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Club Docu : Dina célèbre l’amour dans son universalité

Publié le

par Marie Jaso

À l’occasion de son prochain Club Docu ce jeudi 26 avril, Konbini nous invite au mariage de Dina et Scott, couple attachant de la banlieue de Philadelphie.

Pour son retour tant attendu ce jeudi 26 avril, le Club Docu investit le Majestic Bastille avec Dina, documentaire bienveillant sur un couple de la banlieue de Philadelphie dont les deux protagonistes sont atteints du spectre de l’autisme. Mais on vous arrête tout de suite : l’histoire n’est pas celle d’un handicap. Non, définitivement, l’histoire est ailleurs.

Elle expose la détermination à toute épreuve de Dina, son exubérance, ses rêves de passion ardente, sa sensualité fougueuse et son absence de filtre. Elle est sur la retenue de Scott, personnalité touchante et débordante de tendresse, avec son immense pudeur et son manque d’expérience. L’intrigue réside dans leurs visions antinomiques du couple qui se confrontent pour mieux se rencontrer. Dans la complexité de l’amour, l’intimité de la vie conjugale et les tracas du quotidien.

Et peu importe où se trouve l’histoire au fond, car une chose est sûre : elle est universelle.

Dina est un film intimiste – mais jamais voyeuriste – où la caméra de Dan Sickles et Antonio Santini – coréalisateurs – suit des moments de tendresse comme de doute, entre deux êtres qui ne sont singuliers que par leur personnalité. Auréolé du Grand Prix du jury (catégorie documentaire) à Sundance 2017, Dina — s’il a été bien reçu à l’international — peine à trouver de l’écho en France, où il reste inédit. Et l’on compte bien changer ça.

Dina, avant-première à l’occasion du Club Docu de Konbini. Projection inédite au Majestic Bastille (4 boulevard Richard Lenoir, 75011 Paris) le 26 avril à 19 h 30 (vostfr, 101 minutes). Q&A avec Dan Sickles, l’un des deux réalisateurs, à l’issue de la projection. Curateur : Julien Potart (T-Shirt Stories coréalisé par Canal+ et Arte), réalisateur chez Konbini. Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles (les bières sont offertes, ce serait bête de s’en priver). Plus d’infos ici.

Entretien avec Dan Sickles, coréalisateur

(© Konbini)

Fraîchement débarqué de New York, Dan Sickles est un jeune cinéaste prometteur. D’abord acteur, il se tourne vers la réalisation lorsqu’il croise la route de la fascinante communauté transgenre de Porto Rico, qu’il capture dans le documentaire Mala Mala. Dina est son deuxième film.

Konbini | Au vu de ce qu’il se passe actuellement aux États-Unis, n’êtes-vous pas tenté de faire des documentaires plus politiques ?
Dan Sickles | Je ne sépare pas mon travail des documentaires politiques. Je pense que Dina est un film politique, même s’il est peut-être plus subtile dans cet aspect : c’est un documentaire progressiste sans le dire ouvertement.

Quel est le message que vous vouliez faire passer avec ce nouveau documentaire ?
J’essaie de construire des ponts entre les gens différents : que ce soit pour des personnes comme Dina ou la culture transgenre à Porto Rico (sujet de son premier film Mala Mala, ndlr). Je veux prouver que nous sommes tous des êtres très similaires, qu’ils sont nous, que nous sommes eux, aussi simplement que ça. La démarcation est arbitraire au fond : on appréhende souvent les personnes avec un handicap comme "des autres", dénués de complexité, de désirs, de rêves… Or ils possèdent une expérience et une sagesse qui sont sous-estimées.

Comment avez-vous entendu parler de Dina ?
Je connais intimement tous les protagonistes du film, et ce depuis de nombreuses années. J’ai grandi avec Dina ! Elle a été l’élève de mon père au lycée, et même ma baby-sitter pendant un moment. Mon père a formé un groupe pour les personnes présentant des handicaps divers, auquel Dina prenait part, et j’ai beaucoup assisté à leurs séances en grandissant. Ils se retrouvent toujours, deux fois par mois.

Cette confiance préétablie a été une grande chance. Le fait qu’elle me connaisse aussi bien que je la connais, l’a sûrement encouragée à être aussi ouverte, généreuse et honnête. Même si dès l’origine, elle voulait partager son histoire.

À quel moment avez-vous réalisé que vous vouliez faire un documentaire sur elle ?
Alors qu’on terminait Mala Mala, j’ai appris que Dina commençait à sortir avec Scott. C’était une nouvelle preuve de sa résilience. Si le film se concentre sur un moment particulier de sa vie [ici, son mariage et le début de la vie conjugale], il y a de nombreux autres exemples où elle s’est relevée et s’est battue pour ce qu’elle voulait, et ce qu’elle voulait être. C’est un aspect de sa personnalité qui m’a toujours fasciné, et m’a finalement convaincu de lui proposer.

Et puis il y a tellement de manières de la voir… D’un côté, c’est une femme appartenant au spectre autistique, et d’un autre, c’est une femme de 49 ans qui sait exactement ce qu’elle veut, et n’a pas peur de te le dire. Le film essaie de montrer toutes les différentes dimensions de sa personne plutôt que de la réduire à un seul aspect, que ce soit un diagnostic, un sexe ou un âge.

Qu’est-ce que cela vous a appris sur l’amour ?
C’est une bonne question [rires, suivis d’une longue hésitation]. Je pense que Dina m’a appris que l’amour et les relations sont, au fond, ce que vous décidez d’en faire. C’est une négociation constante entre ce que vous désirez et ce que l’autre personne peut vous donner. L’amour est quelque part entre les deux. L’histoire de Scott et Dina montre la difficulté d’accepter l’autre dans ses limites. Dire à son partenaire "je ne peux pas te donner ça" nous demande une certaine honnêteté, mais demande également à l’autre une bonne dose de compréhension.

Et ils n’ont visiblement pas peur d’avoir ces conversations, qui peuvent être impressionnantes dans un couple. C’est là qu’on devine leur maturité.

C’est un peu l’ironie du sort, parce que je pense que c’est le bénéfice d’avoir été poussé aux marges de la société. Vous vous retrouvez dans des situations où vous devez inventer votre propre politique ou façon d’être. Des moyens de survie en quelque sorte. C’est ancré en Scott et Dina : ils appréhendent ces conversations inconfortables sans réserve, avec audace, même. Et c’est pour ça qu’ils sont aussi fascinants à regarder. Les personnes ne présentant pas de "différences neurologiques" ont tendance à oublier que nous sommes des animaux de déception et d’évasion. On a tendance à porter beaucoup de masques. Là est la sagesse de Dina : elle n’en porte aucun. Elle prend la vie comme elle vient et l’accepte telle qu’elle est.

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