Trump veut empêcher la Nasa d'étudier le changement climatique

Critiquant un domaine "lourdement politisé", la future administration Trump compte supprimer les programme d'étude du changement climatique de la Nasa.

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Chaque semaine, on pense s'habituer à la nouvelle direction que s'apprêtent à prendre les États-Unis sous la direction de l'administration Trump. De jour en jour, le futur gouvernement parvient à nous surprendre, et rarement pour le meilleur. On savait Trump climatosceptique au point de nommer un autre climatosceptique convaincu, Myron Ebell, à l'Agence de protection de l'environnement (EPA en VO). On savait, de la bouche de Trump lui-même, que les politiques environnementales des États-Unis allaient être chamboulées, voire annulées, même si le président élu s'était finalement dit "ouvert" (sous réserve, on imagine) à l' Accord de Paris. Bref, on savait que Trump allait mettre un coup d'arrêt à la lutte de son pays contre le réchauffement. Désormais, on apprend que la Nasa n'aura même plus le droit d'étudier le climat.

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Selon Bob Walker, conseiller de Donald Trump sur les politiques spatiales interviewé par le Guardian, les crédits alloués à la division "sciences de la Terre" de l'agence spatiale vont être supprimés et réinvestis au profit de l'exploration spatiale, l'ambition de Trump étant d'explorer le système solaire tout entier avant la fin du siècle. En clair, tous les programmes d'étude de l'évolution des températures terrestres, des calottes glaciaires et de tous les grands phénomènes climatiques terrestres, lancés en 1991 et rendus possibles en 1999 grâce au déploiement d'un réseau de satellites d'observation, vont être fermés.

La surveillance de l'environnement, "politiquement correcte"

Bob Walker justifie l'arrêt d'un programme "politiquement correct de surveillance environnementale" en expliquant que son futur gouvernement voit "la Nasa dans un rôle d'exploration, de recherche dans l'espace". "La science géocentrée, détaille-t-il, est mieux placée dans d'autres agences dont c'est la mission principale." Et d'ajouter que selon lui, "la recherche climatique est nécessaire mais a été lourdement politisée, ce qui a sapé une grande partie du travail des chercheurs". L'administration Obama avait pourtant décidé que le budget de la division "sciences de la Terre" de la Nasa devait augmenter à 2 milliards de dollars en 2017, contre 2,8 milliards pour la division "exploration spatiale".

Pour autant, le président Trump ou son conseiller ne peuvent pas décider seuls de démolir deux décennies de science du climat : une telle réorganisation des budgets de la Nasa nécessite l'approbation du Congrès. Le problème, explique Vox, c'est que non seulement les députés républicains dominent désormais la Chambre des représentants et le Sénat, mais une bonne partie d'entre eux est d'accord avec l'idée de Walker. Pire, le Parti républicain n'a pas attendu Trump pour réduire les budgets de l'agence alloués à la recherche climatique : en 2015, la Chambre des représentants parvenait à diminuer de 500 millions de dollars la proposition de budget 2016 déposée par le gouvernement Obama. Avec une telle proposition, si elle devait être formulée, Trump prêcherait une assemblée de convertis.

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Réorganiser la recherche = diminuer les moyens

Enfin, si Walker indique vouloir simplement confier la surveillance de l'évolution climatique terrestre à des agences "dont c'est la mission principale", on peine à imaginer comment. La National oceanic and atmospheric administration (NOAA), dont c'est effectivement la mission – et qui collabore régulièrement avec l'agence spatiale –, pourrait gagner plus de responsabilités, mais les maths ne concordent pas. Comme l'explique Popular Science, la Nasa alloue 2 milliards de dollars à la seule surveillance climatique, sur un budget total de 19 milliards de dollars. Le budget total de la NOAA pour 2017 s'élève à 5,8 milliards de dollars.

Qu'on prêche ou non sur la véracité du changement climatique, 97 % des études publiées sur le sujet dessinent les mêmes conclusions. Si la Nasa devait arrêter de surveiller l'évolution du climat terrestre, ce serait tout simplement catastrophique pour notre gestion globale du réchauffement climatique. Nous priver, volontairement, du meilleur outil de lutte contre la catastrophe planétaire qui nous guette serait d'une insondable bêtise. Et pourtant, c'est peut-être ce qui attend les États-Unis.

Par Thibault Prévost, publié le 24/11/2016

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