AccueilÉDITO

En France, l'avenir d'un grand nombre de bars et clubs est menacé

Publié le

par Pénélope Meyzenc

Les dates de réouverture s'éloignent et les inquiétudes financières grandissent pour les exploitants de ce secteur.

Le 14 mars 2020, Édouard Philippe annonçait la fermeture des "lieux non indispensables à la vie du pays". Un mois plus tard, ces mêmes établissements s’inquiètent pour leur réouverture, si tant est qu’elle puisse encore avoir lieu face aux conséquences économiques désastreuses de la crise sanitaire.

Hier soir, lundi 13 avril, Emmanuel Macron annonçait le prolongement du confinement jusqu’au 11 mai prochain. Cette date, qui redonne un espoir de sortie à de nombreux Français, ne garantit pour autant aucune reprise d’activité pour les établissements comme les clubs, les bars, les cafés-concerts ou autres lieux culturels de la nuit.

Le président de la République a évoqué un déconfinement progressif, et les exploitants de ce secteur ont conscience qu’ils seront parmi les derniers à reprendre leur activité. Évidemment cette prolongation des mesures de confinement a ouvert la voie aujourd’hui à une série d’annonces dans la continuité des précédents efforts fournis par le gouvernement.

Pour autant la situation reste très incertaine. Si la prolongation des reports de paiements des charges annoncée ce matin par le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin sur FranceInfo est un premier pas, elle ne fait que repousser l’échéance pour ces exploitants qui s’inquiètent. Rémi Calmon, directeur exécutif du Sneg & co, syndicat national des lieux festifs & de la diversité l’explique :

"Ce qui va mettre en danger ces établissements sur le long terme, c’est la durée de la fermeture, le cumul des reports d’échéance, et les avances de trésoreries qu’il faudra tout de même rembourser".

Une pression financière qui s’accentue

L’État a bien entendu prévu la mise en place d’aides financières en adéquation avec la prolongation du temps de fermeture de ces lieux. Il a notamment été annoncé ce matin qu’un milliard d’euros serait ajouté à son fonds de solidarité dédié aux très petites entreprises et aux indépendants. De plus, au-delà du maintien des 1 500 euros pour les entreprises ayant une chute de plus de 50 % de leur chiffre d’affaires, l’aide aux entreprises menacées de faillite passe, elle, à 5 000 euros. 

Malheureusement, les critères d’éligibilité pour bénéficier de ces soutiens financiers demeurent très restrictifs. Comme l’explique Rémi Calmon, un très grand nombre des adhérents de son syndicat n’en bénéficie pas :

"Beaucoup d’exploitants sont un tout petit peu au-dessus de la limite fixée, et ne sont donc pas légitimes à recevoir ces aides. Économiquement parlant, ils sont un petit peu plus solides que les autres, mais pourtant pas suffisamment pour vivre tout seuls. Ils n’auront droit à rien, et si ça s’éternise, certains vont y laisser des plumes !"

Difficile également pour ces établissements de compter sur le soutien des banques pour sortir la tête de l’eau. Les activités de ce secteur ont déjà beaucoup de mal habituellement à recevoir la confiance des établissements bancaires, qui estiment souvent qu’elles sont trop instables. Une instabilité qui se justifie notamment par les menaces récurrentes de fermetures administratives.

À cela s’ajoute un dédommagement des assurances particulièrement limité, voire même quasi inexistant. La fédération française des assurances s’est tout de même engagée à contribuer à hauteur de 200 millions d’euros, au fonds de solidarité mis en place par les pouvoirs publics. "Une goutte d’eau dans l’océan face aux pertes estimées de 50 ou 60 milliards d’euros pour un mois seulement" selon Rémi Calmon.

Au cas par cas, les assurances refusent d’accéder aux demandes d’indemnisation des pertes d’exploitation. Comme le rappelait Trax, "selon une enquête menée en interne, 98 % des commerces adhérents à l’Umih [Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie] se sont vu refuser par leurs assureurs le versement d’une compensation au titre de la perte d’exploitation engendrée par la pandémie".

Si les établissements avaient conscience des risques liés à cette prolongation du confinement, les mesures ne suffisent pas à relâcher la pression financière qui pèse sur l’avenir de leur activité.

Une reprise incertaine

Au-delà de la crainte des répercussions financières, ils n’ont aucune garantie que leur situation pourra réellement s’améliorer après leur réouverture. Comme l’évoque Rémi Calmon : "Ils n’ont aucune garantie que les gens vont ressortir, peut-être auront-ils peur de le faire. À l’inverse de la période qui a suivi les attentats de 2015, l’ennemi cette fois-ci est invisible, viral et les gens ne réagiront pas forcément de la même manière dans la crainte du virus. Puis au-delà de l’envie, il faut avoir les moyens de dépenser", ce qui n’est pas non plus garanti au regard des difficultés économiques actuelles connues par les ménages français.

D’un point de vue plus pratique, si les mesures de distanciation sociale doivent être respectées, les salles de spectacle, bars, clubs et autres lieux de ce type craignent de ne pouvoir les appliquer aux vues des dispositions de leurs espaces. Si espacer les gens peut être faisable dans des restaurants par exemple en écartant les tables, il semble difficile de le faire dans des clubs ou des bars où les gens restent debout, et au comptoir. 

Une énumération de craintes qui reste à l’image de l’incertitude de l’avenir de ces établissements qui sont particulièrement menacés par cette crise sanitaire. Personne ne peut réellement anticiper les conséquences réelles de cette situation inédite.  

À voir aussi sur konbini :