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Au Texas, des sextoys pour protester contre le port d'armes sur les campus

Publié le

par Naomi Clément

Pour lutter contre une loi démocratisant le port d'armes dans les universités texanes, des milliers d'étudiants ont prévu de s'armer de sextoys.

La méthode n'est pas récente. Dans les années 60, nombreux sont les combats sociaux qui ont été menés en brandissant le drapeau blanc, face à des forces armées : les Bed-Ins For Peace de John Lennon et Yoko Ono, démarrés en 1969 pour protester contre la Guerre du Vietnam, ne sont qu'un exemple parmi d'autres.

Mais c'est un tout autre objet que brandissent aujourd'hui les étudiants texans. Plus lubrique, dira-t-on. Comme le rapporte Dazed Magazine, des milliers de jeunes Texans ont décidé de protester contre une loi démocratisant le port d'arme sur leur campus... en s'armant de godemichés.

Quand le godemiché s'introduit dans les campus © Facebook <a href="https://www.facebook.com/events/1686524198249678/" target="_blank">"Campus (DILDO) Carry"</a>

"Le paradis interdit les penis"

Cette loi, intitulée la Senate Bill 11 et pensée pour rendre les universités "plus sûres", a été signée le 13 juin dernier par le gouverneur républicain de l'État du Texas, Greg Abbott, et devrait être mise en application dès l'été 2016. Avec elle, chaque étudiant de plus de 21 ans mais aussi l'intégralité du personnel des campus universitaires du Texas pourront venir travailler avec leur pistolet – mais devront toutefois s'assurer qu'il n'est pas visible.

D'où l'initiative de Jessica Jin, une étudiante de l'University of Texas, qui encourage ses camarades à accessoiriser leur sac de sextoys "gigantesques et deshinibés" à l'approche de l'application de cette loi. Et jusqu'ici, près de 4 000 personnes ont accepté d'y participer. Sur l'évènement Facebook intitulé "Campus (DILDO) campus", Jessica Jin explique :

Le 1er juin 2015, le gouverneur Greg Abbott signait la S.B. 11, également connue comme la loi "campus carry". S.B. 11 prévoit que les titulaires d'une licence puisse porter un pistolet caché sur les campus des universités, et ce dès le 1er août 2016. [...]

L'État du Texas a décidé qu'il n'est pas du tout odieux d'autoriser des armes meurtrières dans les classes, alors qu'il EXISTE des règles strictes concernant l'expression libre de la sexualité, pour préserver notre innocence. Vous recevez un procès-verbal pour emmener un GODEMICHÉ en classe, mais pas pour avoir un pistolet. Le paradis interdit les penis.

Et d'ajouter, un peu plus bas et non sans humour :

PS : je sais que les godes de qualité, surtout les grands, peuvent être assez chers. Si nous parvenons à réunir assez de participants, je m'occuperai personnellement de trouver un sponsor de godemichets.

#CocksNotGlocks

Il est vrai que cette loi paraît totalement absurde. Certes, le port d'arme est autorisé, ancré par le deuxième amendement de la Constitution des États-Unis, prônant le droit pour chaque citoyen américain de se défendre. Mais comme le rappelle Dazed, 52 écoles ont déjà été victimes de fusillades pour cette seule année 2015, et bien que la tuerie de Columbine appartienne au siècle passé, il reste qu'elle a été commise il y a seize ans, emportant avec elle douze personnes.

Avec la loi "campus carry", le Texas devient le huitième État autorisant les étudiants à s'armer d'un pistolet dans les classes, bibliothèques et dortoirs des universités, rejoignant le Colorado, l'Idaho, le Kansas, le Mississippi, l'Utah, le Wisconsin et l'Oregon – qui, pas plus tard que la semaine dernière, a connu une fusillade, dont neuf personnes ont été victimes.

Il n'est donc pas étonnant que le mouvement de Jessica Jin ait été embrassé, y compris par les dirigeants des universités. William McRaven, le président de l'Université of Texas (un ancien amiral des Navy SEALs qui a fait partie du raid mettant fin aux jours de Ben Laden) a lui aussi exprimé sa désapprobation face à la Senate Bill 11.

Interviewé par la CNN, il expliquait :

J'ai passé toute ma vie avec des pistolets. J'ai grandi dans le milieu de la chasse au Texas. J'ai passé trente-sept ans dans l'armée. J'aime les pistolets, mais je ne pense pas que les universités soient un lieu approprié pour eux.

Actuellement, les twittos du monde entier applaudissent l'action, soulignant l'absurdité du gouvernement texan.

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