Un Tumblr dénonce l'insalubrité de certaines universités françaises

Un Tumblr intitulé "Universités en ruine" dénonce l'insalubrité de certains bâtiments français. Guillaume Bossi, membre de l'association Sciences en marche, nous explique l'intérêt de ce projet.

Le Tumblr "Universités en ruine" s'insurge contre l'état insalubre de certaines universités françaises. Cette initiative toute en photos a été lancée par Sciences en Marche, une association composée majoritairement de chercheurs au CNRS et qui a pour objectif de promouvoir et de défendre "l’enseignement supérieur et la recherche".

Comme l'est expliqué sur son site, "de nombreux centres de recherche et universités sont aujourd'hui au bord de la ruine". La principale cause selon le collectif est "le manque de moyens qui influe directement sur la qualité de l'enseignement et de la recherche, mais aussi sur [leurs] vies quotidiennes".

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"Infection urinaire à prévoir"

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Prises cassées, toilettes bouchées (les fameuses), salles trop étroites, horaires de fermeture contraignants, chauffage défaillant, moisissures sur les murs… Pour illustrer sa revendication, Sciences en Marche n'a pas hésité à publier un bon nombre de photos significatives. De Paris à Grenoble en passant par Toulouse ou encore Nantes, l'association propose un petit tour d'horizon des facs concernées. Les très connues Jussieu et Paris 8 Saint-Denis n'échappent pas à la règle.

"Les latrines (enfin les “toilettes”) d’un amphi à l’UPS de Toulouse… Infection urinaire à prévoir #UniversitéEnRuines""En cas d’incendie… Ca risque d’être dangereux à l’UPS de Toulouse… #UniversitéEnRuines #Sécurité", "Ce n’est pas le décor de la scène de viol de Irréversible, ce sont les toilettes de la BU de l’université Paul Valéry à Montpellier"

La plupart de ces clichés sont accompagnés de commentaires cyniques. Des clichés envoyés par le personnel et les étudiants des universités concernées mais aussi par Science en Marche comme nous l'explique Guillaume Bossis, chercheur en biologie au CNRS et membre de l'association :

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On n'a pas les moyens de vérifier dans toutes les universités si ces photos sont encore d'actualité. Cependant on ne prend pas de photos anonymes, on demande l'identité des donateurs pour s'assurer de l'authenticité de ces clichés. Ce qui est certain, c'est que la situation ne s'améliore pas, elle se dégrade progressivement.  

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Des universités construites dans les années 60-70

La plupart des universités ont été "construites dans les années 60-70 et commencent donc à se faire vieilles. Elles ont besoin d'être rénovées, or les moyens déployés ne sont pas suffisants". Selon le chercheur au CNRS, les étudiants, de leurs côtés, se mobilisent de plus en plus. "Ils se sentent concernés par leurs conditions d'études. Quand un amphithéâtre n'est pas chauffé, que les élèves sont 70 dans une même salle de TD, ou que les toilettes sont dans un état pitoyable, ça a des conséquences directes sur le quotidien des étudiants".

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Un état des lieux qui ne reflète absolument pas, pour Guillaume Bossis, les promesses du gouvernement :

Jusqu'à présent, il a toujours dit que l'ESR (Enseignement supérieur et la recherche) serait sanctuarisé. Tous les ministères sont donc censés faire des efforts budgétaires parce qu'il faut réduire les déficits mais on doit préserver l'ESR parce que c'est l'avenir.

Au contraire, l'ESR subit des diminutions importantes de crédits. Il y a de moins en moins de postes disponibles. Le projet de loi de finance de 2015 prévoit même une diminution de 136 millions d'euros. Dans la pratique, donc, on ne perçoit pas du tout cette idée de sanctuarisation de l'ESR.

Comme le note Politis, la loi de finances prévoyait initialement un budget de 23,05 milliards d'euros pour le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, soit 45 millions de plus que l'année dernière. Le 18 novembre, les députés ont pourtant voté un amendement du gouvernement représentant une coupe budgétaire de près de 136 millions d'euros. Soixante-dix sont dédiés aux établissements d'enseignement supérieur.

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Un appel à la mobilisation nationale

Si pour 2015, il est un peu trop tard, Science en Marche garde l'espoir et cherche des solutions pour 2016 :

Des moyens, il y en a. Ce qu'on propose, c'est de redistribuer une partie du Crédit d'Impôt Recherche (CIR). Six milliards d'euros sont attribués pour le CIR mais il y a au moins 2 milliards qui ne servent pas du tout à financer la recherche. On pourrait très bien réinjecter cet argent dans le budget des universités et organismes de recherche et améliorer ainsi les conditions de travail des étudiants.

Et à Guillaume de Bossis d'ajouter: " On ne demande pas seulement de ne pas diminuer les crédits mais de les augmenter. La France a signé le protocole de Lisbonne qui stipule que 3% du PIB du pays doit être dépensé pour la recherche. Pour l'instant, on est loin du compte et on prend du retard sur d'autres pays développés qui redoublent d'effort pour la recherche".

Sciences en Marche, qui prend le problème très à coeur, lance un appel à la mobilisation nationale le 11 décembre pour "stopper la ruine de l'université". Près de 10 000 personnes avaient répondu à l'appel de l'association le 17 octobre dernier, pour manifester contre la baisse des budgets des laboratoires de recherche et pour la création de plus de postes de chercheurs.

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Par , publié le 10/12/2014

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