Vidéo : campagne choc pour briser les tabous sur la prostitution infantile

L'association ACPE veut faire réagir sur la prostitution infantile. Aujourd'hui, elle dévoile une série de spots plutôt choc pour faire réfléchir, pour faire parler, pour faire réagir.

En France, il y a peu de tabous comme celui de la prostitution infantile. Pour délier les langues, l'Association contre la prostitution des enfants (ACPE) veut alerter l'opinion publique. Mais le sujet est si délicat que les véritables chiffres sont un mystère, même pour l'association. Interviewée dans 20 Minutes, Armelle Le Bigot Macaux, sa présidente, expliquait :

Le sujet est tellement tabou, que l’on manque de chiffres précis. Mais de source officieuse, grâce aux retours des associations de terrain, on sait qu’entre 5 000 et 8 000 mineurs se prostituent aujourd’hui en France. Et le phénomène a tendance à s’amplifier.

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Pour relayer ces chiffres au plus grand nombre, l'ACPE a choisi d'appliquer la méthode qui fait le succès des campagnes pour la prévention routière depuis de nombreuses années désormais : la provocation.

Dans une série de trois spots diffusés sur Facebook, l'association montre une mise en scène très crue de ce que peut être cette réalité. On vous laisse en découvrir le premier qui se passe dans les écoles :

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Ces spots un peu hardcore sont le premier pas vers un "kit pédagogique" destiné aux enseignants de toutes les sections, de la maternelle au collège, que l'ACPE souhaite voir éduqué en milieu scolaire dès début 2015. Armelle Le Bigot Macaux confiait au Figaro :

Le problème, c'est que les parents ne savent pas comment faire. Les enseignants, eux, ont l'éducation à la sexualité au programme. Avec notre kit pédagogique, nous leur donnons une sorte de mode d'emploi, de la maternelle au collège, pour aborder les abus et les violences sexuelles.

D'après les retours de nos tests, notre kit passe très bien en maternelle, où l'on discute autour du thème "mon corps m'appartient" et est également très apprécié au collège, où l'on est plus explicite, avec des livres et des vidéos pédagogiques.

Des chiffres flous, mais en hausse

Ces enseignements peuvent sembler relever d'une réaction un peu brutale face à un problème mineur, mais il n'en est rien : il n'y a pas que l'ACPE pour alarmer sur une hausse de cas. Cité par le Huffington Post, Yves Charpenel est avocat général de la Cour de cassation et président de Scelles, une autre association de lutte contre la prostitution. Lui aussi estime que la prostitution des mineurs est un sujet flou... mais en hausse : "c'est une réalité peu quantifiable, mais elle augmente".

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Des propos qui sont confirmés par une source policière, Vianney Dyevre, responsable de la brigade de protection des mineurs de Paris. De son côté, il affirme qu'il existe "un chiffre noir très important de choses qu'on ne sait pas". À Lille, les forces de l'ordre ont interpellé cette année 21 mineures pour racolage, soit trois fois plus qu'il y a deux ans. Oui, le phénomène augmente.

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En parler pour briser les tabous, voilà le parti pris de l'ACPE qui n'hésite pas à livrer ses propres conclusions aux médias, même sans véritable source. Selon Armelle Le Bigot Macaux, citée par 20 Minutes, les deux tiers des mineurs prostitués seraient "des mineurs étrangers, le plus souvent originaires de Roumanie ou d’Afrique (Sierra Leone, Nigeria, Ghana, Cameroun…), âgés de 15 à 18 ans".

Internet coupable ?

Mais l'autre tiers serait bel et bien "Français, le plus souvent en situation de rupture familiale et vendent leur corps occasionnellement, la plupart du temps de leur propre initiative". Le coupable, selon Armelle Le Bigot Macaux ? Internet, comme elle l'accuse, toujours dans 20 Minutes, d'avoir "contribué à l'expansion de ce phénomène..." :

... en facilitant l’accès des jeunes à la pornographie et multipliant les canaux pour que les clients prédateurs et les adolescents puissent entrer en contact. D’ailleurs, selon lAssociation Française de Promotion de la Santé Scolaire, un tiers des usagers des sites pornographiques sont des adolescents.

Petit rappel des peines encourues. En France, c'est une obligation de signaler un cas de prostitution si le mineur a moins de 15 ans. Ne pas le faire est un délit et peut être puni par 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. De son côté, le client encourt jusqu'à 7 ans d'emprisonnement. La peine du proxénète peut aller jusqu'à la perpétuité.

Par Théo Chapuis, publié le 21/10/2014

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