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Aux États-Unis, des nonnes construisent une chapelle pour s'opposer à la construction d'un oléoduc

Publié le

par Justina Bakutyte

En amour comme à la guerre, on dit que tous les coups sont permis, alors quand il s’agit de sauver la planète aussi.

À une époque où le futur de notre environnement est dans les mains de politiciens cupides et pas toujours très concernés, les peuples n’ont d’autre choix que de se battre pour préserver la nature. C’est en tout cas ce que pense un groupe de nonnes de Pennsylvanie qui s’oppose à la construction d’un oléoduc de la manière la plus spirituelle et créative qui soit : en construisant une chapelle sur sa route.

La chapelle construite sur les terres des nonnes barre la route à l’oléoduc Atlantic Sunrise. Le constructeur porte plainte.

La communauté religieuse Adorers of the Blood of Christ ("Adoration du sang du Christ"), basée dans le comté de Lancaster, est propriétaire du canton de West Hempfield, qui croise la route du projet d’oléoduc Atlantic Sunrise.

Cette canalisation de gaz naturel qui doit relier New York au Texas devrait circuler sous le terrain qui appartient au couvent, ce à quoi les nonnes sont opposées, car cela va à l’encontre de leurs croyances. Leur éthique repose notamment sur le respect de la sacro-sainteté de la création, et de la Terre. Elles considèrent cette dernière comme un cadeau magnifique, un sanctuaire où la vie est protégée et qui doit être transmis aux générations futures.

Les bonnes sœurs sont soutenues dans leur combat par un mouvement citoyen baptisé "Lancaster contre les oléoducs", qui participe à la visibilité de leur action en construisant avec elles une chapelle extérieure positionnée sur le tracé proposé pour le passage de l’oléoduc. L’installation a pour but "d’inciter à la réflexion et à la prière pour une utilisation juste et sacrée de la Terre".

Mark Clatterbuck, du mouvement "Lancaster contre les oléoducs", a déclaré :

"Il ne s’agit pas d’argent, c’est une question de principe. Et les nonnes ont une éthique qui dit que la Terre est un sanctuaire qui doit être traité avec respect, et nous allons le protéger."

La première manifestation organisée sur place a eu lieu le 9 juillet, lors d’un rassemblement dans la nouvelle chapelle bâtie au milieu d’un champ de maïs, au cours duquel les nonnes ont chanté des psaumes et tenu des discours. L’événement, qualifié de résistance sacrée, a fait le buzz sur les réseaux sociaux avec le hashtag #standwiththesisters ("soutien aux bonnes sœurs").

Les constructeurs de l’oléoduc ne sont pas du tout amusés par tout ce raffut. Dans une interview avec le journal local Lancaster Online, Williams Partners, le porte-parole de l’entreprise porteuse du projet Atlantic Sunrise, a déclaré :

"Si nous respectons le droit de manifester, nous voyons cela comme une nouvelle tentative éhontée de gêner la construction de l’oléoduc."

Selon CNN, Williams Partners s’est adressé à la Commission fédérale de régulation de l’énergie américaine, et a reçu l’autorisation de construire, maintenir et veiller au fonctionnement de l’oléoduc sur des propriétés privées, en s’appuyant sur le droit du gouvernement à exproprier des propriétaires terriens pour un usage public moyennant une compensation financière.

Il n’empêche que l’inquiétude de la communauté est légitime. D’après le site PBS, plus de 3,2 millions de kilomètres d’oléoducs traversent le territoire américain, et de nombreuses fuites de gaz ont provoqué des explosions qui ont fait des blessés. La régulation concernant les oléoducs est assez laxiste aux États-Unis, puisque toutes les installations ne sont pas régulièrement inspectées.

Traduit de l’anglais par Sophie Janinet

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