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Qui est Wil Aime, l’étudiant dont les courts-métrages affolent la toile ?

Wil Aime fait partie des révélations du Web. Sur sa page Facebook, il réalise de courtes vidéos type mêlant intrigue et humour. Il donne en détail ses trucs et astuces et nous parle de ses projets, qui ne se limitent plus à l’Internet.

Nous ne décrirons pas ici Wil Aime, comme "viner", réalisateur, humoriste, facebookeur ou encore youtubeur. Pourquoi se limiter à une appellation quand un homme ne se cantonne pas à une catégorie, mais est au contraire similaire à une riche palette de couleurs. Étudiant en master de mathématique, originaire de Guadeloupe et domicilié en banlieue parisienne, Will Aime a commencé il y a trois ans sa carrière sur le Web en lançant quelques vidéos sur les applications Vine et Periscope. Mais l’étiquette d’humoriste qui commence alors à lui coller la peau ne lui convient pas. Il se met alors à réaliser des véritables courts-métrages, ressemblant à des épisodes de séries, diffusés sur Facebook dans un ordre qui semble illogique. Et c’est un véritable carton ! Sa dernière vidéo a été partagée 220 535 fois. BOUM ! S’il en est le réalisateur, il est aussi l’acteur principal de ses vidéos. Car le jeune homme de 22 ans est très réfléchi et tient à ce que tout se fasse comme il l’entend dans un travail millimétré.

Facebook de Wil Aime

© Facebook de Will Aime

Tromperie et friendzone

Dans ses fictions, il mêle intrigue, suspense et humour. L’internaute peut facilement s’identifier à ses vidéos car Wil Aime fait une retranscription d’événements que presque tout le monde a vécus. Dans L’Art de la tromperie, il raconte l’histoire d’un homme qui sort avec plusieurs femmes en même temps et sait les séduire par de multiples accroches. À la fin de la vidéo, on se rend finalement compte que c’était en fait lui qui se faisait berner par toutes ses conquêtes…

Wilhem (de son vrai prénom) aborde également la "friendzone", cette situation ambiguë entre deux personnes qui s’apprécient. L’une aimerait une relation amoureuse tandis que l’autre n’envisage que l’amitié. Le réalisateur donne alors les clés pour sortir de la friendzone. Si les sujets abordés (l’amitié, la justice, l’amour, les accidents) peuvent parfois, il faut l’admettre, tomber dans le gros cliché, ses vidéos ont eu de plus en plus de succès et sont maintenant traduites dans plusieurs langues, l’auteur s’étant aperçu qu’elles avaient une portée internationale.

Des vidéos connectées entre elles et pleines de codes et de secrets

Très fortement inspiré par le livre Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, le jeune homme pense que la fiction n’a pas de devoir d’honnêteté. "Par exemple dans ce livre, on nous dit qu’un personnage est mort, et vers la moitié de l’ouvrage, l’auteur avoue avoir menti. Et l’histoire prend un tout autre tournant. C’est génial de se dire que tout peut arriver… Mes vidéos sont un peu dans cet esprit-là : je fais croire que tout se suit et se succède alors qu’en fait, je les envoie dans le mauvais ordre", confie l’artiste. Will aime faire croire que toutes ses vidéos sont connectées et remplies de codes et de secrets : "Je ne dirai pas à partir de quand elles se sont entremêlées, mais disons que j’ai déjà prévu environ les sept vidéos qui vont suivre."

Si Will Aime a été inspiré par le roman de Pierre Lemaitre, c’est une autre saga qui lui a complètement retourné le cerveau. À l’été 2016, le réalisateur souffrait d’insomnie. Pour occuper ses nuits, il s’est alors lancé dans l’écoute des livres audio Harry Potter. Plusieurs détails de ses vidéos sont des clins d’œil à l’œuvre de J.K. Rowling : un élément de la saga apparaît dans chacune de ses vidéos, mais seul les plus fins connaisseurs décèleront à quel moment il est placé.

"Comment voulez-vous que des jeunes de banlieue se projettent dans des belles carrières si on ne les montre que dans les banlieues ou dans des domaines restrictifs ?"

