En images : sans destination précise, ils partent pendant 7 jours dans le désert

Accompagné du photographe Brice Portolano, Anthony Legrand raconte la sensation d'être "coupé du monde" lors d'un voyage sans destination précise et loin de toute pression sociale.

© What The Film

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Après un plongeon au cœur d’une communauté unique aux Philippines, nous souhaitions aborder la déconnexion différemment. Ce premier voyage en Asie nous avait prouvé que se reconnecter à l’humain était une belle manière de se déconnecter. Cette fois, nous voulions vraiment avoir la sensation d’être "coupés du monde", tester cette fameuse "Digital Detox" dont parlent Alanna Harvey ici ou Jenn Sutherland-Miller par là.

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Pour cette nouvelle aventure, nous sommes partis avec Brice Portolano, un photographe baroudeur super talentueux, connu pour traiter des sujets atypiques et rares. J’avais notamment été marqué par son reportage en Laponie et celui sur un couple qui produit sa propre nourriture à Salt Lake City, tout aussi captivant !

Habituellement, Brice se passionne pour des histoires liées à l’humain. Ici, nous voulions volontairement l’amener vers autre chose histoire de le sortir de sa "zone de confort". Destination la Namibie, un pays réputé pour ses étendues immenses et ses paysages désertiques totalement lunaires.

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Collée à l’Afrique du Sud, la Namibie est tout simplement le deuxième pays le moins peuplé au monde : deux millions d’habitants pour une superficie un peu plus grande que la France. Autant vous dire que plus on s’éloigne de la capitale, moins on risque de croiser quelqu’un. Les seuls humains que Brice allait côtoyer durant 7 jours, c’était nous et… euh… nous, soit l'équipe de What the Film, composée de Pavlé (réalisateur), Axel (Sound Designer), Milosh (notre drone) et moi-même.

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© What The Film

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Voyager sans itinéraire

Aucune préparation, aucun repérage

Pour aller plus loin dans notre démarche, nous avons également insisté pour ne rien préparer, aucun itinéraire, aucun repérage… rien ! Juste nos billets d’avion, nos passeports, nos sacs à dos et la location d’un 4x4 assez équipé pour survivre.

Le simple fait de ne rien prévoir permet de réellement découvrir un pays lorsqu’on y est. C’est un peu comme si on évitait de se faire "spoiler". L’autre bénéfice, c’est évidemment la surprise : n’ayant aucun programme en tête, ça nous pousse à aller demander conseils aux locaux une fois sur place.

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Après notre atterrissage à Windhoek, la capitale, on nous a rapidement conseillé de partir vers le sud en longeant la côte du bord de mer. Anecdote marrante, ne connaissant rien du pays, on a découvert qu’il fallait rouler à gauche avec, donc, le volant à droite. Ça peut paraître anodin, mais voilà le genre de choses qui rendent l’aventure captivante dès le départ, car je vous garantis que conduire un 4x4 à gauche après 20 heures d’avion, le tout, de nuit sur les routes africaines, ça vous met directement dans l’ambiance.

Préoccupation première : l’eau ! Eh oui, ne sachant pas trop où l’on va et vu les étendues désertiques sans villages, on nous conseille de bien nous ravitailler avant le départ. C’est fou comme ce sujet devient automatiquement préoccupant lorsqu’on s’imagine en manquer. Une fois la survie assurée (environ 5 kilos de viande séchée plus tard) nous pouvions enfin commencer à "travailler".

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© Brice Portolano

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© Brice Portolano

Le voyage comme terrain de jeu

La photographie est une chasse permanente. On tente de saisir l’instant idéal. On joue avec le temps, à la recherche des plus belles lumières du matin et du soir qui sublimeront notre sujet. On joue à chercher les plus jolis points de vue en escaladant les dunes, les montagnes… On joue à qui va trouver le plus beau cadre, la plus belle perspective. On joue à capturer la plus belle expression au bon moment.

Ce jeu, c’est ce qui nous a passionnés durant les 6 jours passés ensemble. Brice avait l’œil du photographe, nous avions celui du cinéaste. Nous passions notre temps à partager ensemble nos idées de cadrage, de mise en scène…

Brice consacre sa vie entière à la photographie et j’aime sa manière de décrire son métier :

"C’est à toi de créer du divertissement dans ton environnement de travail. C’est un mode de vie, pas un job ordinaire."

