La « désextinction » fait beaucoup de bruit, au point qu’elle aura même le droit à sa une du Time. Et c’est bien normal, la résurrection d’une espèce éteinte a quelque chose de magique au regard des millions d’espèces animales qui ont peuplé notre planète. « Ces louveteaux furent les premiers à pousser un hurlement qui n’avait pas été entendu sur Terre depuis plus de 10 000 ans », ajoute le magazine américain.
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Et forcément, l’écho médiatique est d’autant plus grand lorsqu’on décide de « ressusciter » une créature aussi fantastique (et mignonne) qu’un « loup géant » et qu’en plus on l’associe plus directement à Game of Thrones, la série qui les a popularisés auprès du grand public.

© Christopher Klee / Colossal Biosciences
Mais c’est tout l’objectif de Colossal Biosciences, une start-up qui a décidé d’être l’étendard de la désextinction en ramenant à la vie des animaux disparus. Ils affirment avoir ainsi réussi à modifier le code génétique d’un loup gris commun pour recréer un loup sinistre (canis dirus) qu’on connaît plus sous l’appellation « loup géant », étant donné qu’il peut mesurer 1,60 mètre de long en moyenne.
Ni Game of Thrones ni Jurassic Park
Peut-on vraiment dire que le loup géant n’est plus une espèce éteinte ? Pas vraiment. Déjà, il faut comprendre le processus utilisé par les scientifiques de Colossal Biosciences. En fait, ces loups géants, bien que très mignons, ne sont pas bien différents des maïs de Monsanto, ce sont des OGM, des organismes génétiquement modifiés.
Les chercheurs ont ainsi effectué 20 modifications portant sur seulement 14 gènes des 19 000 gènes qui composent le code génétique du loup gris. L’entreprise dit avoir utilisé des ossements de dent et d’oreille de loup sinistre, mais n’imaginez pas que l’ADN a été extrait pour en faire une sorte de clonage à la Jurassic Park. Car c’est bien de l’ADN de loup gris « commun » qui a été modifié pour former un embryon qui a été ensuite inséminé in vitro dans une chienne domestique avant que les « loups géants » naissent finalement par césarienne.
Le « loup géant » n’est pas vraiment réapparu grâce à Colossal Biosciences. Interrogé par la BBC, le paléoécologiste et professeur de l’Université d’Otago (Nouvelle-Zélande) Nic Rawlence reste très sceptique sur la notion de « désextinction ». Les échantillons d’ADN des loups sinistres recueillis sur les ossements sont âgés de 13 000 et 72 000 ans et sont donc très partiels.
Colossal Biosciences se serait simplement « inspirée » de quelques caractéristiques de cet ADN pour recréer un loup gris dont les quelques modifications génétiques le feraient ressembler au loup sinistre géant (toujours) éteint depuis 10 000 ans.
Science-spectacle et marketing émotionnel
La modification génétique d’animaux existe depuis déjà de nombreuses années. Dans les laboratoires, on a vu naître des souris transparentes, des agneaux phosphorescents et tout un tas d’autres expériences d’hybridation génétique qui permettent de faire avancer divers domaines et plus particulièrement la médecine, que ce soit pour traiter ou prévenir des maladies comme le diabète et les cancers.
Mais du côté de Colossal Biosciences, l’objectif semble très différent. Si l’entreprise affirme vouloir lutter contre le risque d’extinction des espèces animales en général, ses projets futurs semblent orientés sur des cas très « flamboyants » et connus du grand public : le dodo, le tigre de Tasmanie ou encore le mammouth laineux qui est le projet le plus avancé puisque

Le PDG de Colossal Biosciences, Ben Lamm – © Christopher Klee / Colossal Biosciences
Le CEO Ben Lamm est un serial entrepreneur qui s’est associé à George Church, un généticien de Harvard qui travaille sur le séquençage de l’ADN du mammouth laineux depuis 2008. Début 2025, Colossal Biosciences a levé 200 millions de dollars et a été valorisée à 10,2 milliards de dollars. L’entreprise, n’ayant pas de chiffre d’affaires, sa valorisation ne correspond qu’à la confiance qu’ont les investisseurs dans le projet et a fortiori, la confiance du grand public.
Si la réintroduction d’espèces éteintes peut avoir des effets bénéfiques sur l’environnement, beaucoup de scientifiques et d’associations de protection du vivant préfèreraient voir cet argent magique réinvesti dans la protection des espèces actuellement menacées comme par exemple le loup gris en France.









