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Vidéo : un tuto make-up inversé dénonce les violences conjugales au Maroc

Publié le

par Juliette Geenens

Au Maroc, six femmes sur dix sont victimes de violences physiques et psychologiques au sein de leur couple. Pour dénoncer cette triste réalité, le site féminin Enti a réalisé une vidéo parodiant les tutos maquillage.

En novembre dernier, une émission sur une chaîne télé marocaine proposait aux femmes des astuces de maquillage pour dissimuler des bleus sur le visage — des hématomes souvent dus à des coups portés par des maris violents. Un tuto inapproprié et scandaleux qui a fait scandale sur Internet.

Pour répondre à cette rubrique qui a préféré dissimuler le problème des violences faites aux femmes plutôt que de les dénoncer, le site internet féminin Enti a mis en ligne une vidéo le 1er janvier. Elle met en scène Inès, une jeune femme pimpante qui s'apprête à expliquer la marche à suivre pour se démaquiller sans agresser sa peau. Au fur et à mesure qu'elle retire son maquillage, on lui découvre un visage défiguré par des marques violacées et des plaies à peine cicatrisées. Le slogan est clair : "Ne maquillez pas la violence. Dénoncez-la !" 

La violence conjugale au Maroc est une banale et alarmante réalité. En 2014, 6 millions de femmes y ont subi les coups de leur époux, rapporte la Fédération de la ligue démocratique des droits des femmes (FLDDF). Avec seulement 3 % des victimes qui portent plainte, il est urgent de condamner ces violences, physiques dans 15 % des cas, et psychologiques dans 47 % des situations. Les épouses sont quotidiennement rabaissées et insultées par leur mari, entraînant des souffrances et des maladies psychologiques, comme la dépression.

La violence conjugale reste impunie

Le but de cette vidéo et des associations qui luttent pour faire valoir les droits des femmes est de faire pression sur le gouvernement marocain pour instaurer une loi contre les violences conjugales. Aussi surprenant que cela puisse paraître, au Maroc, la législation ne protège pas une femme des coups de son conjoint.

En 2013, l'État avait promis la mise en place d'une loi qui devait réprimander certains types de violences, dont le harcèlement et le mariage forcé. Cependant, le fait de battre sa femme n'est pas "considéré comme une atteinte à l’intégrité physique" dans le texte de loi, regrette Fouzia Assouli, présidente de la FLDDF, interrogée par la branche marocaine du Huffington Post en 2015. Finalement rejeté par le Premier ministre, le projet de loi reste en chantier.

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