Ce n'est qu’une fois le soleil couché, quand nous installions le camp, que le jeu s’arrêtait pour laisser place à de longues discussions. Chaque soir, c’était notre petit rituel, trouver le spot le plus stylé possible, histoire de profiter du lever du soleil le lendemain, sortir la table et les chaises, chercher du bois pour préparer le feu, couper la viande et les légumes pour le repas… et surtout, refaire le monde en profitant d’un ciel étoilé hallucinant.

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Se recentrer sur l’essentiel

Quand on voyage en groupe, la première chose marquante, c’est l’art du compromis, il faut être attentif aux désirs et à la résistance physique de chacun. On redécouvre alors nos amis proches, qui dévoilent soudainement des aspects inconnus de leur personnalité. On le sait, le camping a cette faculté à rapprocher les gens. Le fait de se retrouver à quatre au milieu de rien incite à lancer des sujets que nous n’aurions jamais abordés ailleurs.

C’est l’opportunité de prendre du recul, de se reposer l’esprit et surtout de parler de nouveaux projets, de concepts à développer, de ce qui nous manque le plus… Toutes ces réflexions amènent souvent à certaines remises en question. On s’inspire des autres, on partage des avis. Bien sûr, il est tout à fait possible de faire ça à Paris autour d’un verre, mais le simple fait de n’avoir rien d’autre à faire démultiplie ce genre d’échanges. En France, nous aurions tous été sur nos mobiles à checker le dernier statut Facebook, la dernière nouveauté sur Twitter…

Au final, délivrés de notre addiction à Internet, aux smartphones, loin de la pression sociale des villes, nous parvenions à nous recentrer sur l’essentiel. C’est indéniable, le fait d’être totalement déconnectés change notre manière de communiquer ensemble. J’ai beau le savoir et même me moquer parfois des articles ou vidéos qui "militent" pour ça, je dois l’avouer, quand on le vit, on le comprend.

© Brice Portolano

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Provoquer la rencontre

Même dans ces immenses étendues désertiques, on s’aperçoit rapidement que les terres appartiennent à quelqu’un. Finalement, même en Namibie, rares sont les espaces encore libres. Dans notre recherche de lieux uniques pour installer notre campement, on se confrontait souvent à des barrières.

Et puis… alors que le soleil était en train de se coucher, nous sommes tombés sur une magnifique route au beau milieu de la brousse. Par chance, la barrière était ouverte. Nous avons pris le risque de l’emprunter… Après 10 minutes à rouler, nous sommes tombés sur une ferme. À peine garé, un gros 4x4 nous rejoignit à pleine vitesse. Un grand gaillard sortit, pipe à la bouche, à ce moment, et nous ne fîmes pas les fiers. Au final, Clutch s’est avéré être notre plus belle rencontre du voyage.

Dernier représentant d'une lignée de fermiers, il nous a directement invités à déguster une pièce de gibier et nous proposa de camper sur sa propriété, le tout en rechargeant nos batteries. Le matin suivant, il nous faisait visiter ses infrastructures, comme son moulin et sa pompe, en nous expliquant qu'ici l’eau était le bien le plus précieux. Les similitudes avec notre précédent voyage dans la communauté Tao, aux Philippines, étaient saisissantes.

Dans le désert namibien, les sources et les puits sont si rares qu’il est possible de marcher pendant des jours sans croiser aucune forme de vie. Nous avons également passé quelques moments avec les ouvriers et leurs enfants, qui partagent une vie de famille heureuse avec Clutch dans ce lieu aussi paisible qu’isolé.

Comme quoi, même dans un pays ou il est rare de croiser du monde, c’est en allant à la rencontre des locaux, que nous avons passé notre meilleur moment du voyage. Sans provoquer cette chance en passant au-delà de la barrière, nous serions revenus de Namibie sans saisir son côté humain.

© Brice Portolano

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Cet article écrit par Antony Legrand a été initialement publiée sur Medium France

Par Medium France, publié le 06/06/2016