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Sonita Alizadeh, la rappeuse afghane qui dénonce le mariage forcé

Publié le

par Anaïs Chatellier

Zarghuna Kargar, Author and Journalist, BBC interviews Sonita Alizadeh, Rapper and Activist on Daughters For Sale at Women In The… Lire la suite

Lors du sommet "Women in the World" qui s'est déroulé à Londres, la jeune afghane Sonita Alizadeh a rappé pour dénoncer le mariage forcé.

Sonita Alizadeh lors du sommet "Women in the World" à Londres. (Crédit Image : Women in the World)

On vous en parlait il y a quelques jours, le mariage forcé de mineures continuent d'être un fléau pour de nombreuses petites filles et adolescentes dans plusieurs pays. En effet, selon les statistiques, 27 mineures sont mariées de force chaque minute... Sonita Alizadeh, jeune afghane de 18 ans a, quant à elle, échappé par deux fois au mariage forcé que voulaient lui imposer ses parents. La première fois que sa mère évoque un mariage, elle est à peine âgée d'une dizaine d'années. "Je n’étais pas triste à cette époque, car je ne comprenais pas de quoi on me parlait"confie-t-elle à la BBC, rappelant ainsi l’impuissance et l'incompréhension des fillettes face à cette terrible tradition qui perdure.

Si cette fois-ci elle y a échappé belle, le thème du mariage revient sur le tapis lors de ses 16 ans. Sa mère lui annonce qu'elle va se marier à un homme qu'elle n'a jamais rencontré pour pouvoir payer la dote du mariage de son frère. Les discussions sont déjà entamées et l'homme serait prêt à payer 9000 dollars pour obtenir sa main. "Je ne pouvais plus respirer, je ne pouvais plus parler. Mon cœur était brisé. C’était trop dur d’imaginer être mariée à quelqu’un que je ne connaissais pas », a-t-elle raconté lors du sommet "Women in the world" qui s'est tenu à Londres la semaine dernière.

C’est donc dans un élan de colère et de désespoir qu’elle se met à écrire la chanson "Brides on sales" – soit "Mariées à vendre" en français – l'enregistre et la poste sur Youtube. La viralité de sa vidéo lui permettra ainsi d'échapper au mariage forcé.

"Je hurle pour combler le silence des femmes"

"Laissez-moi murmurer ces mots. Personne ne doit m'entendre parler des filles que l'on vend. Ma voix ne doit pas être entendue, car elle est contre la charia. Les femmes doivent se taire. C'est une tradition chez nous”, commence par rapper en chuchotant la jeune afghane, toute de noir vêtue, un code-barres dessiné sur le front, le visage meurtri. Du murmure, Sonita scande rapidement sa colère : "Laisse-moi hurler. Je n’en peux plus de ce silence. Ote tes mains de mon corps. Je hurle pour combler le silence des femmes. Je crie pour un corps épuisé et enfermé dans sa cage". Elle poursuit vêtue d’une robe de mariée :

Comme toutes les autres femmes, je suis en cage. On me considère comme une brebis qui a grandi seulement pour être dévorée. Ils me répètent qu’il est temps de me vendre. Je suis une personne également. Peut-être que s’échapper ou se suicider est une chose stupide. Mais que faire lorsque personne ne nous soutient ?

Avant de finir en rappelant que rien de tout ça n’est présent dans le livre de sa religion : "J’espère que vous réviserez le Coran, j’espère que vous saurez qu’il ne dit pas que les femmes sont à vendre". Si sa vidéo lui a permis d’obtenir une bourse pour étudier la musique à la Wasatch Academy dans l'Utah, aux États-Unis, son plus grand souhait est de revenir dans son pays natal pour y défendre les droits des femmes. Désormais loin de sa famille, elle ne les blâme pas pour autant :

Ma mère avait 13 ans quand elle s’est mariée. Tout le monde lui disait que c’était une femme et donc qu’elle n’avait de valeur. Dans mon pays, une gentille fille doit rester silencieuse. Une gentille fille est comme un chien, avec qui on joue. Mais je suis une chanteuse et je veux un avenir radieux. Ma musique était le cauchemar de ma mère. Maintenant, elle est l'une de mes plus grands fans.

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