Bac de français : Victor Hugo menacé de mort, Claude Roy incompris

Ce matin, les étudiants de Première passaient leur bac de français. Victor Hugo, Louis Aragon et Claude Roy ont été pris pour cible. Sur Twitter en tout cas. 

Mercredi 18 juin. Il est tôt, très tôt. Les élèves de Première savent ce qui les attend : le bac de français. L'objectif du jour ? Passer cette première épreuve, un an avant celles de philo (dont on a répondu à l'aide de films), de math ou d'histoire-géographie. Le stress est palpable, des notes dépassent des sacs tandis que des cartouches d'encre se battent en duel dans les trousses. Armageddon, à côté, c'est rien.

Les pieds sont sous la table, les stylos de sortie. Les séries S et ES reçoivent les mêmes sujets. Les réactions post-épreuve ne tardent pas à parvenir minute par minute sur Twitter. Elles hésitent entre amusement et surprise d'une épreuve qui a tout misé sur la poésie.

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Son intitulé ?

Écriture poétique et quête de sens, du Moyen Âge à nos jours.

Le sujet glisse sur la table, la réaction est "distinguée" :

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Au programme, trois textes sont disposés. On retrouve du Victor Hugo, du Louis Aragon et du Claude Roy. Revue de tweets.

RIP Victor Hugo

Pauvre Victor Hugo. Pour la première fois de sa longue carrière (1802 à 1885, tout de même), l'écrivain, romancier, poète et dramaturge français parvient à être en "TT France". Soit une bonne position parmi les sujets les plus discutés du réseau social. Mais pas dans le bon sens du terme.

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Car son texte, "Crépuscule", tiré de son recueil de poésie Les Contemplations, publié en 1856, n'apporte pas gaîté et fraîcheur aux étudiants. La journaliste Laura Duhamel Babani réalise une capture d'écran des tweets qui évoquent Victor Hugo. Et le moins que l'on puisse, c'est qu'il en prend pour son grade.

Bien sûr, ne résumons pas les élèves de Première ES et S à une flopée de messages grossiers qui ont fait se retourner le romancier dans sa tombe. Heureusement d'ailleurs. Même si (on n'est pas sûr si deuxième degré il y a dans le tweet ci-dessous) certains peuvent penser qu'il est encore en vie :

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Il n'en fallait pas plus pour faire réagir l'écrivain en personne, après "[ces] déclarations peu chaleureuses sur le #bacfrancais:

Claude Roy, cet incompris

Pendant que Victor Hugo se faisait victimiser, Claude Roy passait, lui, pour l'incompris de service. Dans son recueil À la lisière du temps, un poème a été choisi pour ce bac de français 2014 : "L'inconnue".

On peut notamment y lire :

Il y a encore les arbres en chœur qui chantent en vert majeur

mais déjà les doigts de cuivre de l'automne les rouillent ici et là

et il y a un arbuste (nous ne savons pas son nom)

dont les feuilles roussies sont d'un capucine insolent

mais ne veulent pas être feuilles morteset s'accrochent

Mais rien ne passe, pas même l'arbuste :

Sujet C : Louis Aragon entrevoit des réactions mitigées. Certains sont "souler" (sic), d'autres ont trouvé son texte "très beau". Son poème ? "Vers à danser", extrait de Le Fou d'Elsa, publié en 1963.

(Capture d'écran Twitter)

(Capture d'écran Twitter)

Dans un article intitulé "Victor Hugo aurait été fier des lycéens qui le critiquent", le pure-player Slate.fr réussit à trouver dans l'oeuvre de Victor Hugo une raison de soutenir les critiques soumises par les Première.

Une citation est notamment mise en exergue, extraite d'un essai consacré à William Shakespeare :

Qu'est-ce que le vulgaire? L'école dit: c'est le peuple. Et nous, nous disons: c'est l'école. Mais d’abord définissons cette expression, l’école. Quand nous disons l’école, que faut-il sous-entendre? Indiquons-le.

L'école, c'est la résultante des pédantismes; l'école, c'est l’excroissance littéraire du budget; l’école, c’est le mandarinat intellectuel dominant dans les divers enseignements autorisés et officiels, soit de la presse, soit de l’état; l’école, c’est l’orthodoxie classique et scolastique à enceinte continue.

Par Louis Lepron, publié le 18/06/2014

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