"Vous allez vous excuser auprès de lui" : comment la police recevait une victime de viol en 1983

Cet extrait d’un documentaire de Raymond Depardon sorti en 1983 résonne tristement avec l’actualité, trente-quatre ans plus tard.

Ce dimanche 19 novembre, l’émission C politique sur France 5 recevait le photographe et documentariste Raymond Depardon. Pour l’occasion, le journaliste Karim Rissouli a diffusé un extrait glaçant de l’un de ses documentaires, Faits divers.

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Afin de montrer le quotidien des policiers en 1983, Raymond Depardon avait passé trois mois dans l’hôtel de police du Ve arrondissement de Paris, dans lequel la police judiciaire cohabitait avec le commissariat. Cet extrait particulièrement saisissant, relayé par France Info, expose la façon dont une femme venant porter plainte pour viol était reçue à l’époque.

Le policier qui prend sa plainte lui fait la leçon sur les conséquences de la potentielle condamnation du violeur présumé, lui expliquant qu’elle risque d’avoir sur la conscience une peine de "cinq ans minimum". "Ça fait quand même beaucoup, hein", la gronde-t-il comme une enfant, avant de lui rappeler qu’elle a eu un rapport avec son agresseur présumé la semaine précédente, comme si ce fait pouvait empêcher un viol et qu’elle était responsable de l’agression subie.

"Vous lui avez fait passer une sacrée soirée"

Il finit par lui demander, avec force paternalisme, de "s’excuser" auprès de son agresseur supposé. Qualifiant le viol présumé de "peut-être pas très correct" et n’écoutant pas la femme qui lui répète qu’elle ne veut pas voir son agresseur, il lui ordonne :

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"Et puis, vous allez vous excuser auprès de lui, parce que vous lui avez fait passer une sacrée soirée aussi ! Aïe aïe aïe aïe aïe…"

Raymond Depardon est revenu sur cette scène pétrifiante, précisant qu’à l’époque, ce type de comportements était "presque commun". Et que la question de l’accueil des femmes victimes d’agressions sexuelles en France reste difficile : "Ces femmes qui rentrent dans un commissariat, qu’est-ce qu’il va leur arriver, qu’est-ce qu’on va leur dire ?"

En 2015, l’enquête "Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte", menée par l’association Mémoire traumatique et victimologie, montrait par exemple que 82 % des victimes de violences sexuelles ayant porté plainte avaient mal vécu le dépôt de plainte, et que 70 % ne s’étaient pas senties reconnues comme victimes par la police et la justice.

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Pour Raymond Depardon, désormais, face à la libération de la parole des victimes de violences sexuelles à la suite de l’affaire Weinstein, "il faut écouter la parole".

Par Mélissa Perraudeau, publié le 21/11/2017

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