L’univers de la fiction lui plaît beaucoup, mais celui de la réalité suscite tout autant son intérêt. Wil Aime aime beaucoup Denzel Washington. "Cet acteur a un charisme incroyable, et quand j’ai vu un homme noir réussir dans un domaine aussi prestigieux, cela m’a donné envie", raconte-t-il, avouant être toujours indécis sur le métier qu’il aimerait faire. Réalisateur et mathématicien peut-être ? Ce qui l’a toujours animé, c’est le rêve et la projection, "car ça sert à ça le cinéma".

Ce qui ne l’empêche pas d’insister sur la place des minorités culturelles dans le cinéma en France et ailleurs : "Je trouve qu’on est encore trop dans les clichés. Les Noirs jouent les immigrés ou les vigiles, les Arabes ont des rôles de bandits, les juifs sont vénaux…" Avec une pointe de révolte, il affirme alors : "Comment voulez-vous que des jeunes de banlieue se projettent dans des belles carrières si on ne les montre que dans les banlieues ou dans des domaines restrictifs ?" Si la carrière d’Omar Sy peut faire penser que le problème évolue, Wil Aime explique s’être amusé à taper sur google "tête d’affiche Omar Sy" et explique ne jamais l’avoir vu sans un grand sourire un peu niais. "C’est dommage, je trouve que ça veut un peu dire : t’es fort, mais reste à ta place. Pourquoi on ne le voit pas jouer un médecin ou un homme d’affaires ?" Ses pensées ont sûrement été entendues, car Omar Sy est désormais à l’affiche du film Knock, où il interprète un médecin. Mais on est bien d’accord avec Will, ce n’est clairement pas suffisant.

Si Wilhem n’avait pas de "modèle" lorsqu’il a commencé, aujourd’hui il a obtenu la reconnaissance de stars du Web telles que Cyprien, Norman, Mister V, "et ça fait chaud au cœur".

Filmé et monté sur iPhone

S’il y a trois ans, Wil Aime était un simple étudiant en mathématique avec un iPhone, aujourd’hui sa notoriété l’amène à devoir faire plus attention. Mais certaines choses n’ont pas changé : l’iPhone reste son outil de travail, il ne veut pas ouvrir de chaîne YouTube, il fraude toujours dans les transports et arrive en retard aux rendez-vous. Beaucoup s’interrogent sur son choix de ne pas ouvrir de chaîne YouTube. Wil Aime se justifie en expliquant qu’à son sens "YouTube appartient à une cible de voyeurs, de personnes qui cherchent à regarder des vidéos, alors que sur Facebook, plusieurs personnes peuvent tomber dessus par hasard et kiffer l’univers" :

"Je ne veux pas que mes vidéos aient des cibles particulières, j’aimerais qu’elles puissent toucher le plus grand nombre."

En termes de moyens techniques, il continue de tourner à l’iPhone, un outil auquel il s’est habitué et dont il aime la simplicité d’utilisation. S’il a investi sur quelques accessoires pour son téléphone, il filme, cadre et monte directement sur son smartphone. Pour ses tournages, qui peuvent durer des journées entières, il fait appel majoritairement à ses amis, sauf si c’est pour des rôles précis. Dans ce cas, il poste une annonce et recrute des étudiants du cours Florent ou des acteurs.

Si ses vidéos ont un grand succès, il ne compte pas laisser tomber ses études en mathématique pour autant. Il va jongler entre les deux, même s’il avoue "que ce n’est pas facile". "J’ai l’impression d’avoir le cerveau sans cesse ouvert à la créativité. Peu importe ce que je vais faire, cela va m’inspirer quelque chose pour les vidéos, et des fois, ça fait presque mal à la tête", confie-t-il. Mais Wilhem préfère terminer son année scolaire pour avoir une base solide avant de déterminer ce qu’il compte vraiment faire par la suite.

Bientôt sur Netflix ?

Ses réalisations lui permettent de gagner sa vie grâce au sponsoring et au placement de produit, mais l’argent n’est pas ce qui détermine ses choix de vie. Un sujet qui amène Wil Aime à formuler une nouvelle conviction : "J’ai commencé cet univers sur Facebook, alors je le finirai ici". Après un moment de silence, il développe : "Il y a plein d’autres supports très intéressants qui existent, comme Netflix, où on peut réaliser des mini-séries de A à Z, mais je dis ça au hasard." Les propositions ne manquent pas, mais Wilhem va prendre le temps de tout analyser, car pour lui "chaque détail compte".

Vous pouvez suivre Will Aime sur Facebook.

Par Marjorie Raynaud, publié le 30/10/2017