Thigh Gap : l'obsession de l'écart entre les cuisses

Le "thigh gap" c'est l'obsession des adolescentes pour l'espace entre leurs cuisses. Mauvais cap que ce "gap" en forme de péninsule.

Être mince. Belle. Parfaite. Chacune de ces acceptions implique la suivante, c'est le mantra insidieux qui a déformé notre regard sur soi et on entend au loin taper sur les fautifs que seraient les magazines et la publicité qui, à force d'illusions, ont convaincu les femmes que la meuf canon de l'affiche l'était parce qu'elle mangeait ce yaourt. Celui-là. Et pas un autre.

Pourtant la véritable question, c'est moins "comment elle fait pour être belle ? " que "est-ce-que cette fille sur la photo est vraiment belle ?".

Tandis que beaucoup se réfèreraient avant tout au visage pour vérifier ces dires, une lubie chez les adolescentes leur fait considérer un curieux critère de beauté: le "thigh gap", ou l'espace vide entre des cuisses serrées mais qui ne se touchent pas. Quand on verra une belle femme, faudra t-il désormais baisser les yeux pour s'en assurer ?

Thigh Gap : l'idéal entre les cuisses ?

Trêve de suspens. Le thigh gap, c'est cette tendance chez les adolescentes qui consiste à pouvoir se targuer d'un espace entre les cuisses, même les pieds serrés. Un peu comme ça :

Mise en situation : si tu serres les pieds et que tes cuisses se touchent, tu perds. Si tu serres les pieds et que tes cuisses ne se touchent pas : tu gagnes. Le gain se limitant principalement à "ouf, je suis pas grosse et comme la star que je trouve la plus jolie a aussi un thigh gap, c'est comme si j'étais un peu jolie aussi".

Si la réflexion semble naïve, elle reflète la portée des "influenceurs" chez les adolescents. Lorsque ces derniers s'appellent Kate Moss ou Cara Delevingne, l'influence tient étrangement à une histoire de creux entre les cuisses.

Cette tendance obsessionnelle renvoie aujourd'hui le thigh gap dans les filets de l'actualité médiatique. Certains médias ont en effet relayé la tendance comme jadis (et toujours) ils évoquaient les problèmes sous-tendus par l'anorexie, la boulimie et tout ce qui, dans le comportement des adolescents reflète une faille sociétale :

Se regarder, se peser, compter les calories, se re-peser, se re-regarder, tâter sa peau qu'on prend pour un surplus de graisse et expliquer du haut de ses 40 kg : "Je me supporte pas,  je suis beaucoup trop grosse. Là, regardez, mes cuisses se touchent trop!"

Un scenario qu'ont déjà illustré nombre de reportages bien avant l'arrivée du thigh gap en tant que phénomène. Et si ce dernier n'échappe hélas pas à cette danse macabre, c'est simplement un autre pan de l'histoire de quête de soi dans un palais de miroirs déformants. La recherche de sa propre intégration au milieu des autres, focalisée sur le premier stade de perception : l'apparence et ici, en l'occurrence, ce fameux trou entre les cuisses des filles...

Thigh Gap : des stars et des Internets

Tumblr, Facebook, Instagram. Partout fleurissent des photos de jeunes filles aux frêles cuisses et quand ce ne sont pas leurs jambes, c'est cette question qu'elles postent : "How to Get a Thigh Gap ?". Cette dernière figure parmi les plus populaires en ce moment sur Google. Sans compter les nombreux tuto vidéo sur YouTube.

Sur Twitter, le compte Cara's Thigh Gap est dédié à la maigreur du Top Model Cara Delevingne et il n'est pas le seul. Sur ces plateformes, on se donne des conseils et on s'échange des photos de soi ou des stars que les adeptes de cette nouvelle tendance épinglent en idoles à suivre.

(Crédit Image : Fuck Yeah Thigh Gap)

Un courant qui rappelle celui des pro-ana dont les sites ont souvent fait la controverse pour les mêmes raisons. Déjà à leurs prémisses, ces sites pro-ana étaient  pour ces jeunes filles une plateforme d'échanges de conseils minceur extrêmement dangereux pour la santé (exemple : avaler du coton pour lutter contre la sensation de faim) et affichaient des photos de leur corps squelettique. Si les jeunes filles trouvaient également aide et réconfort sur ces sites, il n'en fallait pas plus pour que les psychologues tirent la sonnette d'alarme, évoquant en flaques l'influence de nos sociétés ultra-médiatisées, multi-référencées et ce, jusqu'à la déformation totale du sens de la réalité.

Le thigh gap s'inscrit-il lui aussi dans la longue liste des troubles du comportement alimentaire chez l'adolescente ? Si l'on considère que les régimes pro-thigh gap recommandent de s'astreindre à 300 calories au lieu des 2500 cal./j. recommandées par l'OMS, on peut supposément répondre par la positive. Mais comme beaucoup de tendances, l'obsession du thigh gap est surtout considéré comme un risque potentiellement déclencheur de troubles alimentaires bien plus persistants. Et si ce phénomène prend plus d'ampleur que celui des pro-anas, c'est non seulement parce qu'il bénéficie des projecteurs médiatiques, mais aussi - et surtout- parce qu'à travers lui, c'est un miroir social qui s'éclaire.

Natalie Boero, sociologue à la San Jose State University, soulève un point de cette réalité :

[Ces filles] cherchent à être acceptées socialement, à être dans la norme, comme les adultes. Parce qu'elles savent que dans une société sexiste, leur corps est une monnaie d'échange et veulent accroître ce qu'elles pensent être leur valeur sociale.

Mais le thigh gap n'est qu'illusion!

Interrogé par Slate, le psychiatre Christophe Bagot avait expliqué le thigh gap en ces termes :

Les jeunes filles ont besoin de se rassurer. Après la clavicule apparente, le thigh gap leur permet de mesurer visuellement leur perte de poids. La recherche de ce creux entre les jambes, présenté comme esthétique, devient alors le pendant "mode" de la vérification par la balance ("je surveille mon poids") et par la taille de jean ("je me dois d'être capable de rentrer dans un pantalon taille 34").

Et de conclure :

Ainsi, beaucoup de mes patientes m'ont confié avoir besoin de "sentir l'air passer" entre leurs jambes. C'est pour elles un gage ultime de minceur.

le thigh gap, c'est avant tout une question de morphologie

Ce creux entre les cuisses, c'est une sorte de point-repère qui permet de mesurer sa place sur l'estrade de la beauté. Irrationnel pour certains, cela n'en reste pas moins un état de fait mais il y en a un autre de bien plus parlant: cet espace entre les cuisses dépend d'abord et avant tout de la morphologie.

Car ce trou est une question de morphologie et peu de personnes l'ont naturellement, hormis dans les cas de maigreur. Si donc ta morphologie n'est pas propice à cet espace entre les cuisses, ce dernier ne verra pas le jour chez toi malgré tous les régimes du monde. CQFD. Et si malgré cette information, tu insistes encore, voici une vidéo très éducative et très drôle sur " comment avoir un thigh gap quand, physiologiquement, on ne peut pas en avoir".

Alors, convaincu? Bref. Si la beauté a ses atours, nul besoin d'y perdre ses cuisses surtout si pour ce trou, il faut entamer une quête du Graal en creusant un bout de soi. Depuis quand s'amputer rend beau? Comme si là-dessous, c'étaient les vraies jambes de Beyoncé...

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Par Afifia B, publié le 01/10/2013