Vidéo : quand un organisme catholique français s'attaque aux robots de compagnie

À travers un court métrage incisif, la Société catholique de Saint-Vincent-de-Paul met en garde contre les dangers des robots de compagnie. Et recrute.

Claudine est une femme âgée, qui vit seule dans un pavillon quelque part en France. Enfin, "seule"... Pour veiller sur elle au quotidien, elle peut compter sur B.E.N., un robot de compagnie spécialement conçu pour les personnes âgés. "B.E.N." est l'acronyme de "Bionically Engineered Nursing". C'est un gros robot humanoïde dont la silhouette de bibendum rappelle celle du héros de Big Hero 6, qui accompagne Claudine partout où elle va en lui rappelant ce qu'elle doit faire et en surveillant sa santé. Dans le court métrage diffusé par la Société de Saint-Vincent-de-Paul (SSVP), un organisme catholique "au service des personnes seules ou démunies", on voit Claudine danser, lentement, dans les bras de son robot. La scène est touchante, mais le message est tout autre. Car bientôt, on comprend que B.E.N. n'a rien d'un compagnon de vie, incapable de saisir les variations d'humeur de son propriétaire. B.E.N. n'est rien de moins qu'un frigo amélioré, incapable de la moindre empathie. À la fin, Claudine est toujours aussi seule. Rideau.

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"Avec le développement de la technologie, de la robotique et des réseaux sociaux, nous pourrions croire que la population n’a jamais été aussi connectée […]. Malheureusement, la solitude ne cesse de progresser", explique le président de l'organisme dans un édito. Avant de préciser que selon son organisme, rien ne remplace le contact humain. Ah, c'est donc ça, la SSVP recrute. Et elle le fait en faisant de la technologie un antagoniste, et en s'interrogeant : "Le progrès doit-il systématiquement intervenir dans notre quotidien?" Un peu facile, tout de même.

Inversion des responsabilités

Car oui, la solitude est un fléau moderne mésestimé, qui toucherait 5 millions de Français à l'heure de la surcommunication en ligne. Oui, comme le rappelle Gizmodo, être seul augmenterait les chances de mourir de 26 % chez les personnes âgées. Enfin oui, mener une campagne pour inciter les gens à renouer le contact avec leurs proches devenus invisibles et encourager la densification du tissu social est non seulement une bonne initiative mais une initiative nécessaire. Cependant, mettre ça sur le dos du progrès technologique, c'est quand même y aller un peu fort.

C'est oublier les résultats remarquables du robot thérapeutique japonais PARO ou du chien-robot de Sony Aibo, et les promesses soulevées par le développement exponentiel de l'intelligence artificielle (IA) émotionnelle. C'est nier la pile d'études scientifiques sur la question, menées depuis vingt ans, qui enregistrent toutes un lien entre robots de compagnie (anthropomorphiques ou non) et diminution du sentiment de solitude. C'est fermer les yeux sur la formidable capacité d'attachement de l'être humain – après tout, combien de personnes seules sont parfaitement heureuses entourées d'animaux de compagnie? – et c'est enfin, surtout, effectuer une habile inversion des rôles en mettant la solitude moderne sur le dos d'une technologie justement inventée pour la combattre.

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Manque de pot, les robots sont arrivés après. "Éloignons-nous légèrement" de ces robots, préconise la SSVP en guise de solution. Comme si s'éloigner de la technologie avait forcément pour conséquence de se rapprocher de ses semblables. Quitte à appâter le chaland, ne devrait-elle pas plutôt penser dans l'autre sens, en insistant sur la nécessité de réduire la distance entre nous et nos congénères grâce à des bénévoles de terrain ? N'en déplaise à la SSVP, aucune IA n'a encore appris à abandonner quelqu'un... elle.

Par Thibault Prévost, publié le 12/10/2016

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