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Vidéo : l'incident raciste avant PSG-Chelsea, symbole de la plaie du foot anglais

Publié le

par Louis Lepron

Hier soir, à quelques minutes du match qui voyait Paris et Chelsea s'affronter, a eu lieu un incident raciste dans le métro parisien. En cause, les supporters des Blues, dignes représentants de la plaie du football anglais. 

"We’re racist, we’re racist and that’s the way we like it". Ce chant ne date pas du siècle dernier. Non, ce chant a été scandé ce mardi 18 février 2015, dans les couloirs du métro parisien, à quelques minutes du match qui opposait Paris et Chelsea à l'occasion du huitième de finale aller de la Ligue des champions. Ce chant, il a été beuglé alors que des supporters de Chelsea refusaient qu'un usager du métro parisien entre dans une rame. Explications.

Ligne 9, donc. Les sièges et espaces du métro n'ont plus de places à offrir tant les supporters de l'équipe britannique ont pris d'assaut les rames pour aller au Parc des Princes, direction la Porte de Saint-Cloud. Résultat, le trafic est en "régulation" et un métro est à l'arrêt à la station Richelieu-Drouot.

À quai pendant plusieurs minutes, une de ses portes est encore ouverte. Un homme tente de se frayer un passage à travers la foule compacte qui est amassée entre les sièges, les vitres et les barres métalliques. Mais il est rejeté. Trois fois. Trois fois il tente, trois fois on le repousse. Il parle, s'énerve, mais rien n'y fait : le métro partira sans lui. Pourquoi ? Parce qu'il est noir.

Dans une vidéo relayée par The Guardian et filmée par un Britannique habitant la capitale française, la scène est parfaitement illustrée. On entend, alors que le métro ferme ses portes, le chant en question :

"We’re racist, we’re racist and that’s the way we like it" ("Nous sommes racistes, nous sommes racistes, et on aime ça")

Le témoin de la scène a ainsi expliqué au quotidien anglais :

Les portes [du métro, ndlr] étaient ouvertes, et l’on pouvait entendre des chants de supporters s’en échapper. Ils avaient l’air plutôt agressifs. L’homme n’a visiblement pas compris tout de suite à qui il avait affaire.

Après avoir été poussé, il a tenté à nouveau de monter dans le wagon, mais on l’en a empêché une seconde fois. Ensuite, l’un des supporters a parlé d’agresser quelqu’un. Peut-être faisait-il référence à un supporter du Paris Saint-Germain qui patientait sur le quai.

La réaction du club et d'un supporter

Le lendemain, peu après la diffusion de la vidéo sur le site de The Guardian, le club de Chelsea est contraint de réagir à une polémique qui enfle :

Un tel comportement est odieux et n’a pas sa place dans le football ou dans notre société [...]. Nous allons soutenir toute action pénale contre les personnes impliquées et s’il devait y avoir des preuves de l’implication de détenteurs d’abonnements pour la saison ou de membres du club, le club prendrait les mesures les plus fortes possibles contre eux, y compris des mesures d’interdiction.

Et la réaction d'un supporter de Chelsea, impliqué dans l'incident, n'a pas tardé à être relayée dans les médias. Il s'appelle Mitchell McCoy, est âgé de 17 ans et était présent dans la rame. À l'agence américaine Associated Press, il a expliqué :

Je ne suis pas sur la vidéo mais j'étais dans le wagon. Nous étions dans le train à la station où l'homme a voulu monter. C'est clair que nous ne voulions pas de lui avec nous. Il a essayé de monter en force, donc on l'a repoussé.

Pour autant, il infirme l'accusation de racisme :

Les gens disent que c’est parce qu’il était noir. Mais ce n’est pas vrai du tout. Je pense personnellement que c’est parce que c’était un supporter du PSG. Il a essayé de forcer le passage et ils l’ont poussé. Cette chanson est pour John Terry. Les seuls mots que je connais sont : "il est raciste, c'est un raciste". Je ne connais pas le reste.

Pourquoi John Terry ? Parce que ce joueur britannique avait été condamné à huit matches de suspension après avoir eu des paroles racistes à l'encontre de son adversaire Anton Ferdinand en décembre 2011. À l'époque, ses agissements avaient été défendus par son club, Chelsea, alors que les joueurs noirs de l'équipe (Drogba, Anelka, Malouda, Obi Mikel) s'en étaient clairement désolidarisés.

Le racisme, ce fléau du foot anglais

Si la réaction du club de Chelsea est louable, elle ne masque pas la forêt d'agissements racistes qui ont secoué le football anglais ces dernières décennies.

En 1978, Viv Anderson apparaît comme le premier joueur noir sélectionné dans l'équipe nationale d'Angleterre. En plus d'insultes répétées dont il sera la victime au cours de sa carrière, il aura aussi droit à des menaces de mort. Dix ans plus tard, en 1988,  John Barnes, un joueur anglais d'origine  jamaïcaine officiant à Liverpool, reçoit lors d'un match une banane, à ses pieds.

