Crédit: Gage Skidmore/ Wikipedia

Vous aimez Trump ? Vous allez adorer Mike Pence, le futur vice-président

Incarnation de la droite conservatrice religieuse américaine, le gouverneur de l'Indiana et colistier de Donald Trump sera aussi son écuyer politique.

Crédit: Gage Skidmore/ Wikipedia

(© Gage Skidmore/CC/Flickr)

Donald Trump sera le 45e président américain, que vous le vouliez ou non. Et le mieux serait que vous vous en remettiez rapidement, avant de voir débarquer toute sa Cour à la Maison-Blanche le 20 janvier prochain, après deux mois de transition pendant lesquels le lame duck ("canard boiteux", surnom donné par le président encore en exercice) et le president elect Trump tenteront de parler d'une même voix au nom des États-Unis d'Amérique. Au cœur de cette transition : Mike Pence, le futur vice-président du pays, colistier du milliardaire pendant le long martyr que fut cette campagne électorale. Qui a désormais la lourde tâche de dégrossir le rugueux businessman pour le transmuter en dirigeant de superpuissance.

Publicité

Gouverneur de l'Indiana depuis 2013 et entré en politique au tournant des années 2000, l'homme connaît les rouages de Washington. À l'aise face aux médias (il a fait carrière comme animateur radio et télé dans les années 1990), Pence est surnommé "Monsieur Propre" par le Washington Post, tant pour sa propension à arborer des costards impeccables et une chevelure immaculée que par celle à nettoyer derrière Trump après chacune de ses énormités — comme lorsque le milliardaire invitait la Russie à débusquer les emails de Clinton, ou appelait carrément ses soutiens à tuer sa rivale. Pence, au fond, est l'anti-Trump, son précepteur, son maître de stage. Un type bien élevé, discret, courtois, qui préfère traverser sans bruit les salons cacophoniques de la politique américaine. Un homme qui se définit, rappelle 20 Minutes, comme "un chrétien, un conservateur et un républicain.... dans cet ordre". Avec toute la panoplie de positionnements qui va avec.

Anti, anti, anti...

Car, ne l'oublions pas, Mike Pence est républicain. Et pas n'importe lequel : proche des valeurs libertaires du Tea Party, il représente la caution droitière, chrétienne et conservatrice du clan Trump. Si bien, même, qu'il a apaisé une partie des conservateurs évangéliques, pas rassurés par les provocations du milliardaire. Ces dernières années, Pence s'est fait une réputation chez les conservateurs, qui voient en lui un homme loyal et un fervent défenseur des valeurs du Grand Old Party (GOP).  Après six mandats consécutifs au Congrès, Pence est nommé numéro 3 du parti entre 2009 et 2011, période durant laquelle son nom reviendra également avec insistance parmi les militants pour se présenter face à Obama.

Mais c'est en 2015, alors qu'il devient gouverneur de l'Indiana, que Pence gagnera une attention médiatique nationale en faisant passer le Religious Freedom Restoration Act, une loi qui permettait aux commerçants de l'Indiana de ne pas servir les couples homosexuels en invoquant leurs convictions religieuses pour ne pas être inquiétés par la loi. Il amendera le texte une semaine plus tard face aux protestations des démocrates et du lobby LGBT... Avant de signer, au printemps dernier, une des lois anti-avortement les plus contraignantes du pays. L'Indiana est aujourd'hui le second État américain où il est interdit d'avorter lorsque le fœtus présente un handicap.

Publicité

Anti-LGBT, anti-avortement... Pence se sera aussi illustré par son soutien à la directive militaire Don't Ask, Don't Tell, désavouée en 2011, qui conseillait — vivement — aux soldats de ne pas évoquer le sujet de l'homosexualité. Ou par son rejet, en mai, de la directive de l'administration Obama sur la possibilité pour tout un chacun, et surtout les transgenres, d'utiliser les toilettes de son choix. Interrogez-le sur l'homosexualité, Mike Pence vous parlera — en citant un chercheur d'Harvard — "d'effondrement sociétal". En devenant le colistier de Trump l'été dernier, Mike Pence a tenté un gigantesque coup de poker, comme Sarah Palin en 2008. Dans 72 jours, ce coup gagnant fera de lui le vice-président républicain, chrétien, conservateur et homophobe des États-Unis. Et commencera alors sa mission pédagogique : faire rentrer Trump dans le moule de la politique internationale, débroussailler le milliardaire de ses épis, pour le bien de tout le monde. Voilà où nous en sommes : notre meilleur espoir est un homme flanqué de quatre adjectifs qualificatifs.

Par Thibault Prévost, publié le 10/11/2016

Pour vous :