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Vidéo : ouverture d’une enquête sur un combat de rue entre un policier et un jeune

Publié le

par Théo Mercadier

La scène, hallucinante, montre un combat de rue tout ce qu’il y a de plus sauvage. Le parquet de Paris est sur le coup, alors qu’une enquête de France 24 éclaire de nombreuses zones d’ombre.

Un flic qui fait la loi en se lançant dans un combat de rue "d’homme à homme", on aura tout vu. La scène, filmée en juin à porte de la Chapelle à Paris, a fait le tour des réseaux sociaux et cumule des centaines de milliers de vues. Il faut dire qu’on n’a pas vraiment l’habitude de voir des contrôles de routine tourner ainsi au match de boxe (qui en l’occurrence a bien failli se solder par un K.-O.). Le Parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête pour tirer les choses au clair. Même si dans les faits, la vidéo parle d’elle-même :

On y voit un agent de police échanger une vingtaine de coups de poing avec un certain "Dybala". Esquives, droites et gifles partent dans tous les sens en mode combat de rue sauvage. Le policier sort complètement de son rôle de "gardien de la paix", et cela pourrait bien lui valoir d’avoir l’IGPN sur le dos, la police de la police. Encore faut-il l’identifier formellement …

Règle n° 1 : on ne parle pas du Fight Club

Comme bien souvent, tout part d’un contrôle lambda. Interrogés pas France 24, les témoins de la scène disent avoir été pris à partie par une patrouille alors qu’ils jouaient à FIFA sur une télé installée sur le trottoir. "La patrouille est venue une première fois. Le policier avec qui je me suis battu par la suite était déjà nerveux et agressif. Il a menacé de nous gazer si on ne rangeait pas la PlayStation. Ses collègues étaient calmes. Je pense qu’ils ne voulaient pas montrer leur désaccord devant nous", rapporte celui qui se fait appeler Dybala, alors qu’un de ses potes assure que cela "ressemblait à un contrôle de routine" au début. Qui dégénère.

"Nous avions commencé à ranger quand le policier s’est dirigé vers moi et m’a poussé en me parlant mal", continue Dybala, "il a fini par me mettre une gifle. Moi aussi je suis nerveux et insolent, alors je lui ai dit de se décaler et de me gifler à nouveau s’il ose. Il l’a fait". La suite on la connaît : échanges de coups, policier qui finit à terre, le tout sous le regard de ses collègues. "Les agents de la patrouille ont dit de ne pas séparer. Et quand le policier est tombé, je l’ai blessé à l’arcade".

Toujours d’après France 24, c’est à ce moment-là que les agents de police décident de prendre le large au volant de leur Kangoo. "C’est fini, c’est fini", entend-on sur la vidéo. Deux jours plus tard, Dybala dit croiser à nouveau celui avec qui il a échangé des droites : "Il m’a nargué en me disant t’es content, tu fais le buzz. Cette fois je n’ai pas répondu".

Si la scène choque à ce point, c’est bien parce qu’elle a été filmée. Mais l’un des témoins, qui a transmis la vidéo à l’Observatoire national des violences policières, assure que l’incident est loin d’être un cas isolé : "Le policier reste un humain avec ses faiblesses et son orgueil. Faire le coq dans la basse-cour, surtout devant ses collègues, ce n’est pas nouveau. Les histoires de ce genre, on en connaît tous […]. Heureusement, tous les policiers ne sont pas comme ça".

Il raconte aussi comment s’organisent habituellement ces règlements de compte. Si, en l’occurrence, il semble que ce soit le policier qui ait déclenché l’affaire, il arriverait bien souvent que ce soit le contraire, et qu’un jeune le demande "en réaction à certains abus de policiers, pour régler ça d’homme à homme. Mais il est rare qu’un policier accepte". Encore heureux.

Règle n° 2 : on ne parle pas du Fight Club

L’hebdomadaire Marianne rappelle de son côté le témoignage de jeunes d’Aulnay, qui réagissaient en février dernier au viol présumé de Théodore Luhaka. Eux aussi racontent la routine de ces combats de rue organisés par les forces de l’ordre elles-mêmes :

"Les flics ici [Aulnay, ndlr] donnent des rendez-vous pour se bagarrer dans les halls, une fois c’est arrivé avec un chef de poste et des petits de 16/17 ans."

Toujours auprès de France 24, le secrétaire général du syndicat CGT-Police Île-de-France, Axel Ronde, déplore ces événements, qu’il met en partie sur le compte du manque de formations des agents :

"On n’est pas sur un ring. Il faut attendre qu’il y ait une enquête pour se prononcer, mais les images sont extrêmement choquantes et surréalistes. Les policiers se ridiculisent et ça n’a aucun intérêt. Bien sûr il peut y avoir des dysfonctionnements. Mais que des agents tombent aussi bas, ça doit nous interpeller sur le manque de formation et d’encadrement de nos forces dans les secteurs les plus difficiles."

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