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Vogue s'interroge sur la fascination des Parisiens pour Brooklyn

Publié le

par Thibault Prévost

Une journaliste du Vogue américain s'interroge sur la fascination réciproque entre Parisiens et New-Yorkais à l'heure où Brooklyn envahit la capitale.

(Capture d'écran du <a href="http://www.vogue.com/13354833/paris-brooklyn-men-street-style/?mbid=social_facebook_vr" target="_blank">site américain Vogue</a>)

Stan Smith blanches, jeans noirs hyper-moulants, chemises à carreaux et barbes aussi fournies que proverbiales : prenez une photo de la faune parisienne contemporaine et comparez son uniforme à celle, pourtant distante géographiquement, de Brooklyn. Aucune différence? C'est normal.

À l'heure où le hipster mondialisé fête joyeusement sa décennie d'existence dans une orgie de bière micro-brassée sans gluten, toute les mégalopoles occidentales gentrifiées tentent de reproduire le "modèle" de Brooklyn, dont les blocks de Williamsburgh définissent l'épicentre du cool, quitte à se transformer en mauvaises photocopies. En témoigne l'événement Brooklyn Rive Gauche (sic) installé au Bon Marché depuis début septembre, qui propose, à destination des Parisiens (aisés), un pot-pourri de vêtements, accessoires, meubles et aliments répondant aux codes éthiques et esthétiques des étranges autochtones de New York.

Dans un article de Vogue US intitulé "Pourquoi les Français s'habillent-ils comme s'ils venaient de Brooklyn?", la journaliste Marina Khorosh tente de comprendre la fascination des jeunes français (et françaises) pour ce quartier populaire désormais couvert d'épiceries vegan et de fabriques à bagels. Et définit rapidement le ord de Paris comme le "double vestimentaire" de Williamsburgh, "parsemé de bobos qui ne se rasent plus". Le scoop est total.

Hipster d'accord, mais friqué

C'est ensuite que ça se gâte : interrogeant ses copines parisiennes pour estimer l'attrait potentiel de ces jeunes mâles précaires faussement négligés, la réponse est sans appel - "les hipsters, c'est trop cliché". Oui, les Parisiennes - qui "aiment être courtisées", apparemment plus que les autres- en ont ras la frange des créas aussi fauchés qu'élitistes, qui en fin de compte font un bien mauvais parti. A quelques exceptions près, tout de même.

Selon la journaliste, "le ton s'adoucit" quand elle évoque Mark Zuckerberg, quintessence du nerd brooklynien devenu milliardaire. Car le nerd, voyez-vous, possède "la qualité que les Parisiennes préfèrent le plus : l'intellect." Et - parfois - le compte en banque, qui lui offre le droit de s'habiller n'importe comment (dès lors qu'il est "un créa réussi"), rapporte la journaliste - qui le tient directement de ses copines, on vous dit.

La Parisienne, ce vautour

Comment ? La Parisienne serait vénale ? La journaliste de Vogue en tombe de son tabouret vintage en formica, elle qui croyait que l'Amour était sa seule raison d'être. "Tant pis pour mon image de la Parisienne romantique traînée dans les classes précaires et créatives à la recherche de son Serge Gainsbourg en herbe", s'émeut-elle.

Et de poursuivre :

Il semble que les Françaises soient aussi exigeantes que leurs homologues new-yorkaises et cherchent l'homme-licorne, un pseudo-hipster avec des manières de gentleman et un bon boulot- ou mieux encore, une startup lucrative!"

Que voulez-vous ma pauv'dame, les Parisiennes sont des New-Yorkaises comme les autres. Foutue mondialisation. Forte de ces témoignages, la journaliste livre un constat sans appel : tandis que les New-Yorkaises s'inspiraient des Parisiennes dans leur recherche "du laissez-faire, du profond et du décoiffé", ces dernières auraient adopté "l'approche pragmatique de Brooklyn à la fois dans ses habitudes de shopping et dans sa vie personnelle", martèle-t-elle en guise de conclusion. Anciennes nunuches abruties de romantisme, les Parisiennes désillusionnées seraient donc devenues, pour Vogue, de pragmatiques pilleuses de compte en banque, ne jurant que par le sonnant et le trébuchant. Magistral.

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