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Des centaines de milliers de Turcs réunis à Istanbul contre Erdogan

Publié le

par Théo Mercadier

Ils dénoncent ainsi les pratiques antidémocratiques du président, qui muselle l’opposition avec un autoritarisme toujours croissant.

C’est la fin d’une longue marche qui, depuis le 15 juin, réunit l’opposition turque autour d’un seul et même mot d’ordre : "justice". D’Ankara à Istanbul, le chef du Parti républicain du peuple (CHP) Kemal Kiliçdaroglu, a marché 20 kilomètres par jour pendant 25 jours pour protester contre l’arbitraire du pouvoir et l’injustice systémique qui frappe les opposants turcs. Petit à petit, une foule l’a rejoint pour marcher à ses côtés, avant de se réunir le 9 juillet sur une grande esplanade en bord de mer pour un rassemblement monstre : le CHP revendique 2 millions de participants, un chiffre difficile à vérifier.

"Nous avons marché pour la justice, nous avons marché pour le droit des opprimés, nous avons marché pour les députés emprisonnés, nous avons marché pour les journalistes incarcérés, nous avons marché pour les universitaires limogés", a clamé Kemal Kiliçdaroglu au terme d’un périple de 450 kilomètres que beaucoup n’hésitent pas à comparer à la célèbre "marche du sel" de Gandhi, en 1930. "Nous avons écrit une légende […] Vous avez écrit l’Histoire" a lancé à la foule le leader du CHP. Devant lui, celle-ci scande : "Droits, loi, justice !"

Des opposants de tous les horizons politiques, du CHP aux Kurdes du Parti démocratique des peuples (HDP) se sont réunis avec le drapeau turc pour seule bannière, à quelques encablures de la prison de Maltepe. Comme le rappelle Le Monde, un député du CHP y purge actuellement une peine de 25 ans de prison pour avoir délivré des informations confidentielles au journal d’opposition Cumhurriyet. L’année dernière, le pouvoir turc a fait arrêter environ 50 000 personnes et en a limogé 100 000, frappant tous ceux qui auraient pu avoir, de près ou de loin, des liens supposés avec Fethullah Gülen. Le régime accuse cet imam exilé aux États-Unis d’avoir fomenté le coup d’État raté de l’été 2016 et organise purge sur purge pour étouffer les contestations.

État autoritaire contre opposition transpartisane

Une dérive autoritaire qui provoque l’ire de la population, d’autant que le président Recep Tayyip Erdogan a considérablement augmenté le champ de ses pouvoirs par le biais d’un référendum controversé, en avril dernier. Possibilité de nommer et révoquer les ministres sans l’accord du Parlement, justice mise au pas : la nouvelle constitution lui donne toute la latitude nécessaire pour réprimer l’opposition. Tout au long de ces 25 jours de marche, et plus particulièrement à son terme dimanche 9 juin, cette opposition a fait savoir qu’elle était encore bien présente et qu’elle comptait faire entendre sa voix contre les abus de pouvoir du gouvernement. "Nous avons marché parce que le pouvoir judiciaire est sous le monopole de l’exécutif", dénonce ainsi Kemal Kiliçdaroglu.

Sans surprise, le gouvernement a réagi très fraîchement à cette contestation montante. "Cela doit prendre fin après le rassemblement", a lâché le premier ministre Binali Yildirim, jugeant que cette marche commençait à "devenir ennuyeuse". De son côté, le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Kemal Kiliçdaroglu de s’être mis du côté des terroristes, ce qui pourrait lui valoir une convocation judiciaire.

Mais à l’heure qu’il est, rien ne semble pouvoir entamer l’élan d’enthousiasme qui saisit ces centaines de milliers d’opposants et leur leader. Pour lui, pas question de mettre un terme à ce mouvement prometteur : "que personne ne pense que cette marche est la dernière […] Le 9 juillet est une nouvelle étape […], une nouvelle naissance".

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