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Deniro Farrar, gourou hip-hop

Publié le

par François Oulac

Son blaze associe un patronyme célèbre à son propre nom de famille : Deniro Farrar est une figure montante de l'underground américain. Sa sincérité, sa musique éthérée et son magnétisme l'ont transformé en leader charismatique d'une véritable secte de fidèles. Son prochain EP, Rebirth, sort le 20 mai. Présentation d'un gourou du rap.

Le compte Instagram de Deniro Farrar ne ressemble à celui d'aucun autre rappeur. En lieu et place des gang signs, mean muggin, big ups et autres vocables barbares, la plupart des protagonistes pris en photo adoptent la même pose : les mains jointes et les yeux baissés, comme à l'église. Le MC originaire de Charlotte (Caroline du Nord) ferait-il du rap religieux ? Presque. A force de labourer le Web de mixtapes originales, Deniro Farrar a imposé son imagerie street et mystique. A 24 ans, il est le prophète de son propre mouvement : le cult rap.

Cloud rap, option désespoir

Deniro Farrar se fait d'abord remarquer en 2012 avec ses EP Kill Or Be Killed, sorti conjointement avec Shady Blaze (Main Attrakionz), et Cliff of Death, collaboration avec l'atmosphérique duo Blue Sky Black Death. L'année suivante, la série des Patriarch prolonge son buzz, parachevé d'un contrat chez Vice Records/Warner Bros en octobre 2013.

L'univers musical de Farrar est à l'image de son vécu : rugueux et désillusionné, loin de la glamourisation des ghettos. Il raconte la drogue, la déscolarisation, l'omniprésence de la mort et de la prison, mais aussi la précarité (senti)mentale avec un dénuement à la limite du malaise. Avec son flow sans artifices et sa voix croassante, il navigue dans la stratosphère de producteurs associés au cloud rap tels que Clams Casino, Blue Sky Black Death, Ryan Hemsworth, SKWLKR, Kira... Personnelle et introspective, sa musique combine les sonorités nuageuses d'un Lil B au gangstérisme d'un Freddie Gibbs.

L'effet Charles Manson

Le MC partage d'ailleurs une autre caractéristique avec le Based God : une fanbase fidèle, patiemment fédérée grâce aux réseaux sociaux, avec ses propres signes de reconnaissance. Son imagerie ésotérique se nourrit de la noirceur de ses lyrics, mais aussi des visuels de ses différents projets.

Interviewé par Potholes In My Blog, le MC compare son cult rap à la communauté de fanatiques du criminel Charles Manson :

J'ai eu toute une période Charles Manson, j'ai fait des recherches sur lui. Il disait que lorsqu'il est sorti de prison, il n'avait qu'une mobylette et une guitare. Et il disait que tous ces gamins hippies s'étaient mis à le suivre parce qu'il avait la voix de Dieu, ou en tout cas ils le croyaient. Mais il ne leur avait jamais demandé de le suivre [...] Donc je ne cherche pas de fans, je ne cherche pas à lier les gens à ma musique. Je la présente au monde, sur ces blogs, et ils y viennent. Et lorsqu'ils y viennent, ils deviennent fans pour toujours. Je fais le même effet que Manson, mais par le rap et de manière positive. Tu vois, j'espère que ma secte n'a pas l'intention de tuer des gens.

Un concert sacrificiel de la secte du cult rap. (Crédit image : XXL Mag)

XXL Freshman de peu

Le travail de longue haleine de Farrar semble avoir payé. Le MC de Caroline du Nord était sur la liste des artistes éligibles à la couverture 2014 des XXL Freshmen, révélée début mai. Un tremplin commercial de premier plan qui lui filera finalement entre les doigts.

Qu'importe, en attendant les premiers extraits de son prochain projet sortent déjà au compte-gouttes. Ci-dessous, Bow Down, avec Denzel Curry (ex-Raider Klan), un bon coup de surin dans les côtes. Rebirth sort le 20 mai. Prions, mes frères.

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