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Docu : l’hallucinant Mommy Dead and Dearest, de la maltraitance au meurtre

Publié le

par Mélissa Perraudeau

@http://www.imdb.com/title/tt6442978/mediaviewer/rm2627807744

Deux ans après le meurtre de Dee Dee Blancharde, le documentaire Mommy Dead and Dearest retrace l’hallucinante supercherie de cette mère qui faisait croire à tout le monde que sa fille était handicapée et malade… jusqu’à ce que cette dernière décide de la tuer.

© HBO.

En août 2016, Buzzfeed publiait l’incroyable "Dee Dee voulait que sa fille soit malade, Gypsy voulait que sa mère soit tuée". L’article relatait un fait divers du 14 juin 2015, le meurtre d’une mère célibataire dans le Missouri. Dee Dee Blancharde se dévouait à sa fille handicapée, Gypsy, qu’elle élevait seule. Elle s’occupait donc à plein temps de son enfant de 19 ans, en fauteuil roulant et qu’elle disait atteinte d’un cancer et d’autres handicaps moteurs et mentaux. Jusqu’à ce qu’un jour, le compte Facebook de Dee Dee publie un message inquiétant en son nom.

Le meurtre de Dee Dee Blancharde et ses révélations

On l’a retrouvée poignardée chez elle, morte depuis plusieurs jours. Sa fille n’était plus là et restait injoignable, tandis que tous ses fauteuils roulants étaient restés dans la maison. On la retrouve finalement chez un jeune homme avec qui elle discutait secrètement sur Internet, et de chez qui le message Facebook avait été publié. Gypsy n’avait pas emporté ses médicaments ni un fauteuil roulant pour une raison aussi simple que déroutante : elle n’en avait en fait pas besoin. Le meurtre a ainsi révélé une supercherie sans précédent : un cas de syndrome de Münchhausen par procuration. Buzzfeed explique :

"Une personne atteinte de ce syndrome feint ou provoque des symptômes physiques et psychologiques uniquement pour attirer l’attention et provoquer l’empathie. Si la personne se le fait à elle-même, c’est le syndrome de Münchhausen ; quand les symptômes sont feints ou provoqués chez quelqu’un d’autre, on appelle ça le syndrome de Münchhausen par procuration."

Gypsy aurait longtemps cru sa mère, qui lui disait qu’elle était malade. Mais elle se serait rendu compte qu’elle était capable de marcher et de manger, alors qu’elle devait rester dans un fauteuil roulant et était nourrie par sonde — sans toutefois se douter qu’absolument tout était faux. Sa mère refusait de la laisser seule, et avait été furieuse quand Gypsy avait fugué en 2011 pour retrouver un homme rencontré à une convention. La jeune femme, se voyant infantilisée, obligée de faire croire à sa maladie et de subir soins et rendez-vous médicaux à répétition, avait nourri une sacrée frustration et parlait depuis 2014 de tuer Dee Dee. Sa relation virtuelle avec Nicholas Godejohn, rencontré sur un site de rencontres chrétien, lui était apparue comme sa porte de sortie.

Le meurtre fomenté par le couple clandestin allait mettre à jour l’escroquerie, laissant les proches de la mère et de la fille sonnés. Des années de recours à des associations caritatives, de fraudes financières et de témoignages mensongers dans les médias étaient soudainement révélées. Même le père de Gypsy découvrait ce que la mère de sa fille lui avait caché depuis quasiment toujours, et apprenait, en même temps que le crime de sa fille, ses années de souffrance.

Mommy Dead and Dearest, des témoignages glaçants

Dans Mommy Dead and Dearest, un documentaire d’HBO, Erin Lee Carr retrace l’histoire et ses mécanismes, notamment en interviewant toutes les personnes impliquées — jusqu’à Gypsy.

Le film revient sur la supercherie, analysant comment personne ne s’est rendu compte de la relation mère-fille malsaine des Blancharde, du père de Gypsy et ex-mari de Dee Dee aux amis proches de la famille. La réalisatrice montre que même les médecins se sont fait avoir au point d’opérer Gypsy pour des problèmes qu’elle n’avait pas. Avec l’aide de Michelle Dean, l’auteure de l’article de Buzzfeed, le documentaire souligne également les questions entourant Gypsy, demandant à quel point elle était consciente de la supercherie et quel rôle elle a joué dans le meurtre de sa mère.

Les images filmées par Dee Dee, montrant Gypsy dans son rôle d’éternelle enfant malade, se superposent à celles de la jeune femme témoignant dans sa combinaison de meurtrière, enfin adulte mais toujours prisonnière. Les témoignages glaçants de la famille de sa mère dévoilent l’ampleur de la maltraitance et de la manipulation, achevant d’en faire un documentaire hallucinant mais édifiant.

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