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Des profs d'histoire accusent Robert Ménard de "torturer la mémoire de Jean Moulin"

Publié le

par Théo Chapuis

Dans une lettre ouverte, une petite trentaine de profs d'histoire-géographie de Béziers reprochent à Robert Ménard d'instrumentaliser et même de "torturer" la mémoire de l'icône de la Résistance.

Robert Ménard, un habitué de la polémique (Philippe Leroyer/Flickr).

Une trentaine de professeurs d'histoire-géographie de Béziers ont adressé une lettre ouverte à Robert Ménard, maire de leur cité, pour lui demander de cesser d'instrumentaliser Jean Moulin, "le plus célèbre des Biterrois", symbole national de la Résistance au nazisme, assassiné lors d'une séance de torture en 1943.

Adressée à la presse ce week-end, cette lettre, qui sous couvert de souhaiter les vœux au maire fait figure de liste de doléances, accuse Robert Ménard de récupérer, à outrance, l'image de Jean Moulin :

"Monsieur le Maire, les citoyens que nous sommes, professeurs d'histoire-géographie du lycée de votre ville qui porte cet illustre nom, font le vœu, à l'orée de cette année 2016, que vous cessiez de 'torturer' la mémoire de Jean Moulin et que vous laissiez ses mânes reposer définitivement en paix."

Les 29 profs, dont 13 enseignent au lycée Jean-Moulin, dénoncent "l’instrumentalisation et le retricotage de l’Histoire à des fins strictement polémiques" auxquels ils souhaitent "exprimer publiquement [leur] désaccord", "Précisément parce que nous sommes des professeurs profondément attachés à la rigueur de la démarche historique".

L'édile de la sous-préfecture de l'Hérault doit l'admettre : son usage de la figure tutélaire de Jean Moulin frise l'obsession, qu'il s'agisse de le mettre en une de son journal municipal ou de le citer à tout va sur son compte Twitter – inaugurant au passage le hashtag #JeanMoulin.

D'après les profs d'histoire, cette utilisation est un contre-emploi total : "Jean Moulin – dont le père (Antoine) était professeur d'histoire à Béziers – avait fait le choix lucide et courageux de ne pas se soumettre à une idéologie reposant sur l'exclusion, la division et la fascination malsaine pour un passé idéalisé."  Il n'est nommé nulle part, mais c'est le Front national et la politique locale de Ménard que visent par ces mots les enseignants de la sous-préfecture de l'Hérault.

Jean Moulin, mais aussi Charles Martel ou l'Algérie française

Leur lettre attaque plusieurs projets du maire, dont un certain nombre avait fait parler d'eux dans les médias nationaux, notamment le changement de nom de la "rue du 19-mars-1962" (date des accords d'Évian et donc du cessez-le-feu de la guerre d'Algérie), rebaptisée "rue d'Hélie-Denoix-de-Saint-Marc" (du nom d'un militaire et résistant ayant participé au putsch des généraux de 1961). Les profs accusent Robert Ménard d'agir "pour rouvrir des plaies et raviver de vieilles rancœurs en faisant de Béziers la vitrine de la réhabilitation de l’OAS".

Ils taclent également l'absurde nostalgie du maire pour Charles Martel, cette vieille icône de l'extrême droite :

"[...] il convient de rappeler qu’en son temps, ledit Charles Martel fut le plus grand spoliateur de l’Église et surtout le bourreau de notre cité qu’il mit à sac, pilla et incendia en 737."

Ménard contre-attaque

Sans surprise, Robert Ménard n'a guère goûté les vœux des professeurs. Interrogé par le Midi Libre, il dénonce une lettre de "militants de gauche" dont il n'a "pas de leçon d'histoire à recevoir". Il n'hésite pas à se déclarer "[inquiet] sur la façon dont est enseignée l’histoire à nos enfants" et a publié une longue réponse dans les colonnes du quotidien méridional.

Au même journal, les enseignants se défendaient pourtant de rouler pour quelque parti politique que ce soit : "C'est une démarche de professeurs et de citoyens, nous ne sommes absolument pas dans une visée politique."

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