WAX, un projet artistique qui questionne violemment la place des femmes dans la société

L'artiste londonienne Vasilisa Forbes explique sa série photo WAX, accompagnée d'une vidéo. Elle espère provoquer un changement de la perception des femmes par les hommes à travers l'érotisme et la violence.

Bonne nouvelle pour l'industrie de la musique : le clip "Bad Blood" de Taylor Swift vient d'exploser le record de vues Vevo en 24 heures, totalisant pas moins de 20,1 millions de vues en une seule journée.

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Cette vidéo longue de quatre minutes dépeint l'histoire d'un gang de femmes plutôt badass qui a quelques comptes à régler. Ces femmes sont présentées comme puissantes, ce qui, oui, est plutôt rare dans l'industrie musicale. Cependant, le casting n'est pas vraiment composé de femmes lambda. On retrouve ainsi Karlie Kloss, Cara Delevingne et une flopée de mannequins habillées dans le seul but d'hanter indéfiniment les rêves de toute une génération d'adolescents.

Le message subliminal est simple : une femme peut être puissante, certes, mais seulement si elle utilise son sex-appeal pour assouvir les mâles. Il n'y a rien de nouveau dans le fait de dire que la perception des femmes dans la pop culture reste superficielle. Elles sont juste des jouets attirants, des poupées de cire sexy.

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Photo exclusive du set WAX

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Si vous faites attention aux paroles de Madonna, Panic at the Disco, Taylor Swift (encore) et consœurs, certaines paroles sont cependant beaucoup plus violentes et perturbantes.

Cette simple observation est le point de départ du dernier projet de Vasilisa Forbes nommé WAXCHICK, soit "nana de cire." Si vous vous êtes récemment promenés dans les rues de Shoreditch (à l'est de Londres), vous avez sûrement vu ces panneaux publicitaires colorés plutôt étranges et provocateurs. L'artiste de 22 ans s'y représente dans des positions suggestives et toute vêtue d'une combinaison en latex rouge, avec pour accessoire une perche à selfie. Elle s'en sert pour photographier sa vulve dans une esthétique propre inspirée de Toilet Paper Magazine. Vasilisa, ancienne photographe de mode et retoucheuse photo, explique le but de son projet :

J'ai pensé qu'il faudrait discuter de la façon dont les femmes apparaissent dans les publicités (c'est un commentaire direct sur la nature même des panneaux publicitaires), et j'ai voulu m'utiliser afin de créer cette discussion.

Le fait que ces images soient projetées en grand format partout à l'extérieur dans le paysage urbain interpelle le public et notre perception de l'art "du-public-au-privé." De plus, ceci questionne les notions d'art présentées contre la publicité dans une manière intéressante.

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Tout comme de la véritable publicité, ceci n'est que la mise-en-bouche d'un projet plus grand. Le jour suivant la séance photo pour les panneaux publicitaires, Vasilisa a filmé une vidéo plutôt perturbante la montrant vautrée sur un sol de couleur vive et bougeant de la manière la plus lascive qui soit.

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À première vue, la vidéo semble être une sorte de porno suggestif artistique ; mais les sous-titres apparaissant dans le film font vite déchanter. Un homme semble s'adresser à elle déclarant : "Bien, ne tiens pas ma main ou je te cogne", "ma meuf a une grande bouche, j'aimerais la lui fermer", mais aussi "qu'est-ce qui ne va pas chez toi, petite idiote", ou le charmant "le désir de prendre mon poing et de violer chaque orifice."

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Oui, c'est plutôt violent. Vous pensez que l'auteur a écrit ces phrases elle-même ? Qu'elle les a trouvées dans un livre sur la violence conjugale ? Perdu. Toutes ces citations viennent de véritables chansons que vous pouvez entendre à la radio. Vasilisa nous explique :

 J'ai cherché parmi les chansons populaires d'artistes comme Taylor Swift, Madonna, Led Zeppelin, Panic at the Disco, et Black Flag. Les artistes sont masculins et féminins, et tous dégradent les femmes et la sexualité dans leurs chansons.

Les paroles choisies l'ont été pour leur avilissement et leur misogynie. J'étais inquiète par le fait qu'elles soient utilisées dans des chansons tant médiatisées et qu'elles proviennent d'artistes comme Swift. Elle est suivie par beaucoup de jeunes adolescentes et filles qui grandissent avec des impressions faussées à propos de comment elles peuvent ou doivent agir.

On suppose que ces phrases sont utilisées exclusivement dans la pornographie ou par des hommes glauques. Mais c'est faux. Elles sont institutionnalisées et utilisées dans la culture de masse. Comment est-ce que les femmes peuvent ne pas avoir une vision faussée d'elles-mêmes avec ça ?

