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Un premier sportif coté en Bourse ?

Publié le

par Naomi Clément

Après Facebook et Twitter, c'est peut-être au tour des joueurs de football américain de faire leur entrée à Wall Street. La société américaine Fantex vient en effet d'annoncer que le joueur Vernon Davis devrait bientôt être coté en Bourse. 2014 ou quand l'être humain devient un objet financier à part entière ?

Vernon Davis

Aux États-Unis, les joueurs de football américain sont de véritables célébrités, adulées de tous. Et derrière ces stars se cachent des sommes astronomiques, générées par des sponsors, des produits dérivés et des contrats avec de nombreux zéro. Si le club de Tottenham est devenu le premier club de football à entrer en Bourse en 1983, suivi de près par d'autres grandes équipes comme l'AS Rome ou Manchester United, le football américain pourrait bientôt franchir une nouvelle étape dans l'histoire économique du sport.

Fantex, une start-up créé en 2012 à San Francisco, souhaite en effet faire entrer en Bourse non pas des équipes, mais des joueurs. Ce matin, Le Monde publiait un article expliquant que Vernon Davis, qui évolue au poste de tight end (receveur rapproché) chez les 49ers de San Francisco depuis 2006, devrait être le premier homme sur lequel les Américains pourront spéculer. Welcome to the USA, berceau du capitalisme mondial.

Il s'agit en fait de la seconde tentative de la société. En octobre dernier, Fantex avait déjà fait du bruit en annonçant l'entrée en Bourse d'Arian Foster, pilier de l'équipe des Houston Texans. Une tentative avortée puisqu'un mois après cette annonce, le joueur a eu quelques petits soucis avec la justice. Dans le langage financier, c'est ce qu'on appelle un mauvais placement.

Un retour sur investissement incertain

Fantex souhaite donc aujourd'hui lancer une vente d'actions dont le rendement sera adossé aux futurs revenus générés par Vernon Davis. Pour Denis de Ambrogi, trader de 52 ans, l'initiative de Fantex s'apparente à du vol :

Fantex va émettre 421 000 actions à 10 dollars l'unité. C’est simple : il y aura 4 millions pour le joueur, et 210 000 pour l'entreprise. Ce qui signifie que les actionnaires devront se partager les pourcents des montants des contrats. Mais quels contrats ? Il n'y en a aucun pour l'instant.

En effet, pour que les actionnaires qui auront misé sur le joueur dégagent des bénéfices, il faudra que ce dernier génère 42 millions de dollars de revenus (un peu plus de 30 millions d'euros). Vernon Davis devra ainsi poursuive sa carrière pendant plusieurs années encore, alors même que les joueurs de football américain commencent à décliner à partir de 30 ans. Son âge actuel.

Denis de Ambrogi poursuit : "Pour faire de l’argent, il faut tomber sur la pépite qui a 19 ans, qui vient d’arriver dans le monde du sport et qui va devenir une super star. Vernon Davis a 30 ans, ce qui veut dire qu'il est vieux pour un footballeur. Il est désormais plus enclin à connaître des blessures par exemple, ce qui ferait chuter sa cote."

Un gros coup de marketing ?

Si l'on suit la logique de Fantex, le prix des actions de la "marque" Vernon Davis évoluera en fonction de la carrière du joueur. Si celle-ci s'améliore, parce que le joueur aura signé un nouveau contrat ou aura été sponsorisé par de nouvelles marques, alors le prix de ses actions augmentera. En revanche, si le joueur se blesse, ou s'il connaît des affaires embarrassantes en dehors du sport (comme l'aventure extra-conjugale d'Arian Foster, dont nous parlions plus haut, ou le scandale Zahia, si l'on veut un équivalent français), leur valeur baissera. Potentiellement jusqu'à zéro.
Pour notre trader, l'annonce de Fantex ressemble plutôt à un gros coup de marketing qu'à une entrée en Bourse digne de ce nom :

J’ai quand même l’impression que Fantex est une petite boîte qui a envie de se faire un petit peu de pub, ou un coup médiatique pour essayer de valoriser sa boîte. Et peut-être faire quelque chose après.

"Nos footballeurs sont trop volages"

Il est clair que de l'autre côté de l'Atlantique, ce type d'initiative paraît étrange. Pourtant, chez nous aussi, des sportifs comme Zlatan Ibrahimovic brassent beaucoup d'argent. La Française des Jeux se remplit d'ailleurs les poches grâce aux paris des aficionados du PSG. Pourtant, comme le rappelle Denis de Ambrogi, l'entrée des sportifs en Bourse en France paraît impensable :

La Commission des opérations de Bourse ne laisserait jamais passer ça, et les associations s’insurgeraient si on spéculait sur des gens. Et puis à ce moment-là on peut lui casser une jambe, pour gagner un peu de fric ?

Et d'ajouter : "De toute façon nos footballeurs sont trop volages, je pense que les titres ne feraient que baisser !" Effectivement, à l'heure qu'il est, la cote d'Olivier Giroud serait en chute libre.

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