Vague d'agressions sexuelles à Cologne : le rapport édifiant de la police

L'Allemagne est secouée par un scandale d'agressions sexuelles en nombre lors de la nuit de la Saint-Sylvestre, à Cologne. Des dizaines de femmes ont porté plainte. Voici ce que l'on sait de cette affaire.

Scandale outre-Rhin, après la vague d'agressions sexuelles qui a eu lieu dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier à Cologne, et dont nous vous parlions cette semaine. Ce fait divers inédit dans le pays a choqué par sa violence mais aussi par la difficulté qu'ont les autorités à communiquer à son sujet. Le point sur l'affaire, vendredi 8 janvier.

Que s'est-il passé dans la nuit du 31 décembre ?

Certains témoins décrivent des scènes de "chaos". Aux environs de 23 heures, des centaines de personnes sont rassemblées près de la gare et de la cathédrale de Cologne, tranquille ville de l'Ouest de l'Allemagne. L'ambiance est tendue, certains fêtards alcoolisés s'amusent à lancer des feux d'artifice au sol.

Les choses dégénèrent assez vite. Des dizaines de femmes sont prises à parti. "L’État n’était plus maître de la situation durant le réveillon à Cologne", écrit Bild, cité par Slate.fr, qui dresse une liste non exhaustive des infractions commises cette nuit du 31 décembre. L'une des victimes raconte à la BBC :

"Il y avait un très grand nombre d'hommes sur la place, on s'est dit que quelque chose clochait. En passant, nous avons été encerclées par une vingtaine ou une trentaine d'hommes. Ils nous ont touchées, nous ont agrippées, ont tenté d'enlever nos vêtements, de mettre la main sur notre entrejambe."

Selon un rapport de police confidentiel que Welt am Sonntag s'est procuré, un responsable de la police indique que "ces hommes voulaient surtout commettre des agressions sexuelles, ou, pour le dire dans leur logique, s’amuser sexuellement". Au moins 119 femmes ont porté plainte pour agression sexuelle. Deux ont porté plainte pour viol et certaines également pour des vols, soit 121 dépôts de plainte pour l'instant.

Combien d'hommes seraient impliqués ?

Tout n'est pas encore clair mais, selon le rapport de la police, repris par Le Monde, une centaine d'hommes ont été contrôlés ce soir-là par les forces de l'ordre et quelques dizaines ont été emmenés au poste. La grande majorité seraient des réfugiés syriens, arrivés comme des centaines de milliers d'autres cette année après que l'Allemagne a ouvert ses frontières.

Cela dit, la foule était bien plus nombreuse et, au vu de la cohue, le nombre d'agresseurs reste très difficile à établir. "Il y avait plus de 2 000 personnes, presque toutes d’origine arabe, réparties dans un rayon de deux kilomètres autour de la gare centrale. Personne ne s’attendait à cela, et personne ne pouvait le prévoir", selon un responsable de la police de Cologne.

Pourquoi les autorités ont-elle cafouillé ?

Le scandale est d'autant plus retentissant en Allemagne que le sujet est sensible et que les autorités ont cafouillé. La police n'a révélé l'ampleur des faits que trois jours après, et les médias sont accusés d'avoir voulu taire l'affaire, notamment pour éviter de stigmatiser les centaines de milliers de réfugiés qui, eux, n'ont rien à se reprocher, comme le relate Geopolis.

La maire de Cologne, Henriette Reker (indépendante), a mis de l'huile sur le feu dans une déclaration hallucinante, blâmant les victimes. Interrogée sur ce sujet, elle a déclaré :

"Il est toujours possible de garder une certaine distance, de la longueur d’un bras au moins… Ce que je veux dire, c’est qu’il faut faire en sorte de ne pas trop s’approcher des personnes que vous ne connaissez pas et avec qui vous n’entretenez pas une relation de confiance."

Lors d’une conférence de presse jeudi 8 janvier, la chancelière Angela Merkel a promis une réponse ferme contre les auteurs de ces "actes criminels répugnants et un renforcement de la politique de reconduite à la frontière pour les étrangers auteurs de délits". Le journal Le Monde souligne un durcissement de ton de sa part, la chancelière évoquant "les fondements culturels du vivre-ensemble" :

"Le sentiment – de femmes dans ce cas – d’être totalement livré à soi-même et sans défense est pour moi personnellement insupportable. Il s’agit d’envoyer des signaux clairs à ceux qui refusent de respecter notre droit."

Par Ariane Nicolas, publié le 08/01/2016