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Pourquoi Pentagon Papers, le dernier film de Steven Spielberg, a été interdit au Liban

Publié le

par Marie Jaso

Pentagon Papers @ Universal Pictures International

La dernière réalisation de Steven Spielberg ferait les frais des tensions géopolitiques entre la République libanaise et l’État d’Israël.

© Universal Pictures International

Selon un communiqué de l’AFP, le comité de Sûreté générale du Liban a pris la décision d’interdire la diffusion de Pentagon Papers – le dernier film de Steven Spielberg, avec Tom Hanks et Meryl Streep – quelques jours seulement avant sa sortie à Beyrouth, initialement prévue le 18 janvier.

Ce choix radical s’expliquerait par la présence du nom du réalisateur sur la "liste de boycott d’Israël", conséquence d’une loi promulguée en 1955. Cette œuvre de la Ligue arabe, cristallisation des tensions géopolitiques entre les deux États, empêche aux ressortissants libanais de se rendre sur le territoire israélien, et interdit les produits en provenance de – ou en lien avec – l’État hébreu.

Si l’ensemble de l’équipe du film, comme le thème du long-métrage (la révélation par le New York Times et le Washington Post en 71 de documents secret-défense levant le voile sur la réelle l’implication américaine dans la guerre du Vietnam) sont étrangers à Israël, plusieurs critères incrimineraient cependant Spielberg aux yeux des autorités libanaises : en plus de sa confession juive, le réalisateur aurait tourné plusieurs scènes de La Liste de Schindler à Jérusalem en 1993, et aurait marqué son soutien à Israël pendant la guerre l’ayant opposé au Hezbollah en 2006, à travers une donation d’un million de dollars.

Le film Jungle, avec Daniel Radcliffe, a lui aussi récemment fait les frais de ce boycott, se voyant retirer sa licence après seulement deux semaines d’exploitation dans les salles libanaises. À l’origine, le scénario du long-métrage australien relate la descente aux enfers d’un voyageur israélien.

Des incidents qui ne sont pas sans rappeler l’interdiction de diffusion au Liban du film Wonder Woman en mai dernier, en raison de la présence dans le rôle-titre de l’israélienne Gal Gadot. Une problématique justifiée par l’implication de l’actrice dans les rangs du Tsahal, au sein desquels elle a effectué son service militaire obligatoire pendant deux ans. Elle n’avait pas hésité non plus à soutenir publiquement l’intervention dans la bande de Gaza en 2014.

La censure de Pentagon Papers apparaît tout de même surprenante au regard des cinq réalisations ou productions de Spielberg diffusées sur le sol libanais ces trois dernières années, en dépit de l’existence de la liste noire (et qui comptait déjà pourtant La Liste de Schindler parmi ses victimes). Le dossier a depuis été transféré aux services du ministère de l’Intérieur libanais, qui pourrait encore offrir un avenir favorable à la distribution du long-métrage.

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