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Bac 2016 : des correcteurs incités à relever les "propos racistes, antisémistes, djihadistes"

Publié le

par Théo Chapuis

Des correcteurs du bac se seraient vu prier de relever les identifiants des élèves qui ont tenu des propos appelant à la haine dans leurs copies d'histoire.

C'est une polémique du bac que seule la France de l'état d'urgence pouvait engendrer. Une poignée de correcteurs de l'épreuve d'histoire de l'examen se sont vu prier de relever le numéro d'anonymat des copies qui présenteraient des contenus "antisémites, racistes et djihadistes", rapporte Le Monde. Au moins trois académies seraient concernées : Créteil, Paris et Rennes.

Une correctrice du bac de cette dernière académie témoigne dans le quotidien, sous couvert d'anonymat : "Quand j’ai demandé s’il s’agissait de détecter des jeunes en voie de radicalisation, la réponse [du chargé de mission] a été positive. Il nous a conseillé de revenir à la réunion suivante avec les copies pouvant poser problème", indique-t-elle. "Ce n’est pas à nous d’alimenter les fichiers S", proteste une consœur de l'académie de Créteil.

C'est tout d'abord le SNES-FSU, syndicat majoritaire chez les enseignants du secondaire, qui annonçait cette drôle de nouvelle sur son compte Twitter le 22 juin. En deux temps.

L'information a été confirmée par le témoignage de deux enseignants, dans les académies de Créteil et de Rennes, à qui on a intimé les mêmes consignes. Amélie Hart-Hutasse, coresponsable de la branche "histoire et géographie" du SNES, indique à Francetv info qu'ils s'en sont étonnés. Elle poursuit :

"Avec un élève en classe, on peut engager le dialogue et voir si c'est de la provocation ou si le jeune est en danger. Nous sommes alors dans notre rôle de pédagogue au quotidien. Face à une copie, c'est très différent."

"Excès de zèle"

Le cabinet de Najat Vallaud-Belkacem précise au Monde qu'aucun ordre de ce genre n'émanerait du ministère de l'Éducation. On n'y admet qu'une volonté de certains inspecteurs pédagogiques, à qui on reconnaît une certaine "maladresse dans leurs conseils". Ils auraient "peut-être péché par excès de zèle". Par ailleurs, le ministère dément toute consigne écrite.

Mais au fait, ces copies aux propos "antisémites, racistes et djihadistes" sont-elles si nombreuses ? D'après les témoignages récoltés, les cas restent rares "mais peuvent arriver", souvent davantage sur un ton "partisan" que "défouloir", d'après Franck Schwab, président de l'antenne lorraine de l'Association des professeurs d'histoire et de géographie, interrogé par Francetv info.

Malgré des sujets d'histoire portant sur le Proche et le Moyen-Orient ou la guerre d'Algérie, et en dépit d'un pays qui reste dans un état d'urgence qui s'éternise, les bacheliers de la cuvée 2016 ne semblent pas avoir cédé à la haine.

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