Za'atari, le camp de réfugiés syriens qui se raconte sur Twitter

En Jordanie, à quelques kilomètres de la frontière syrienne seulement, se dresse le gigantesque camp de réfugiés de Za'atari. Depuis 2013, il est le seul en son genre à être présent sur les réseaux sociaux.

Des enfants errents à travers les tentes du camp de Za'atari, cinquième "ville" de Jordanie à l'été 2013, triste record rendu possible par la situation catastrophique que vit la Syrie depuis le début de la guerre civile (Crédits image : Omar C. Garcia/Go Beyond)

Des enfants errents à travers les tentes du camp de Za'atari, cinquième "ville" de Jordanie à l'été 2013, triste record rendu possible par la situation catastrophique que vit la Syrie depuis le début de la guerre civile (Crédits image : Omar C. Garcia/Go Beyond)

Comme beaucoup de camp de réfugiés, Za'atari s'est bâti au milieu de nulle part, par nécessité. Sans histoire ni culture, il est situé au nord du désert jordanien, contraint et forcé d'accueillir dans le minimum de dignité les flots de population qui fuient la guerre civile qui fait rage en Syrie depuis bientôt trois ans. La lutte qui oppose rebelles à Bachar el-Assad, troupes loyalistes, moudjahidines de Daesh et forces kurdes aurait déjà fait 150 000 victimes.

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En 2013, la population du camp culminait elle aussi à près de 150 000 personnes, faisant de Za'atari, de fait, la cinquième ville de la Jordanie. Hôpitaux, écoles, boutiques, restaurants, taxis... France Info affirmait même en mars dernier qu'on y trouvait depuis peu deux grands supermarchés. Selon Le Monde, on y recense onze naissances quotidiennes.

En fait, si ce camp résonne particulièrement, c'est parce qu'il est le tout premier, et encore l'unique camp de réfugiés au monde à marquer Twitter de sa présence – et ce depuis octobre 2013. Découvrez le compte Za'atari Camp par ici.

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Le Haut Commissariat des nations unies pour les réfugiés (UNHCR) s'occupe d'animer ce compte Twitter jour après jour, afin d'alarmer les internautes sur la situation difficile que vivent ces exilés. Celle qui se cache derrière le compte, c'est Nasreddine Touaibia. Elle explique à i100 son rôle de relai d'information quand les médias se désintéressent de la tragédie humanitaire en Syrie :

Le camp n'est que la partie émergée de l'iceberg [...]. Nous avons besoin de rappeler aux gens la tragédie qui se déroule actuellement en Syrie, parce qu'ils ont tendance à penser que la situation se calme et redevient normale. Mais le conflit est toujours là et les réfugiés sont encore en exil.

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Infos, instants de vie, initiatives locales...

L'objectif est simple : raconter le quotidien des habitants de Za'atari, montrer aux yeux des abonnés de Twitter comment fonctionne un camp de réfugiés, le rendre plus "réel" dans l'esprit des Occidentaux. Il y a de quoi. Selon Touaibia, c'est l'exode de population le plus massif depuis la Seconde Guerre mondiale.

Clichés d'entreprises qui s'ouvrent, d'initiatives qui prennent forme ou simplement instants pris sur le vif, le compte Za'atari Camp est la meilleure fenêtre possible sur le quotidien d'un camp de réfugiés de l'ONU sur Internet. On apprend, entre autres, que 90% des habitations du camp sont désormais reliées en électricité :

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Le tweet ci-dessous, de son côté, montre un projet d'imprimante 3D afin de développer des prothèses pour les exilés mutilés.

Le compte propose aussi de simples instants de vie au camp, des moments simples, des portraits avec de très courtes déclarations (à la Humans of New York)... et l'utilisation en cross-media de Vine, une application de capture et de partage de courtes vidéos (6 secondes maximum). L'occasion de montrer les visages du camp en action.

Pour mieux comprendre ce que vivent des milliers de Syriens en exil et repousser les limites de votre propre curiosité, suivez le compte Za'atari Camp sur Twitter.

Par Théo Chapuis, publié le 25/11/2014

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