Et depuis la rentrée 2012, les évènements s'accumulent : à Chelsea, déjà, un supporter des Blues avait imité un singe, apparemment pour se moquer d'un geste raté de Welbeck, un joueur britannique noir de Manchester United. Autre ambiance pour autre match : les supporters de West Ham avaient imité le bruit des chambres à gaz face à une équipe de Tottenham connue pour avoir, en son sein, des membres de la communauté juive.

Pour Patrick Vassort, sociologue du sport qui répondait aux questions des Inrocks, le football est le miroir d'une identité de club exacerbée :

Les maillots, les couleurs, les symboles permettent aux supporters de se retrancher derrière une identité. Cette communion se fait toujours contre l’Autre, et si l’Autre est un joueur noir, alors on va stigmatiser "joueur noir", ce qui donne lieu à des manifestations racistes de bas étage.

Mais si des pays comme la France, l'Espagne ou l'Italie sont aussi concernés par ces agissements repréhensibles, l'Angleterre reste la nation du football. Et là-bas, ce sujet, même s'il fait polémique, ne surprend plus.

"Ce qu'il s'est passé à Paris ne surprendrait pas un habitué des stades anglais"

Pour en savoir plus, nous avons contacté Johnny McDevitt. Ce journaliste britannique s'est spécialisé dans les dérapages racistes, homophobes et antisémites ayant cours en bordure ou sur le terrain des stades de foot anglais. En 2014,  il avait réalisé un documentaire pour Channel 4 portant sur cette thématique sulfureuse et intitulé Hate on the Terraces. 

Son objectif ? Constater si les clubs, la police et les associations de fans voulaient résoudre le problème.

Ces dernières années, d'après Johnny McDevitt, les clubs et associations ont eu un discours pouvant se résumer ainsi : oui, il y a eu "un recul du racisme depuis les années 70 et 80", mais "une minorité continue ce genre de pratiques".

Pour le journaliste, ce qui est arrivé à Paris ce mardi 17 février est peu surprenant pour un habitué des terrains de foot anglais :

Des comportements racistes, antisémites et homophobes dans le monde du football existent certainement en Angleterre. Et d'ailleurs, c'est "autour" du monde du football que ces agissements trouvent aujourd'hui de l'écho : c'est dans les trains, les métros ou sur les trajets des supporteurs que des gens sont victimes de tels agissements, comme cela s'est déroulé à Paris. Dans les stades, la tendance est à la diminution de ce genre de comportements.

Pourquoi selon lui ? Parce que la police et les clubs ont réussi à mettre de côté certains abrutis de supporters. Mais de préciser aussitôt :

Ceux qui n'ont pas encore été bannis savent qu'ils sont désormais filmés par des caméras de surveillance dès lors qu'ils sont au stade. Du coup, ils font attention. Et ceux qui persistent sont devenus intelligents : par exemple, ils couvrent leur bouche afin qu'on ne puisse pas retranscrire ce qu'ils disent à l'image. Ou bien ils vont balancer une référence raciste et non une phrase proprement raciste.

Un bon exemple, c'est quand les supporters de West Ham ont été bannis pour avoir chanté "Adolf Hitler vient pour vous". L'année suivante, ils revenaient et chantaient "Nous ne pouvons pas dire son nom mais il vient pour vous". Ils ont techniquement évité une remarque antisémite.

Voilà qui explique parfaitement la référence des supporters à John Terry dans le métro parisien. Et Johnny McDevitt de conclure à ce propos :

Du coup, les autorités ont réussi à virer les supporters racistes et homophobes, mais leurs comportements ont déteint en dehors des stades. Le résultat est que ces mêmes supporters aiment s'en prendre à des personnes dans les rues de Paris, là où il y a moins de caméras et de police.

En ce qui concerne Chelsea, est-ce une équipe particulièrement atteinte par ces comportements ? Non, me répond le journaliste. "Quand j'étais avec des fans de Millwall à Leicester (une grande ville), ils ont chanté 'Leicester Taliban' et des fans de West Ham ont commencé à s'en prendre à des musulmans qui étaient en train de prier à la mi-temps".

Le plus grand paradoxe réside finalement dans la composition des équipes supportées par des fans racistes. Mais entre la théorie et la pratique, il n'y a aucun neurone :

Tant qu'il y a un joueur de couleur dans leur équipe, ils se disent : "Ok, il est avec nous". Si c'est un adversaire, ils vont s'en prendre à lui avec des termes dégoûtants. Dans leur esprit, il faut s'en prendre aux faiblesses de l'équipe contre laquelle ils jouent.

S'ils vont à Brighton, une ville dite "gay" en Grande-Bretagne, il n'hésiteront pas à balancer des répliques homophobes. En parallèle, les fans de Leicester et Birmingham ont l'habitude d'être les victimes de chants islamophobes.