AccueilÉDITO

Alep : ça ressemble à la fin... racontez juste notre histoire au monde entier

Publié le

par Konbini

Ce texte est une tribune de l'écrivain Vincent Message. Elle a été publiée sur sa page Facebook et nous avons souhaité la relayer.

Place Igor Stravinsky, Paris. Mercredi 14 décembre 2016.

"Ça ressemble à la fin. Racontez juste notre histoire au monde entier." Ils meurent dans les centres médicaux, sans anesthésiques et sans médicaments. Ils meurent et restent allongés dans les rues. Il y a des gens piégés par les attaques au chlore, qui ne peuvent plus respirer. Des gens qui cherchent leurs proches sous les gravats et deviennent fous. Qui se tuent ou qui tuent leurs enfants pour échapper à la torture. Alep-Est, assiégé depuis des années – et ces bombardements, cet assaut depuis des semaines sous nos yeux. 

Que pouvons-nous espérer ? Rien, aujourd’hui. Rien.

Poutine et Al-Assad prétendent qu’ils laissent les combattants se rendre – mais c’est pour les emmener et les tuer ailleurs. Il n’y a pas d’espoir. Ils vont rester sous les décombres. Ils vont brûler dans les maisons. C’est une extermination planifiée. Des crimes de guerre qui envoient balader les conventions de Genève. Il n’y a pas de nations unies. Les nations ne sont pas unies. Il y a des gouffres d’indifférence et des murs de cynisme.

Que pouvons-nous faire ? Nous ne le savons plus, et depuis plusieurs années déjà. Nous pouvons descendre dans les rues et manifester. Nous pouvons allumer des bougies. Répondre aux voix qui dans les dernières heures nous envoient des messages d’adieu. Montrer à ceux qui nous dirigent que nos pensées sont là-bas. Cela ne sauvera personne, mais il faut le faire tout de même. Sauver au moins un peu de l’idée que nous nous faisons de l’humanité. Il va falloir que ce soit autre chose, un jour, l’humanité.

Nous pouvons éviter, aussi, de porter au pouvoir des dirigeants qui cautionnent ce massacre, qui n’ont pas de cri pour le dénoncer, qui ne veulent pas se mettre à dos Poutine et Al-Assad, qui font semblant de croire que les assiégés sont tous des terroristes – quand c’est le régime syrien qui depuis des années maintenant, massacre les démocrates et laisse grandir et prospérer Daech pour ne plus avoir face à lui qu’un adversaire que les Occidentaux ne voudront pas soutenir.

Nous pouvons commencer à accueillir les Syriens en exil. Nous avons essayé de le faire, parfois : des centaines de gens se sont mobilisés, des associations se sont créées pour penser et organiser cet accueil.

Mais nous n’avons pas exigé de notre gouvernement qu’il en fasse une priorité. Nous avons toléré qu’il laisse dehors, sous la pluie, dans le froid, ou sous un écrasement de soleil, à la merci des maladies, maltraitées par les policiers, emmenées en centre de rétention, arrosées de gaz lacrymogène, méprisées, humiliées, des personnes qui ont fui la guerre et qui demandent l’asile. Cela, c’est sous nos fenêtres. C’est à nos portes. Là, nous avons tous les moyens d’intervenir.

Nous pouvons être ensemble et penser à Alep. Nous pouvons penser à Alep.

Vincent Message est l'auteur de trois livres, il a organisé en 2016 des conférences donnant la parole aux réfugié.e.s sur les campus des universités Paris 8 Vincennes-Saint Denis et Paris Diderot-Paris 7.

À voir aussi sur konbini :