ligne, ainsi que la plage horaire en période nocturne où s’applique le dispositif. »
Autrement dit, il revient à la société de transport de convenir de l’heure où va débuter le service et de la ou des lignes concernées. La généralisation à tout le réseau de bus n’est en aucun cas une obligation. Rien n’oblige non plus les transporteurs à mettre en place un tel dispositif.
De l’expérimentation à la généralisation
Certaines villes, à l’image de Lyon, ont au contraire pris de l’avance sur la mesure, en proposant depuis quelques mois ce système « d’arrêt à la demande ».
D’abord lancé à titre expérimental dans le cadre de la Journée des droits des femmes le 8 mars 2019, le dispositif s’est finalement généralisé aux 120 lignes de bus que compte le réseau depuis novembre 2019 et est rentré dans les mœurs. Doucement certes, mais sûrement. Contactés par Konbini news, les Transports en commun lyonnais (TCL) confirment que ce service de « descente à la demande », a recueilli entre 250 à 300 demandes spécifiques de la part des passagers les premiers mois de sa mise en place.
La demande dans cette ville a émané directement des passagères grâce à des groupes de travail des « marches exploratoires » composés exclusivement de femmes : « Ce sont des usagères régulières d’une ligne, pour lesquelles on sait qu’il peut y avoir un sentiment d’insécurité » qui ont émis l’idée « de pouvoir descendre entre deux arrêts de bus pour pouvoir descendre au plus proche de leur domicile », explique Benoît Gaillet, attaché de presse du réseau exploitant la TCL.
À Bordeaux, l’expérimentation a débuté en novembre 2017, puis s’est étendue à tout le réseau de bus Liane. « Au total, plus de 600 personnes ont utilisé ce service, soit 2 à 5 personnes par soirée. Ce chiffre, relativement limité, indique clairement qu’il n’y a pas eu d’abus » ,indiquent les Transports Bordeaux Métropole (TBM).
Ce service n’a pas non plus engendré de retard sur les lignes de bus. Les données de TBM indiquent clairement que l’insécurité peut se faire ressentir en fonction des saisons, à mesure que les jours raccourcissent. L’étude menée sur le réseau indique que sur l’année 2019, le nombre de demandes varie entre l’été et l’hiver. Plus que le changement de saisons, un changement des mentalités s’impose.












