Pour alerter sur la Syrie, l’Unicef et le MIT simulent la démolition de votre ville

L’Unicef et l’université du Massachusetts ont mis au point Deep Empathy, un réseau neuronal qui simule la destruction complète de métropoles occidentales.

L’une des règles sacrées du journalisme, inchangée de Théophraste Renaudot à Snapchat, est la suivante : plus un pays se trouve loin de chez nous, plus les catastrophes qui s’y produisent perdront en intérêt aux yeux du grand public. Cette proportionnalité entre éloignement et violence porte même un nom souvent murmuré dans les salles de rédaction francophones : "la règle du mort - kilomètre". C’est cynique, c’est dégueulasse, mais ça fonctionne malheureusement à tous les coups.

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Vous pouvez vous convaincre autant que vous voulez de votre traitement égalitaire des catastrophes, la majorité d’entre vous a plus violemment réagi aux évènements du Bataclan qu’au "nettoyage ethnique" des Rohingyas (et qui se souvient de l’attentat du Sinaï, le 25 novembre dernier ?). Autre exemple particulièrement efficace pour illustrer la géométrie variable de notre empathie : la guerre en Syrie, l’un des plus atroces conflits militaires de notre génération, qui se déroule la plupart de l’année dans une indifférence généralisée.

Pour tenter d’interpeller (encore et encore) l’opinion publique sur l’horreur de ce qui se passe loin de nos radars émotionnels, l’Unicef s’est associée au MIT pour concevoir l’initiative Deep Empathy. Le système est aussi simple qu’original : une IA de deep learning, développée par les chercheurs de Scalable Cooperation, a étudié les caractéristiques visuelles des quartiers de villes syriennes défigurées par les bombardements, comme Homs ou Raqqa.

Paris, Boston, Melbourne… en champ de ruines

Une fois les informations enregistrées, l’algorithme a appliqué ces textures à des photos de métropoles occidentales épargnées par les conflits militaires (Paris, Boston, Melbourne, etc.) pour les transformer, à leur tour, en champ de ruines. S’il est encore loin d’être parfait, l’effet fonctionne néanmoins assez bien pour nous faire réfléchir une minute sur les conditions de vie dans ces enfers permanents. Et c’est tout le principe.

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Sur le site dédié au projet (qui est également participatif, chacun pouvant soumettre de nouvelles photos à l’algorithme), les chercheurs détaillent leur profession de foi et les espoirs placés en leur initiative : "Cette approche - familière dans une variété d’applications artistiques - peut-elle nous aider à voir des éléments reconnaissables de nos vies à travers le prisme de ceux qui vivent des circonstances très différentes, qui se trouvent théoriquement dans un tout autre monde ? En aidant une IA à apprendre l’empathie, cette IA peut-elle nous apprendre à nous soucier [des autres] ?"

Pas certain qu’une seule initiative puisse changer les choses, et encore moins que la société civile, si empathique soit-elle, ait le pouvoir de faire évoluer la situation syrienne. En attendant que les choses changent, Raqqa, une ville florissante de 200 000 personnes il y a six ans, est désormais rasée à 80 %, selon les chiffres de l’Onu. Depuis 2011, le conflit syrien a affecté plus de 13,5 millions de ressortissants.

Par Thibault Prévost, publié le 06/12/2017

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