Les robots-aspirateurs Roomba vont vendre les plans de votre maison au plus offrant

Mignon, le petit robot-aspirateur autonome ? Et si on vous disait qu’il cartographiait votre appartement pour revendre les données à Google et Amazon ?

(© iRobot)

Il est toujours là, quelque part, annoncé par son léger ronronnement. À force, vous ne l’entendez plus. Vous avez même tellement pris l’habitude de voir votre robot-aspirateur Roomba se balader le nez sur votre moquette, en se jetant sur la poussière avec l’abnégation d’un toxico en manque de crack, que vous ne le remarquez plus. Nous sommes en 2017, des gens possèdent des aspirateurs autonomes pour garder leur maison propre, jusque-là, pas de problème, le futur a aussi quelques innovations vraiment bénéfiques à nous offrir.

Las ! Comme le répète votre pote techno-sceptique, impassible à la vue de votre Roomba et caché sous sa capuche sombre pour éviter le profilage par drone gouvernemental, "le progrès, c’est pas fait pour le grand public". Une fois encore, l’actualité lui donne raison : planqué derrière sa mission de nettoyage, votre petit robot inoffensif cartographie discrètement votre maison et les données qu’il récolte s’apprêtent à être vendues au plus offrant. De l’espionnage, en somme.

Dans un entretien accordé à l’agence Reuters le 24 juillet, c’est Colin Angle, le PDG d’iRobot (qui commercialise le Roomba), qui a détaillé les nouveaux plans de sa société : vendre les données collectées par ses robots pendant leurs années d’activité. Depuis 2015 et la série 900, les Roomba sont désormais équipés de senseurs leur permettant de cartographier les sols des maisons où ils travaillent et d’enregistrer ces plans, officiellement afin de faciliter leurs déplacements et ainsi d’éviter de se manger continuellement tous les pieds de table de votre salle à manger. En quelques semaines d’utilisation, le petit robot a mémorisé un plan précis de vos sols, et cela fait plus d’informations que vous ne l’imaginez – taille de vos pièces, disposition de l’appartement, mobilier, fréquence de vos nettoyages de maison, zones les plus sales, etc. Maintenant, essayez d’imaginer à qui ces informations pourraient être utiles. Vous avez répondu Google ou Amazon ? Bingo.

Consentement ? Quel consentement ?

Dans son entretien à Reuters, Angle ne s’en cache pas : les informations récoltées par ses aspirateurs-senseurs vont être vendues au plus offrant, probablement aux multinationales engagées dans la course à la maison connectée. "Il y a un écosystème entier de biens et services que la maison connectée peut offrir une fois que vous avez une carte complète de la maison que l’utilisateur a accepté de partager", explique-t-il. Pour le moment, quatre entreprises sont directement concernées, et la liste ne vous étonnera pas : Google, Amazon, Apple, Facebook. Tous veulent gouverner votre domicile et trois d’entre eux possèdent déjà un appareil pour le faire : Amazon a son Echo, Google a son Home et Apple vient tout juste de lancer son "enceinte" connectée à Siri, la HomePod.

Imaginez un tel assistant disposant d’un plan millimétré de votre appartement : pubs pour du mobilier si votre pièce est vide, pour des services de ménage si vous utilisez souvent le Roomba, pubs pour des nourrices si votre aspirateur détecte que les enfants sont souvent à la maison… oui, bien analysées, ces données disent beaucoup de votre vie. Allons, ne voyons pas le verre à moitié vide : côté pile, votre enceinte pourrait adapter son volume en fonction de la taille de votre pièce indiquée par le Roomba. Génial non ? En mars, iRobot a permis à ses Roomba d’être compatibles avec Alexa, l’assistant vocal… d’Amazon, qui tient donc la corde pour le rachat des données – de toute manière, ça ressemble très bien à l’entreprise de Jeff Bezos. La grande inconnue ? Les enchères posées par Apple et Google.

Dans ce genre de situation, la question qui vient immédiatement à l’esprit est la suivante : l’utilisateur peut-il refuser la collecte des données ? Généralement, la réponse tient du "oui… mais…", et iRobot n’y fait pas exception. Premièrement, si vous possédez l’un de ces robots depuis 2015, le mal est déjà fait, et les plans de votre maison sont peut-être gentiment stockés dans les serveurs d’iRobot en attendant un acheteur. Ensuite, et c’est un peu plus problématique, les conditions d’utilisation du service sont rédigées en novlangue juridique d’une opacité presque absolue. Grâce à Gizmodo, qui s’est fadé l’ardue traduction vers un langage vernaculaire, on comprend néanmoins ceci : si le texte spécifie que l’accord de l’utilisateur est indispensable avant toute utilisation des données "à des fins marketing", un autre paragraphe précise que iRobot peut "partager vos données avec des tiers dans le cadre d’une transaction entre entreprises, comme une fusion, la vente de parts de la compagnie, une réorganisation, un financement", et une foultitude d’autres opérations financières. En clair : iRobot se fout de votre consentement. De son côté, l'entreprise assure qu'elle "ne vend pas de données car nos clients sont pour nous une priorité. Nous n’abuserons jamais de leur confiance en vendant ou violant des données liées au client", précise-t-elle, "y compris les données collectées par nos produits connectés". IRobot reconnaît que le robot est un véritable aspirateur à données, mais elle assure que leur utilisation se fera "toujours avec le consentement explicite [des clients]".  Après, libre à vous de vous offrir le futur du nettoyage. Sachez juste que vous achetez également un appareil d’espionnage.

Article mis à jour le 28 juillet.

Par Thibault Prévost, publié le 27/07/2017