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Violences policières à Calais : Yann Moix intime à Emmanuel Macron de prendre ses responsabilités

Publié le

par Clothilde Bru

Dans une longue lettre publiée par Libération, le journaliste et chroniqueur Yann Moix s’en prend violemment à Emmanuel Macron qu’il juge seul responsable des violences dont sont victimes les migrants à Calais.

Le 13 janvier 1898, la lettre d’Émile Zola au président Félix Faure faisait la une du journal L’Aurore et marquait l’Histoire. On souhaite à la lettre de Yann Moix adressée à Emmanuel Macron dans le quotidien Libération, lundi 22 janvier, la même postérité.

Dans cette longue missive, l’écrivain et chroniqueur de l’émission "On n’est pas couché" désigne Emmanuel Macron comme le seul responsable des violences dont sont victimes ceux qu’on appelle communément "les migrants de Calais". À l’endroit où Émile Zola "accusait", Yann Moix "affirme":

"J’affirme, M. le Président, que vous laissez perpétrer à Calais des actes criminels envers les exilés. Je l’ai vu et je l’ai filmé.

J’affirme, M. le Président, que des fonctionnaires de la République française frappent, gazent, caillassent, briment, humilient des adolescents, des jeunes femmes et des jeunes hommes dans la détresse et le dénuement. Je l’ai vu et je l’ai filmé.

J’affirme, M. le Président, que des exilés non seulement innocents, mais inoffensifs, subissent sur notre territoire des atteintes aux droits fondamentaux de la personne. Je l’ai vu et je l’ai filmé."

Le chroniqueur s’est rendu dans la ville côtière du nord de la France où s’entassent des milliers de migrants qui espèrent rejoindre l’Angleterre, pour un documentaire baptisé "Re-calais". Il en a ramené des images et des témoignages saisissants dont le journal publie quelques extraits en illustration.

"Saccages d’abris, confiscations ­d’effets personnels, pulvérisation de sacs de couchage, entraves à l’aide humanitaire." Pour l’écrivain le seul responsable de ses "actes de barbarie", c’est Emmanuel Macron : "Je ne m’en prendrai ici qu’à vous. Et à vous seul."

"Quand un policier, individuellement, ­dépasse les bornes, on appelle cela une bavure. Quand des brigades entières, groupées, dépassent les bornes, on ­appelle cela un protocole. Vous avez ­instauré à Calais, monsieur le Président, un protocole de la bavure."

"La postérité portera plainte ­contre vous pour infamie"

Président "indigne", "lâche", à la parole "fausse" qui "humili[e] la France"… aucun mot ne semble assez fort pour rendre compte de sa colère à l’encontre du chef de l’État.

"Ces associations, monsieur le Président, font non seulement le travail que vous ne faites pas, mais également le travail que vous défaites. Quant à votre promesse de prendre en charge la nourriture, elle n’est pas généreuse  : elle est élémentaire. Vous nous vendez comme un progrès la fin d’une aberration."

L’année dernière Emmanuel Macron provoquait la colère de la droite en qualifiant la colonisation de "crime contre l’humanité", une sortie que l’écrivain n’a pas oublié :

"La colonisation en Algérie, monsieur le Président, vous apparut un jour comme un 'crime contre l’humanité'. Ne prenez pas la peine de vous ­rendre si loin dans l’espace et dans le temps, quand d’autres atrocités sont commises ici et maintenant, sous votre présidence. Sous votre responsabilité."

Si à ce jour l’Élysée n’a toujours pas réagi, l’écrivain prévient en conclusion : "Vous pouvez porter plainte contre moi pour ­diffamation  ; la postérité portera plainte ­contre vous pour infamie."

De son côté, la préfecture du Pas-de-Calais a démenti sur son compte Twitter.

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