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Un prof condamné pour attouchements sexuels sur son élève de 13 ans : pour 20 Minutes, il "l’aimait trop"

Publié le

par Astrid Van Laer

Mercredi 24 mai, le site du quotidien 20 Minutes a publié un article intitulé "Dordogne : un professeur d’histoire-géographie qui aimait trop son élève de 13 ans" pour rapporter la condamnation d’un enseignant pour attouchements sexuels sur l’une de ses élèves. Un euphémisme plus que dérangeant.

"Un professeur d’histoire-géographie qui aimait trop son élève de 13 ans" : c’est ainsi que le site du journal 20 Minutes a titré un article publié le 24 mai. On peut y découvrir la condamnation à six mois de prison ferme à l’encontre d’un professeur de 39 ans, exerçant au lycée Saint-Joseph de Sarlat en Dordogne, pour avoir attouché sexuellement l’une de ses élèves. Fin 2014, l’adolescente était allée voir son professeur d’histoire-géographie pour se confier à ce dernier au sujet "de la période de doute qu’elle traverse". Moins de six mois plus tard, ils avaient échangé presque 3 000 appels et SMS. C’est alors que les attouchements sexuels ont commencé.

Comme l’a souligné la militante féministe et candidate aux législatives Caroline De Haas, qui se trouve également être l’ancienne conseillère de la ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem, lorsqu’on abuse sexuellement d’une petite fille de 13 ans – parce qu’à cet âge-là on est encore une petite fille – ça ne s’appelle pas "aimer trop". On aime un peu trop le chocolat ou les chips, mais pas les petites filles. Et lorsque l’on est "interdit d’exercer toute activité mettant en relation avec des mineurs", comme le précise l’article, l’euphémisme est plus que dérangeant. D’autant plus que, toujours selon le journal, "exfiltrée dans un autre établissement, l’adolescente souffre toujours de séquelles psychologiques".

De l’importance du choix des mots qu’on emploie

Cette formule maladroite témoigne malheureusement de la nécessité de changer la manière dont les médias traitent les violences faites aux femmes. La banalisation d’un vocabulaire culpabilisant à l’égard des femmes et atténuant le comportement des hommes est malheureusement monnaie courante et contribue à véhiculer un message dangereux.

Par conséquent, le collectif Prenons la une, composé de femmes journalistes qui œuvrent pour une "juste représentation des femmes dans les médias et l’égalité professionnelle dans les rédactions", a listé quelques recommandations pour surveiller la manière dont on traite du sujet sensible des violences faites aux femmes. Le mot d’ordre : "Les femmes ne sont pas responsables des violences qu’elles subissent."

On y trouve des conseils tels que : "Bannir les termes 'crime passionnel' ou 'drame familial'", qui participent à la minimisation de l’acte, "préférer les termes juridiques" le plus possible afin d’éviter toute altération. De même, il conviendrait de ne jamais parler "d’aveux" lorsqu’une victime dit avoir été violée, car cela tend à la rendre symboliquement coupable. Enfin, nous pouvons citer l’une des plus importantes de ces recommandations, qui permettrait d’éviter l’erreur la plus courante : "Éviter les précisions sur les vêtements, le physique ou les habitudes de vie de la victime, qui induisent qu’elle peut être responsable de son agression."

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