#WhyIStayed : le hashtag pour comprendre les victimes de violences conjugales

Après la diffusion d'une vidéo dans laquelle Ray Rice, le running back des Ravens met K.O sa fiancée Janay Palmer, un hashtag a été lancé pour encourager les victimes de violences conjugales à expliquer pourquoi elles sont restées avec leur compagnon. 

Hier matin, le site TMZ a mis en ligne une vidéo des plus choquantes. Sur les images extraites d'une caméra de surveillance, on voit un homme sauvagement frapper une jeune femme dans un ascenseur, qui, sous la violence des coups, se cogne la tête avant de tomber K.O.

L'homme reste statique quelques secondes, avant de traîner le corps inerte hors de l'ascenseur, ne semblant à aucun moment envisager de prévenir les secours. Une horrible scène de violence domestique comme il en arrive des dizaines de milliers par jour, souvent passées sous silence.

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Sauf que cette fois, l'homme est célèbre. Il s'agit d'une star du football américain, Ray Rice, le running back des Ravens, et de Janay Palmer, sa fiancée. Si la vidéo a été diffusée pour la première fois hier, les faits remontent pourtant à février dernier. L'homme, qui encourait de cinq à dix années de prison, avait finalement accepté de suivre un traitement pour son comportement violent, évitant des poursuites.

Ray Rice et Janay Palmer

Ray Rice et Janay Palmer

En juillet, la NFL, très clémente, n'avait suspendu le joueur uniquement pour deux matches. Mais face à l'indignation provoquée par cette annonce – et la diffusion de la vidéo, hier, la ligue a finalement suspendu Rice "indéfiniment".

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Un hashtag libérateur

Outre le choc provoqué par la brutalité des images, ce qui secoue le web depuis l'agression, c'est que la jeune femme a quand même épousé son bourreau... un mois et demi après les faits. Un mariage qui a encouragé plusieurs personnalités, et notamment un présentateur de Fox News à ouvertement se demander ce qui l'avait poussée, elle, et d'autres femmes battues à rester avec un homme violent. C'est alors que le hastag #whyistayed ("pourquoi je suis resté(e)") a commencé à enflammer Twitter.

Une campagne lancée par l'écrivain Beverly Gooden, qui explique :

Je crois au storytelling. Je crois au pouvoir engendré par les expériences partagées. Je crois que nous trouvons de la force dans une communauté. C'est pourquoi j'ai créé ce hashtag.

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Je suis restée car mon prêtre m'a dit que Dieu détestait les divorces. Ca ne m'avait pas traversé l'esprit que Dieu pouvait aussi détester les violences.

Ainsi, sur Twitter, ces trois mots précédés d'un dièse permettent depuis lundi soir à des milliers de femmes – et hommes – en détresse (de tenter) d'expliquer pourquoi elles sont restées auprès de leur conjoint, malgré les coups et les humiliations.

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Les victimes expliquent leur difficulté à partir

Certaines avaient peur, d'autres ne savaient pas où aller, beaucoup avaient honte et voulaient préserver l'unité familiale. Des témoignages poignants qui expliquent leurs difficultés, et écartent l'idée reçue selon laquelle il serait "facile de partir".

J'avais peur d'aller voir ma famille car je savais la question qu'elle allait me poser et à laquelle je ne pouvais pas répondre.

Parce qu'il m'a isolée de tout le monde et c'était le seul que j'avais. Parce qu'il était violent quand il était en colère. Car j'avais peur.

Parce que la période la plus risquée pour les mères et les enfant c'est juste après les départ.

Parce qu'elle me faisait croire que c'était de ma faute. Parce qu'elle me faisait croire que c'était la seule personne que j'avais.

Selon le dernier sondage américain au sujet des violences conjugales faites aux femmes, réalisé en novembre 2000, plus d'une femme sur deux (51,9%) rapporte avoir déjà subi un acte violent au court de sa vie. Et pour encourager les victimes qui témoignent avec #whyistayed, un autre hashtag a été lancé : #whyileft ("pourquoi je suis parti(e)"), à travers lequel certaines femmes racontent comment elles ont finalement trouvé le courage de quitter le compagnon qui les battait.

Par Constance Bloch, publié le 09/09/2014

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