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Choquée par le devoir sexiste donné à sa fille, elle le réécrit de manière égalitaire et inspirante

Publié le

par Mélissa Perraudeau

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Une mère de famille américaine a eu une mauvaise surprise en aidant sa petite fille à faire ses devoirs. Choquée par un texte sexiste, cette éditrice de livres jeunesse en a proposé une formidable réécriture.

Le 23 mai, Lynne Polvino, éditrice dans une maison d’édition de littérature jeunesse de New York, aidait Hazel, sa fille de 6 ans, à faire ses devoirs. L’exercice du jour était un texte à trous, qui racontait le triste retour au travail d’une mère après son congé maternité, un moment douloureux pour la petite fille au cœur de l’histoire.

"Lisa n’était pas contente que sa mère reprenne le travail. Avant la naissance de Lisa, sa mère travaillait dans un grand bureau. Hier, elle a dit à Lisa qu’elle allait reprendre le travail. Ce fut un matin horrible. Lisa devait arriver à l’école à l’heure. Son père devait être au travail à l’heure. Et maintenant, sa mère aussi était pressée. Le père de Lisa prépara le petit-déjeuner, ce n’était pas très bon. Et il demanda à Lisa de faire la vaisselle. Ce n’était pas très bon non plus."

"Quel message cela envoyait-il aux petites filles rêvant d’avoir une carrière et une famille ?"

Lynne Polvino a expliqué au site Today que l’histoire "appuyait partout où ça faisait mal", et que c’était pire à chaque phrase. Sa surprise et sa consternation se sont vite muées en colère.

"À notre époque, on va dire aux gosses que les mères qui travaillent à l’extérieur du foyer rendent leurs enfants et leur famille malheureux ? Que normalement les pères ne font pas les taches ménagères comme la cuisine et la vaisselle ?"

Si l’histoire de Lisa ne semblait pas déranger sa fille Hazel, Lynne Polvino s’est demandé ce que les enfants de la classe dont les mères travaillaient en pensaient. Dans Today, elle assène : "Quel message cela leur envoyait-il ? Quel message cela envoyait-il aux petites filles rêvant d’avoir une carrière et une famille ? Et pour les autres mères qui travaillent, est-ce que, comme moi, elles ont eu l’impression qu’on les frappait en plein ventre lorsqu’elles ont lu ça ?" Pour montrer dans quel genre de monde elle veut vivre et élever ses enfants, Lynne Polvino a donc décidé de réécrire l’histoire afin que celle-ci offre de meilleures perspectives, des perspectives égalitaires, aux enfants. Sa version parle d’épanouissement pour toute la famille :

"Lisa était heureuse, sa mère reprenait le travail. Avant la naissance de Lisa, sa mère travaillait dans un grand bureau. Parce qu’il estimait que la contribution de la mère de Lisa sur son lieu de travail était importante, son employeur lui avait offert presque une année de congé maternité et des horaires flexibles à son retour.

C’était un matin merveilleux. Lisa devait être à l’école à l’heure. Sa mère devait être au travail à l’heure. Son père était à la maison grâce à son congé paternité, il s’occupait du jeune frère de Lisa et contribuait équitablement aux tâches ménagères. Personne n’était pressé parce que papa avait les choses fermement sous contrôle.

Le père de Lisa prépara le petit-déjeuner. C’était très bon et il demanda à Lisa de faire la vaisselle parce que tous les humains fonctionnels devraient apprendre à nettoyer derrière eux."

L’avant-dernière phrase du texte conclut que "Lisa était contente de grandir dans une société sans sexisme ni misogynie".

Un texte "dépassé"

Si Lynne Polvino n’a pas envoyé sa réécriture à l’institutrice de sa fille, elle lui a tout de même écrit un mail pour lui faire part de son indignation. L’enseignante a admis que le texte était "dépassé", et l’a remerciée de lui avoir fait remarquer. Elle lui a également promis de faire attention à ce que cela ne se reproduise pas. Une promesse importante pour la mère d’Hazel, pour qui jongler entre sa carrière et sa famille a longtemps été une grande source de préoccupation.

Lynne Polvino a confié à Today qu’elle avait souvent eu l’impression de ne pas bien gérer les deux, et qu’elle ne trouvait pas que les mères qui travaillaient étaient suffisamment aidées. Si elle a pointé la durée trop courte des congés maternité et paternité et souligné le manque de gardes d’enfants abordables, elle a surtout dénoncé la culpabilisation des mères, qu’elle soit implicite ou explicite. D’où sa volonté de ne pas laisser passer le texte sexiste et culpabilisant que sa fille devait étudier, et sa prise de conscience que les femmes des époques précédentes avaient été des pionnières : "Je leur suis tellement reconnaissante d’avoir ouvert la voie."

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