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Mick Jagger à Cuba : une visite très symbolique

Publié le

par Anaïs Chatellier

En visite à Cuba, Mick Jagger serait en repérage pour un éventuel concert des Rolling Stones sur l'île qui a pendant longtemps interdit la diffusion de sa musique. Un événement révélateur de l'amélioration des relations entre Etats-Unis et Cuba. 

La venue de l'emblématique chanteur des Rolling Stones dans la capitale cubaine les 3 et 4 octobre n'est pas passée inaperçue. En effet, selon le quotidien d'État Granma, sa visite ne serait pas anodine et présagerait l'organisation d'un concert en mars au stade latino-américain de La Havane dans le cadre de leur tournée en Amérique latine prévue début 2016.

Rumeurs que le guitariste du groupe Keith Richards aurait partiellement confirmées en mentionnant l'existence de négociations lors d'une interview. Un événement historique puisque ce serait la première fois que le groupe se produit sur l'île, au plus grand plaisir des fans pendant longtemps brimés.

Mick Jagger, l'incarnation de l'interdit

Si la présence de Mick Jagger sur le sol cubain a fait autant de bruit, c'est bien parce qu'elle est le témoin d'un changement très révélateur depuis le récent rétablissement des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et Cuba, interrompues depuis plus d'un demi-siècle.

En effet, pendant longtemps les autorités cubaines ont eu tendance à associer tout ce qui était anglais avec les Etats-Unis, assimilant l'écoute de groupes anglophones à une trahison, un affront aux principes révolutionnaires de Cuba, "un pays où écouter de la musique en anglais était considéré comme une déviation idéologique", selon la célèbre blogueuse cubaine Yoani Sánchez. Elle revient, dans un article publié sur son site 14 y medio et repéré par Courrier International, sur cette époque où une minorité de Cubains s'échangeait très discrètement les albums de Michael Jackson, de Whitney Houston, des Beatles ou encore d'Elvis Presley pour les écouter dans une chambre à l'abri des oreilles du gouvernement.

La blogueuse voue ainsi un véritable culte au leader des Rolling Stones aujourd'hui âgé de 72 ans. Selon elle, ni les venues de Beyoncé, de Rihanna, du secrétaire d'Etat américain John Kerry ou du Pape n'ont eu une telle portée symbolique. "Pour plusieurs générations de cubains, Mick Jagger représente l'interdit, une attitude face à la vie qu'un contrôle policier obsessionnel nous a refusée". Une étape de plus d'un processus amorcé depuis une décennie.

En effet, le 8 décembre 2000, Raul Castro marque un tournant décisif en décidant d'inaugurer une statue de bronze à l'effigie de John Lennon dans un parc de La Havane, alors promulgué au statut de héros. Fidel Castro avait pourtant banni toute musique des Beatles sur son territoire en 1964, alors que la Beatlemania battait de son plein à travers le monde. Il faut dire que ses messages de paix, qu'on lui associe encore aujourd'hui à l'heure de célébrer le 75ème anniversaire de sa naissance, et la pression qu'il a subie à la fin de sa vie de la part du gouvernement américain ont fait de lui une parfaite égérie pour Cuba.

Statue de John Lennon inaugurée en 2000 dans un parc de la Havane.

On peut ainsi comprendre en quoi la venue des Rolling Stones, considérés pendant de nombreuses années comme une arme de l'impérialisme américain à l'instar de nombreux groupes britanniques, apparaît comme un événement historique pour Yoani Sánchez, qui n'oublie pas de conclure sans mâcher ses mots :

Jagger est bien plus qu'une légende vivante du rock 'n' roll, comme le présentent les médias. Ce maigrichon tout sourire, toute énergie, toute vie, incarne une époque qu'on nous a arrachée, une existence que nous aurions pu avoir mais qu'on nous a enlevée. J'ai de la peine pour les analystes politiques : ils ne savent pas que la nouvelle ère cubaine pourrait commencer avec les Rolling Stones à la Havane.

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