Uber a breveté un système capable de reconnaître les passagers bourrés

Le service de transport ambitionne d’identifier les passagers ivres à partir de leur comportement sur leur mobile grâce à un système de machine learning.

Prends peur, petit peuple de la fête en zone urbaine dense : Uber compte bien partir à la chasse aux passagers ivres. Le 7 juin, c’est CNN qui sonnait l’alarme outre-Atlantique en repérant un brevet, déposé par l’entreprise le jour même auprès de l’US Patent and Trademark Office.

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Selon la description laconique contenue dans le brevet (et soigneusement enterrée derrière tout un tas d’idées pour faire communiquer les futurs taxis autonomes avec Uber en cas de souci), le transporteur envisagerait de concevoir un programme de machine learning capable d’identifier l’état d’ébriété du client à partir des interactions avec son mobile.

Voilà ce que ça signifie concrètement : dans la vie de tous les jours, lorsque vous utilisez Uber sobre, vous tapez votre adresse sans problème, en tenant votre portable bien droit devant vous, sans bouger d’un millimètre. En fin de soirée, avec un taux d’alcoolémie à transformer un éthylotest en sabre laser, vous vous y reprendrez à trois fois, et lettre par lettre, avant de rentrer votre adresse sans faute d’orthographe, vous tituberez en écrivant, votre portable sera penché à un angle impossible, etc.

Tout ça, votre téléphone l’enregistre grâce aux capteurs intégrés (saisie du clavier virtuel, accéléromètre, gyroscope). Ce qu’Uber a pour intention de créer, c’est une IA capable d’analyser ces données et de déterminer quand vous n’êtes pas dans votre état normal. Ce qui est moins clair, en revanche, c’est ce qu’Uber compte prendre comme mesures si vous l’êtes.

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Des conducteurs spécialement entraînés à gérer les soûlards

Toujours selon la description contenue dans le brevet, cet alcootest algorithmique, une fois son diagnostic établi, irait ensuite gentiment cafter auprès des chauffeurs à proximité. Pour leur laisser le choix d’aller s’occuper, ou non, d’un·e fêtard·e ivre à 2 heures du matin ? Là-dessus, le brevet élude soigneusement, évoquant néanmoins des chauffeurs "spécialement préparés" à faire face aux hurlements, aux sautes d’humeur, aux endormissements spontanés et autres vomis intempestifs qui rythment la vie des taxis de nuit. Au point de ne laisser aux clients que le choix entre ces chauffeurs, qui coûteront probablement plus cher que les autres, ou le retour à pied ? Au stade du dépôt de brevet, impossible de le savoir.

Si l’initiative d’Uber est compréhensible d’un point de vue technologique – rappelons-nous que dans l’esprit de l’entreprise, les voitures autonomes remplaceront les chauffeurs humains dans la décennie à venir —, elle se confronte encore assez mal à la réalité du transport automobile en 2018. Après tout, les gens saouls composent une part non négligeable de la clientèle d’Uber, puisque le service permet de boire sans avoir à se préoccuper de conduire ensuite.

Données personnelles, chauffeurs prédateurs, etc.

En l’état actuel des choses, stigmatiser cette clientèle en la surfacturant voire en lui refusant carrément l’accès au service ne servirait pas à grand-chose, à part à voir sa clientèle migrer massivement vers un autre service (difficile d’imaginer un truc plus énervant que de recevoir un message du type "notre algorithme estime votre taux d’alcoolémie à 1,3 g/L, nous sommes donc dans l’obligation de vous refuser l’accès à nos voitures autonomes par souci de sécurité").

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D’autant que, rappelle TechCrunch, l’ébriété est plus souvent un problème pour la sécurité des passagers que pour celle des chauffeurs : selon CNN, 103 chauffeurs Uber américains auraient été accusés d’agression sexuelle sur les quatre dernières années. Un tel dispositif pourrait par exemple être retourné par des chauffeurs aux intentions prédatrices.

Enfin, rappelons qu’Uber est loin d’être exemplaire concernant la protection des données personnelles de ses utilisateurs (fin 2017, on apprenait que l’entreprise avait soigneusement couvert une brèche de données concernant 57 millions d’utilisateurs).

Bref, on voit mal comment l’entreprise justifierait ce dispositif sans s’attirer l’ire des clients et des associations de défense de la vie privée. Dans un futur plus ou moins proche, peut-être que les taxis autonomes pourront vous claquer la porte au nez si vous avez picolé plus que de raison, mais on en est encore loin. Et heureusement.

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Par Thibault Prévost, publié le 20/06/2018

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