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Les éditions Hatier publient le premier manuel scolaire en écriture inclusive

Publié le

par Mélissa Perraudeau

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Les éditions Hatier sont les premières en France à s'engager contre un langage sexiste où le masculin domine. Elles ont publié un manuel scolaire en écriture inclusive pour l'année scolaire 2017-2018.

Film <em>Primaire</em>. (© Studio Canal)

"Seul·es les partisan·es de la domination masculine devraient s'étouffer devant l'écriture inclusive !", s'indignait au début du mois Eliane Viennot, professeure de littérature et autrice de Non, le masculin ne l'emporte pas sur le féminin ! auprès de France Info. Elle y insistait sur la nécessité de mettre fin à un "langage où seul le masculin a droit de cité", langage qui est en lien direct avec l'inégalité entre femmes et hommes car il "structure notre pensée : il ne fait pas que la refléter, il l'oriente !", soulignait la professeure.

L'écriture inclusive prônée par Eliane Viennot permet de rétablir une égalité entre les sexes dans le langage et ses représentations : il s'agit de ne plus invisibiliser le féminin ni de systématiquement faire primer le masculin, grâce à l'utilisation du point milieu ou point médian, l'accord des noms de métiers et fonctions selon le sexe, ou encore l'usage du féminin et du masculin par ordre alphabétique — on parlera par exemple de l'égalité femmes-hommes plutôt que de l'égalité hommes-femmes, comme Les Echos l'ont expliqué plus en détails.

Hatier donne l'exemple "pour une écriture inclusive et une éducation égalitaire"

En 2015 déjà, le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE) recommandait, avec la publication d'un guide, une communication publique sans stéréotype de sexe, passant par une écriture inclusive. Ces recommandations ont été entendues par les éditions Hatier dans un manuel repéré en premier par le Figaro le 22 septembre, comme le Huffington Post le rapporte. Ce manuel d'histoire pour l'année scolaire 2017-2018 est intitulé Magellan et Galilée - Questionner le monde et destiné aux élèves de CE2. Et c'est le tout premier à promouvoir l'écriture inclusive. On y lit par exemple que "grâce aux agriculteur·rice·s, aux artisan·e·s et aux commerçant·e·s, la Gaule était un pays riche".

Le HCE a salué l'initiative inédite sur Twitter, louant le bon exemple donné par Hatier "pour une écriture inclusive et une éducation égalitaire". Des protestations se sont faites entendre, notamment du côté de la Manif pour tous, mais d'autres internautes ont salué l'avancée.

Du rôle de l'école dans la lutte contre les stéréotypes de genre

Car si certain·es vont jusqu'à argumenter qu'il s'agit "d’un lavage de cerveau militant à destination d’enfants" (!) ou que cela risque de mettre les élèves "encore plus en difficulté dans la lecture", l'écriture inclusive dans un manuel scolaire peut considérablement aider à lutter contre les stéréotypes de genre et leurs conséquences sur les élèves.

Une étude publiée ce 21 septembre dans le Journal of Adolescent Health et menée sur 450 préadolescents dans quinze pays a souligné combien ces stéréotypes sont profondément ancrés chez les enfants dès l'âge de 10 ans. Et qu'ils peuvent augmenter les risques de dépression, suicide ou violence chez les adolescents. Le Huffington Post rapporte que selon Robert Blum, le directeur de l'étude, ces croyances sont précisément "constamment renforcé[es] de façon quasi systématique par la fratrie, les camarades de classe, les professeurs, parents, tuteurs, proches, entraîneurs ou membres du clergé". Lutter pour l'égalité entre les sexes à l'école est donc primordial, et le rôle de l'écriture inclusive clairement non négligeable.

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