En offrant son corps à la caméra et en apparaissant comme vulnérable, Vasilisa crée une distorsion entre le désir et le dégoût. On ressent de la culpabilité pour notre désir. L'imagerie pop, aussi inspirée des travaux de David LaChapelle et Pipilotti Rist rend le message plus troublant encore.

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Photo exclusive du set WAX

Par le biais de ce film, Vasilisa souhaitait créer un dialogue avec le public et être capable de montrer plus d'interactions et de sentiments qu'avec les photos. La vidéo lui donne la possibilité de créer une association avec le mouvement, mais aussi avec le visage, les yeux, ce qui était impossible en dépendant uniquement de photos.

Vasilisa déclare que la raison d'être de ce film est de "remettre en question la perception qu'ont les gens sur les femmes, la manière dont ils les traitent à cause des enseignements des médias, de la culture ou de la nature et de leur influence sur notre subconscient." De plus, elle souhaite une nouvelle libération sexuelle :

La sexualité en Angleterre souffre d'une gueule de bois qui date de l'âge du sexe victorien, où toute sexualité était grandement déformée, et les femmes étaient désirées seulement si elles étaient jeunes, pures, minces, légères, malléables, et soumises.

Je voulais en même temps prendre le pouvoir et donner la possibilité aux autres femmes de faire de même. Je désirais aussi nous autoriser à avoir une autre sorte de sexualité, une qui ne soit pas éclipsée par des idées quasi-féministes, des options trop étroites, ou l'idée que les femmes sexy ne le sont que pour l'œil masculin. 

WAX n'est pas un essai politique et social. Tout vient des tripes de Vasilisa.

Screenshot WAX

Capture d'écran de WAX

L'artiste est arrivée à Londres à six ans après avoir passé les premières années de sa vie à Moscou. Elle explique :

L'histoire vient directement de moi. Elle vient de plein de choses dont j'ai fait l'expérience et que j'ai ressenties sur le cours de plusieurs années. Le projet est vraiment sincère à ma sensibilité en tant que jeune femme moderne. C'est un sentiment ardent escaladant à l'intérieur de moi-même pendant plusieurs années. La vidéo et son message viennent de toutes les histoires qui me sont arrivées et qui m'ont laissée bouleversée et frustrée à cause de la façon dont certains hommes pensent, la façon dont ils pensent qu'ils peuvent traiter les femmes. 

Dans un sens, c'est un peu comme la vidéo de la fille marchant dans les rues de New York et qui est devenue virale. L'harcèlement de rue est agaçant bien que très répandu. Je me demande si c'est juste fait de manière détachée ou si c'est potentiellement menaçant. À Londres, on peut voir des hommes qui sont vraiment violents avec les femmes. C'est ancré plus profond que dans la culture seule. 

Certains paramètres de la nature humaine rendent les hommes plus violents, et ils ne dépendent pas de la manière dont les médias et l'industrie du divertissement traitent les femmes. Elle considère que les humains sont encore des animaux. Ceci explique pourquoi Vasilisa déteste toutes les cultures qui "répriment la sexualité masculine et féminine en prétendant que nous sommes dépourvus d'instinct animal." Elle cite entre autres les viols en groupe en Inde et le traitement général des femmes en Arabie Saoudite.

Exclusive shot from the WAX set

Photo exclusive du set WAX

Vasilisa Forbes sait qu'une vidéo ne sera pas suffisante pour satisfaire sa détermination à changer la perception des femmes dans notre société. Selon elle, l'éducation a un rôle majeur à jouer :

Nous pouvons apprendre la liberté sexuelle, le respect, la morale et l'appréciation d'autres personnes en tant qu'individus. Tout est une question de confiance. Beaucoup d'hommes blessent des femmes car ils se sentent menacés et confus.

Nous avons besoin d'enseigner aux gens qu'ils doivent se respecter les uns les autres et que les femmes doivent prendre le pouvoir, et doivent aussi détenir des positions de pouvoir. Ensuite, nous pourrons cesser de les voir comme des citoyens de seconde zone bonnes à seulement élever des enfants et à être contrôlées par les hommes.

Nous avons besoin de laisser les femmes être puissantes dans leur propre manière et tout se fera naturellement à partir de là. Si les femmes se soutiennent les unes les autres, elles pourront surmonter la domination qui a été endoctrinée.

En attendant, Vasilisa espère pouvoir lancer un débat à Londres. Ses panneaux publicitaires ont déjà fait beaucoup de bruit dans l'est de la ville et la publication de la vidéo devrait l'aider à atteindre un public bien plus large. Et qui sait, si jamais celle-ci arrive à atteindre autant de vues que le clip "Bad Blood" de Taylor Swift, alors peut-être que les choses changeront.

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Par Thomas Andrei, publié le 26/05/2015

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