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En trois ans, la Chine a fait fermer 13 000 sites et 10 millions de comptes

Selon un nouveau rapport gouvernemental, les mesures de contrôle de l’Internet chinois ont touché près de 13 000 sites Web depuis 2015.

(© Getty)

Le Grand Firewall de Chine se porte bien, merci pour lui. Selon de nouveaux chiffres divulgués le 24 décembre par l’agence de presse Chine nouvelle, affiliée au gouvernement, le régime de Xi Jinping a fait fermer ou révoqué les licences de plus de 13 000 sites Web depuis 2015, en raison de contraventions aux règles de publication drastiques imposées par le régime pour contrôler l’information en ligne.

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Sur la même période, plus de 10 millions de comptes ont été supprimés pour "violation des protocoles de service", et près de 2 200 responsables de plateformes ont été rappelés à l’ordre. Interrogé par l’agence, Wang Shengjium, vice-président du comité permanent de l’Assemblée nationale populaire (NPC), s’est félicité du "puissant effet dissuasif" de ces initiatives.

Sous l’influence du président Xi Jinping, à la tête du pays depuis 2013, le pays a progressivement déployé un arsenal de mesures de contrôle du trafic Internet pour bloquer progressivement l’accès à plusieurs services internationaux, partiellement ou totalement (comme Wikipédia, l’ensemble des services Google, Twitter, Instagram, SoundCloud, et des médias comme Le Monde ou la BBC), d’où le surnom de "Grand pare-feu de Chine".

Depuis 2015, la muraille numérique a pris une nouvelle dimension avec l’interdiction quasi-totale des VPN, ces logiciels de brouillage d’adresse IP utilisés par les internautes pour contourner la censure. Le 22 décembre, un vendeur de VPN était ainsi condamné à cinq ans et demi de prison, montrant toute la détermination du gouvernement à criminaliser la pratique. Aujourd’hui, seuls les VPN préalablement validés par le régime ont droit de cité, ce qui soulève des interrogations quant à la collaboration entre les entreprises qui les gèrent et les autorités.

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Un système de censure automatisé

Outre la restriction des services d’anonymisation, le gouvernement impose depuis novembre 2016 à ses internautes de poster des commentaires sous leur véritable identité, ou du moins de lier leur pseudo à leur état civil. Sur la plateforme de messagerie instantanée WeChat et l’hébergeur de microblogs Weibo, plusieurs internautes ont vu leurs contenus supprimés, quand certains ont même fait l’objet de détentions à la suite de commentaires politiques exprimés en ligne.

Selon une étude de Citizen Lab publiée en avril 2017, un véritable système de censure automatisée filtre les messages sur la plateforme WeChat : vous pouvez par exemple écrire "Chine", "arrête", "défenseurs" et "droits de l’homme" à la suite, mais pas "la Chine arrête les défenseurs des droits de l’Homme".

Si la Chine possède le plus grand nombre d’internautes au monde – elle comptait 730 millions d’utilisateurs en décembre 2016 et devrait avoir dépassé le milliard cette année –, elle domine également (et pour la troisième année consécutive) le classement Freedom House sur la liberté d’Internet, avec la note de 87/100 (soit, selon le barème du think tank, une très très mauvaise appréciation). Sur les 65 pays étudiés, seuls la Syrie et l’Iran mènent des politiques comparables en termes de censure.

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Par Thibault Prévost, publié le 26/12/2017

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