Par Jeanne Pouget

L’ONG de protection animale World Animal Protection (WAP) publie les conclusions d’une étude inédite menée sur les conditions de vie des éléphants exploités en masse par l’industrie du tourisme en Asie et jugées "inacceptables".

Des touristes à dos d'éléphants en Thaïlande (©World Animal Protection)

Des touristes à dos d’éléphants en Thaïlande. (© World Animal Protection)

Au cas où vous ne le sauriez toujours pas, votre petit selfie tout sourire à dos d’éléphant pris lors de vos vacances en Thaïlande, en Inde ou au Cambodge a de grandes chances de cacher une grande part de souffrance. Les fameuses balades à dos d’éléphants, attraction la plus populaire auprès des touristes dans les pays d’Asie du Sud-Est, n’ont rien d’une sinécure pour ces colosses à l’apparence calme et robuste.

Les militants de l’association World Animal Protection (WAP) ont enquêté pendant deux ans sur plus de 220 attractions ayant recours à des éléphants à travers l’Asie, soit 90 % des entreprises du secteur selon l’ONG. Leur rapport révèle que les trois quarts des éléphants de cette industrie touristique vivent dans des conditions "mauvaises voire inacceptables".

La Thaïlande et l’Inde dans le viseur

L’ONG a étudié le cas de 2 923 d’entre eux sur les plus de 3 000 éléphants détenus par l’industrie touristique en Asie, recensés principalement en Thaïlande (2 198), en Inde (617), au Sri Lanka (166), au Népal (147), au Laos (59) et au Cambodge (36). L’Inde et la Thaïlande sont les plus mauvais élèves en Asie, avec des conditions de détentions déplorables, des soins approximatifs, quand les animaux ne sont pas tout simplement battus. Mais globalement, l’ensemble de l’industrie inflige les mêmes traitements déplorables :

"Quand ils ne sont pas utilisés pour des promenades ou des spectacles, les éléphants sont enchaînés jour et nuit, le plus souvent avec une chaîne de moins de trois mètres de long […] La nourriture qui leur est donnée n’est pas bonne, ils ont des soins vétérinaires limités et sont gardés souvent dans des endroits stressants, avec de la musique forte ou des groupes de touristes, sur un sol en ciment."

Les harnais sur lesquels les touristes s’assoient abîment le dos des pachydermes et le ciment ou le béton sur lesquels ils effectuent leurs "promenades" leur brûlent les pattes. Et les animaux sont souvent nourris aléatoirement par les touristes qui leur donnent des "récompenses" inadaptées à leur régime alimentaire.

Un éléphant porte un touriste avec sa trompe (©World Animal Protection)

Un éléphant porte un touriste avec sa trompe. (© World Animal Protection)

Par ailleurs, en Thaïlande perdure toujours la cruelle tradition de domptage dite du "phajaan" ou "breaking-in" destinée à séparer le corps mental des éléphants de leur corps physique pour les soumettre à l’homme. Comme en témoignent de nombreuses vidéos chocs que vous trouverez aisément sur Internet, l’éléphant est séparé de sa mère dès son plus jeune âge pour être attaché et confiné dans des cages étroites de façon à ne pas bouger. Le "mahout" (le dresseur attitré) le frappe alors sur le crâne à l’aide d’un bullhook, - une sorte de pic à glace -, pour le soumettre dans la violence jusqu’à ce que l’animal abdique de son état sauvage et cesse de se débattre. Un outil que les mahouts gardent ensuite systématiquement à portée de main pour maintenir les animaux dans la peur. Thaïlande où, notons-le, l’éléphant est pourtant considéré dans la tradition comme un animal sacré…

Sauver 1 500 éléphants d’ici 2020

Actuellement, plus de 3 000 pachydermes sont victimes de cette cruelle industrie touristique en Asie. Une attraction qui semble même fleurir plutôt que décroître puisque la WAP rapporte un bond de 30 % d’éléphants détenus en captivité en Thaïlande ces cinq dernières années dans ce secteur.

Une situation à laquelle les touristes peuvent mettre un terme en arrêtant purement et simplement de participer à ce genre d’attractions auxquelles la cruauté et la souffrance sont inhérentes. C’est pourquoi l’ONG diffuse massivement cette enquête, de façon à conscientiser les visiteurs étrangers à la recherche d’exotisme.

Grâce à un partenariat avec la TUI Care Foundation qui se concentre sur les effets positifs du tourisme et travaille à son amélioration durable, la WAP espère arracher 1 500 éléphants à leur triste sort d’ici 2020. Avec l’objectif de les relocaliser notamment dans des sanctuaires, libérés de toute forme d’esclavage. À l’origine, la plupart des éléphants de l’industrie touristique étaient des rescapés de leur exploitation désormais interdite dans le secteur forestier pour lequel ils transportaient le bois.

Avec ce partenariat, des centaines d’éléphants devraient ainsi entrevoir prochainement des jours meilleurs. À condition également que leur exploitation massive dans l’industrie touristique cesse d’attirer les foules au nom du divertissement. Afin de financer ces actions, vous pouvez également faire un don sur le site de la WAP.

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