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Zak, militant LGBT séquestré, frappé et violé : "Ils m'ont pris pour une chose, un objet"

Publié le

par Astrid Van Laer

reprise de la photo sur le compte Facebook en accès libre

Zak Ostmane, un journaliste et militant LGBT de 35 ans, s'est fait agresser et violer vendredi 3 mars à Marseille. Environ 36 heures de calvaire qu'il a racontées au site Yagg et au journal La Provence.

Cet homme, militant reconnu pour les droits des personnes LGBT, s'appelle Zak Ostmane et est âgé de 35 ans. Journaliste de profession, il a fui l'Algérie car son orientation sexuelle le mettait en danger. Le site spécialisé LGBT Yagg a recueilli son témoignage après sa très violente agression le vendredi 3 mars. C'est l'association qu'il a cofondée, Shams, qui a diffusé les photos le montrant le visage tuméfié dans son lit d'hôpital. Les suspects sont actuellement écroués à la prison des Baumettes.

Selon La Provence, il s'agirait de deux anciens militaires, le premier ayant fait la Légion étrangère et le second étant un déserteur du régiment d'infanterie de Nîmes. Ils ont été mis en examen pour viol, séquestration, violences volontaires et vol. Zak Ostmane dit avoir accepté de raconter ce qu'il lui est arrivé "pour dire aux gens qu'il ne faut pas se taire".

"D'habitude je suis très méfiant [...] J'étais tellement dans les vapes"

Vendredi 3 mars, il se rend au Polikarpov, un bar gay du centre de Marseille où il a ses habitudes. Durant la soirée, il s'éloigne de son verre quelques minutes. "Je reprends une gorgée et au bout de même pas dix minutes, j'ai la tête qui tourne, je me sens bizarre", raconte-t-il à Yagg.

Un homme d'une trentaine d'années l'aborde et le convainc de sortir de la boîte de nuit en sa compagnie, un comportement peu habituel de sa part selon lui : "D'habitude, je suis très méfiant, je ne vais jamais chez quelqu'un comme ça. Et comme par hasard, ce soir-là, je l'ai suivi." Zak pense avoir été drogué.

La police effectue actuellement des analyses de son sang pour en avoir le cœur net. Un deuxième homme les aurait rejoint sur le chemin qu'ils empruntent pour se rendre à l'hôtel. Il ne connaît aucun de ses agresseurs mais relève toutefois un accent américain chez l'un et un accent anglais chez l'autre. Le jeune homme s'est également confié au journal La Provence, à qui il raconte : "J'étais tellement dans les vapes, que j'ai cru qu'on entrait dans une grande maison, mais c'était en fait un hôtel." 

"Je perds connaissance. Quand je me réveille, l'homme est en train de me sodomiser"

Une fois arrivés dans l'hôtel, c'est un supplice de 36 heures qui attend Zak. Il raconte aux journalistes de Yagg :

 "J'entre, je m'assoie sur le rebord du lit. Un autre homme rentre et repart tout de suite. L'homme qui m'a invité me propose une bière. Je prends une gorgée, je n'ai même pas le temps de la reposer sur le petit meuble qu'il m'a asséné un coup sur le visage. Je perds connaissance. Quand je me réveille, l'homme est en train de me sodomiser. J'essaie de résister, il me tape encore. Il me demande ensuite d'aller me laver."

Refusant de coucher avec le deuxième homme, Zak raconte s'être fait tabasser. Des coups qui se multiplieront lorsqu'il donne le mauvais code de carte bleue à l'un de ses agresseurs, "l'erreur de [sa] vie", selon lui :

"À un moment, il m'a attaché les mains au lit avec une paire de draps qu'il a déchirée. Et là ça a été une vraie torture. Il m'a mis des coups de poing encore et encore, comme si j'étais un sac de sable. [...] Mon nez a craqué, il y a plein de sang partout. J'ai commencé à crier, d'une parce que j'avais mal et de deux pour que les gens viennent me délivrer. Personne n'a entendu. Le plus jeune, l'Américain, m'a mis un couteau sous la gorge et m'a dit 'tu te tais, ou on va te tuer.'"

"Ils se sont servis de moi comme d'un punching-ball"

Remarquant l'étoile de David au cou de Zak, l'un des deux hommes lui aurait lancé : "C'est dommage qu'Hitler n'ait pas eu le temps d'en finir avec les Juifs." Zak raconte à La Provence que la scène a été filmée par ses agresseurs : "C'est peut-être ce qui m'a permis d'arrêter de recevoir des coups pendant quelques heures, parce que visiblement ils ont envoyé les vidéos à leurs copines, et l'une d'elle a gueulé et leur a dit d'arrêter."

Le calvaire a finalement pris fin lorsqu'il a vu passer une voiture de police par la fenêtre. Profitant de l'absence de ses agresseurs à ce moment-là, il a utilisé le dixième de seconde dont il disposait pour courir à la fenêtre et appeler au secours. Il explique s'être dit "soit j'ouvre la fenêtre et je crie et les policiers vont venir me sauver soit je vais mourir ici". C'est grâce à cela que Zak a enfin pu être libéré pour être emmener à l'hôpital, et que les deux hommes ont été interpellés.

Mercredi 8 mars, une confrontation a eu lieu entre Zak et l'un de ses agresseurs. Ce dernier a exposé sa version des faits : selon lui, il aurait agressé Zak parce qu'il aurait tenté d'embrasser son ami et raconte avoir été lui aussi drogué : "J'ai suivi parce que j'ai été drogué, mais je me rappelle que dans mon esprit, il n'a jamais été question de sexe." L'autre homme a refusé de s'y rendre, selon ce que Zak a rapporté aux journalistes de Yagg. Les deux hommes restent en examen et seront poursuivis. Zak a confié à 20 minutes hésiter à "quitter Marseille" qu'il qualifie de "ville homophobe".

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